Le chemin solitaire

Lorsque le public entre dans la salle du KVS, les 5 acteurs de tg STAN sont déjà en place. L’un d’eux fume un cigare, couché par terre, au beau milieu du plateau jonché d’objets du quotidien (cafetière, grille-pain, bouilloire…), tous fonctionnels, mais n’ayant absolument aucun rapport avec l’action. Les autres acteurs, sous les néons les baignant d’une lumière crue, nous regardent entrer.

Le chemin solitaire, texte d’Arthur Schnitzler datant de 1904, explore avec beaucoup de psychologie (et parfois d’ironie) les rapports intimes entre les membres d’un petit groupe d’amis viennois. Autour de Gabriele, mourante, s’agitent son mari (Wergrat), leur fille (Johanna), leur fils militaire en permission (Félix), mais aussi son médecin (Reumann). Autour d’eux gravitent les amis de la famille : Mr Von Sala, écrivain dont Johanna semble éprise et Fichner, artiste peintre qui se trouve être le père biologique de Félix, puis Irene, une actrice et ancienne amante du peintre, à qui elle ne peut pardonner de ne pas lui avoir donné d’enfant.

La première chose qui frappe le spectateur à la vue du plateau est son abstraction la plus totale. En effet, tg STAN prend un malin plaisir à éviter toute référence à la Vienne du 19e siècle, tant par le décor que par les costumes. De même, les comédiens jouent plusieurs personnages et vont jusqu’à s’échanger leurs rôles plusieurs fois par scène. Une manière de casser les codes de la représentation, mais aussi de montrer que les souffrances sont parfois interchangeables et les points de vue multiples. Même si cette façon de faire met en crise la notion de personnage (puisque les acteurs, même si ils interprètent le même personnage, ont des corporalités, des sensibilités, des voix différentes), il reste qu’ils offrent au spectateur une manière plus nuancée d’aborder la pièce et lui permettent de mieux en saisir la complexité psychologique.

Cette déconstruction opérée par tg STAN est aussi présente dans le décor fait d’objets du quotidien inspiré par des installations du plasticien autrichien Erwin Wurm. Mais la cafetière, le grille-pain, la bouilloire et autres tourne-disques n’agissent pas seulement comme un décor visuel : ils ont aussi une portée sonore (le tourne-disque fonctionne, on entend l’eau bouillir) et olfactive (mhhh…l’odeur du pain grillé).

Toutefois, si le collectif flamand bouscule le public par ces différents moyens, il parvient aussi à merveilleusement nous faire entendre le texte tragique de Schnitzler, parfois avec beaucoup d’humour, toujours avec beaucoup d’intelligence et de sincérité.

Malgré quelques longueurs, Le chemin solitaire est donc tout de même une pièce à voir, ne serait-ce que pour être bousculé dans ses attentes !

Le chemin solitaire est joué dans le cadre de Toernee Général tout comme Les Estivants (du 16 au 19/1, à 20h00 au KVS) et Les Antigones (du 22 au 26/1 au Théâtre National).

Les 8, 9, 11, 12/1 à 20h30 et le 13/1, à 15h00, au KVS, 9 Quai aux Pierres de Taille, 1000 Bruxelles. Les prix sont entre 12 et 16€.De : Arthur Schnitzler

Mise en Scène : tg STAN

Avec : Natali Broods, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Nico Sturm Stijn Van Opstal & Frank Vercruyssen

Plus d’infos sur le KVS et le Théâtre National.

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Diplômée en Arts du spectacle vivant (ULB), actuellement en master à l'INSAS (écriture), j'aime les chats, les bouquins, le théâtre et les muffins au chocolat (surtout ces derniers :) ).

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