Le Capital

« Marc Tourneuil est membre du conseil d’administration de la plus importante banque européenne. Du jour au lendemain, celui-ci est placé à la tête de la société sous l’oeil réticent des actionnaires, qui ne mettent pas longtemps à mettre les points sur les i : Tourneuil ne gardera sa place que s’il est parfaitement obéissant. C’est ainsi que le jeune loup se retrouve au beau milieu de combines et machinations financières, et, malgré l’agneau qui sommeille en lui, perd rapidement pied face aux tentations du pouvoir et de la fortune. »

Costa-Gavras continue, avec Le Capital, une oeuvre dont l’engagement politique constitue l’élément matriciel. Dans le passé, on atteignit des sommets avec Z en 1969 et surtout Missing en 1982, son chef-d’oeuvre qui plaçait Jack Lemmon dans l’ambiance électrique du Chili, suite à un coup d’état historique. Après une décennie 90 assez terne, le cinéaste revint en force avec coup sur coup deux films chocs : Amen en 2002 puis Le Couperet en 2005, dont l’idée principale était de caster un acteur comique dans un rôle à contre-emploi de criminel, poussé à bout par le contexte socio-économique : José Garcia, cadre au chômage, obligé de tuer ses concurrents directs.

L’idée est sensiblement la même pour ce nouveau film : parler de choses graves en choisissant un acteur cabotin très populaire. Ainsi Gad Elmaleh se retrouve, grâce au Capital, dans un rôle de banquier véreux, pléonasme. Malheureusement Gad n’est pas au niveau des deux acteurs susmentionnés et le pauvre assure le minimum syndical, alternant entre non-jeu et sur-jeu. Le personnage étant, de plus, fort peu développé dans le scénario, on comprend vite que l’empathie sera assez restreinte. Et ce n’est pas les deux apartés au spectateur, au début et à la fin du film, qui changeront quelque chose. En effet, le personnage reste unidimensionnel et ses ambitions sont d’emblée clairement définies : il veut gagner le plus d’argent possible. Le postulat de départ restant inchangé, les surprises dans le récit seront plutôt faibles. La remarque est d’ailleurs valable pour la majorité des personnages, qui n’en sont pas réellement mais plutôt des faire-valoir et, qui plus est, des clichés ambulants. Je pense particulièrement à la compagne du banquier, qui lit Mao et joue le rôle de l’ange gardien, peu efficace. Si le rapport avec l’idéologie maoïste est utilisé de manière assez drôle et cynique dans le film, le personnage lui-même est pauvre et ne sert qu’à faire tourner une machine scénaristique plutôt primaire, qui ne contient que trop peu d’idées comme celle de l’ultimatum que la femme pose au banquier à un certain moment du récit. Les tentatives, bienvenues, de donner un surplus de relief au personnage principal, consisteront dans un type de séquence, convenu mais toujours efficace : des flashs montrant la réaction que voudrait avoir le personnage mais qu’il réprime, montrant ainsi qu’il lui reste, pendant une partie du métrage, un minimum d’éthique. Idée sympathique mais insuffisante pour donner une profondeur à un personnage aussi peu complexe.

D’un point de vue de mise en scène, le film ressemble globalement à un bon film hollywoodien. Entendre par là des mouvements de caméra rapides, des personnages qui bougent sans arrêt, un montage nerveux (mais consensuel) et une bande-son ultra envahissante mais qui maintient d’une certaine façon l’attention. Le Capital étant tourné comme un thriller (ou un suspens, comme semble le préférer le réalisateur), tous les tics d’un genre formaté sont utilisés. Ce qui constitue, ainsi, à la fois un divertissement efficace mais un film relativement anonyme, sans grand parti-pris, et qui plus est assez fatiguant pour ma part. La musique très typée, omniprésente, et l’absence totale de respiration dans le rythme peuvent constituer des éléments peu flatteurs et susceptibles de produire un léger ennui. Le scénario étant ce qu’il est, le lecteur de ce texte comprendra qu’il n’y a pas de quoi crier au génie devant ce film, loin s’en faut. Un divertissement qui tient plus ou moins le coup mais qui ne vole pas beaucoup plus haut, ni dans la forme, ni dans le fond.

En salle actuellement, à l’UGC Toison d’or et au Kinepolis.

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Cinéphile farouche, monteur et vidéaste pittoresque

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