Le cuberdon se prend au sérieux

Avec la bière, le chocolat et (au choix : Stromae, les Diables Rouges, Annie Cordy, Eddy Merckx, Jacques Brel, les Snuls, Milou, François Englert, la gaufre de Liège, le champ de bataille de Waterloo, l’humour de Bart De Wever, le speculoos, la cascade de Coo, le Vlaamse Leeuw, la circulaire Peeters, l’émission FC de Kampioenen, les ralentis sportifs, la guerre communautaire, le BIFFF,…), le cuberdon est assurément un trésor national. Mieux, avec sa recette maintenue secrète, ses six jours de production pour sept étapes de fabrication et sa fragilité de transport légendaire, le cuberdon n’est rien de moins que notre Coca-Cola national. Un aliment quasi magique qui n’attend que d’envahir le monde pour devenir mythique.

En attendant, 18 grands chefs étoilés se sont penchés sur notre petit cône sirupeux afin d’en faire un ingrédient culinaire de premier choix. Résultat, un livre qui propose 50 recettes, compilation de l’inventivité gastronomique de ces toques de renom.

Nous parlons ici de grands chefs, donc inutile d’espérer une recette de stoemp au cuberdon ou de boulets sauce lapin aux éclats de cuberdons. Le cuberdon que propose Olivier Carpentiers dans cet ouvrage, qui oscille entre le beau livre et le guide pratique, est un produit de luxe qui se décline désormais en de nombreux arômes et produits dérivés, tels sirops et nectars, quitte à dénaturer le produit original. Support à une campagne marketing d’exportation haut de gamme, ce livre de recettes ne s’adresse pas au péquin désireux de savourer son cuberdon traditionnel de manière originale, mais vise un public aisé qui saura reconnaître la qualité et l’authenticité du cuberdon pour figurer sur les tables hautes d’une garden-party et égayer le fond d’une coupe de champagne.

cuberdon2-1

Peu (voire pas) de recettes abordables donc, sinon pour celui qui croise régulièrement du pigeonneau d’Anjou ou de Steenvoorde, du pigeon de Vendée, du foie gras ou du magret de canard dans son assiette et qui maîtrise quelque peu l’art de la cuisine gastronomique. Et les desserts sont à peine plus communs, mais tout aussi complexes dans leur réalisation. Garanties par de nombreuses étoiles, les recettes ne peuvent être que fameuses, mais l’on peut regretter que certaines ne fassent usage du cuberdon que comme artifice pour un peu d’originalité sur fond de raffinement.

Quelque peu décevant pour son herméticité, ce livre de recettes, complété par un lexique très utile des termes techniques et culinaires, peut néanmoins servir de support à l’élaboration de recettes qui s’inspirent et picorent de ci de là les bonnes idées dont le livre fourmille mine de rien.

En somme, pour que cet ouvrage ne devienne pas un « beau livre » dans une bibliothèque de guides pratiques, l’amateur de cuberdon et de plats maison devra s’armer d’une bonne dose de courage et/ou d’imagination pour en exploiter les recettes.

Et si l’envie vous prend de surprendre vos proches pour les fêtes de fin d’année, ce livre peut être une idée originale pour composer un menu gastronomique ou faire un cadeau distingué.

Le cuberdon,  Olivier Carpentiers, disponible aux éditions Racine, 192 p., 24.95 €.

Tags from the story
Written By

Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *