Le cinéma de Thierry Michel, acteur de sa propre vie

En novembre, j’ai eu l’occasion de rencontrer les deux réalisateurs Thierry Michel et José Luis Penafuerte. Les Films de la passerelle produisent en effet depuis quelques années, avec la Cinémathèque, une collection, Cinéastes d’Aujourd’hui, qui possède déjà deux films à son actif, l’un sur Jaco van Dormael et l’autre sur Bouli Lanners.Cette fois c’est Thierry Michel, ses cinquante années de réalisation et autant d’engagement politique, qui en sont l’objet. Ce n’est donc pas par hasard si c’est José Luis Penafuerte qui le réalise.Ancien élève de Thierry Michel, son film Les chemins de la mémoire, qui a reçu entre autres le prix Magritte du documentaire, rejoint bien le goût de son professeur pour les films portant un regard et un engagement, et traitant de la complexité du monde et de destinées humaines.

José Luis Penafuerte me parle avec passion, les yeux brillants, oubliant son steak qui refroidit doucement dans son assiette. Pourquoi avoir choisi de faire des documentaires? Pour lui, il n’existe pas de frontière réelle entre le film et le documentaire. Les frères Dardenne par exemple, en sublimant le réel, construisent des fictions dont la vocation est, finalement, très documentaire.

Ce qui est important, c’est le regard, nous dit-il. Celui-ci doit parvenir à filmer le réel pour qu’il sonne juste et dévoile toute sa force, obligeant le réalisateur à être à la fois présent et en retrait. L’art du film documentaire se situe sur ce point d’équilibre.

Est-ce difficile pour lui de faire un film sur un autre réalisateur, son ancien professeur de surcroît? « Pas vraiment », répond l’intéressé, si ce n’est qu’il nécessite d’aller au-delà du respect et de consolider une relation de confiance entre les deux hommes pour permettre un travail efficace. Ce qui apparaît plus complexe aux yeux du réalisateur, c’est plutôt de résumer en un film court un demi-siècle de cinéma mais aussi d’Histoire – les films de Thierry Michel y étant intrinsèquement liés.

L’effet des prix pour son film Les chemins de la mémoire? Il s’agit d’un film très personnel puisqu’il évoque les relations entre les Espagnols après le franquisme, ses déchirures, les démarches de deuil et de reconnaissance. Or, les parents de José Luis Penafuerte ont tous les deux fui cette dictature pour venir s’installer en Belgique. Aussi l’Espagne et ses problèmes politiques ont-ils toujours été présents en filigrane dans l’enfance du réalisateur. C’est pourquoi la réception de son film lui donne plutôt le sentiment d’être parvenu à transmettre son histoire, même à des personnes qui ne l’ont pas vécue directement, et donc d’avoir touché juste. Cette reconnaissance lui apporte ainsi la confiance d’être dans la bonne direction, en adéquation avec son sujet et ses convictions sur l’importance de rendre ses films personnels.

Ce que Thierry Michel accueille avec beaucoup de sérénité, jouant le jeu, se demandant avec intérêt s’il va se reconnaître dans ce portrait qu’on tisse de lui, avec ce petit pétillement amusé dans le regard qui nous donne envie de lui demander quel est le filtre qui lui permet de préserver cette passion intacte et, semble-t-il, toujours renouvelée.

Pour plus d’infos, surfez sur les films de la passerelle, le Site Officiel des Chemins de la Mémoire, La cinémathèque présente la collection cinéastes d’aujourd’hui.

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Attachée de presse bruxelloise, j’ai décidé de vous faire partager tout ce que je sais grâce à mon métier…

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