Le Dahlia Noir

Les éditions Casterman annonçaient la sortie de l’adaptation BD du célèbre « Dahlia Noir », roman à succès de James Ellroy, comme un événement sans précédent.

Il faut dire qu’avec un tel « casting » – Miles Hyman au dessin ; Matz, David « Fight Club » Fincher et James Ellroy au scénario – les fans du roman attendaient beaucoup de cette adaptation.

Pour que cette critique soit complète, il faut préciser deux choses : je n’ai jamais lu le roman de James Ellroy et je n’ai pas vu l’adaptation cinématographique (mais j’aimais bien l’affiche). Je ne suis donc pas une fan de l’œuvre mais une parfaite néophyte et c’est parfois mieux comme ça.

Ceci dit, je sais que le « Dahlia Noir » est un classique de la littérature américaine et du polar en particulier et quand j’ai vu que Casterman en sortait une adaptation, je me suis dit : pourquoi pas ?

Le nom du réalisateur David Fincher – qui a aidé Matz à l’adaptation du scénario –  et dont j’adore les films a suffi à me convaincre : lançons-nous dans la lecture de ce projet ambitieux !

Premier constat : Casterman ne n’est pas moqué de nous en vantant les mérites de dessinateur Miles Hyman. Son travail est tout simplement magique. L’ensemble des planches ainsi que la couverture ont été réalisées avec des crayons gras – une première pour l’artiste qui nous explique ce choix : « Il s’agissait moins d’une question de rapidité, que d’une question de visibilité, de lisibilité, car cela amenait une plus grande finesse, plus de naturel, dans les détails et gestuelles des personnages ».

Et quel bon choix! L’usage du crayon gras installe une atmosphère particulière : sombre, inquiétante, « sale » qui colle parfaitement au scénario.

Le dessin en tant que tel est très particulier, on voit qu’il a fait l’objet d’une recherche poussée de ce qu’était le Los Angeles de l’époque où se situe le roman et de fait :

« J’ai beaucoup regardé les images de l’époque : des publicités, des dessins populaires. Mais j’ai également passé beaucoup de temps à rechercher des photos des archives – de la police, la fameuse « LAPD » – j’ai compulsé des journaux spécialisés dans les faits divers, etc. » – Miles Hyman

J’ai particulièrement apprécié l’attention portée aux visages des personnages – souvent torturés par leurs sentiments.

Le travail est donc là et il est très bien exécuté, rien à dire, « Le Dahlia Noir » est une petite perle graphique et c’est un réel plaisir pour les yeux de découvrir le dessin de Miles Hyman.

J’aimerais en dire autant du scénario. L’histoire du Dahlia Noir est célèbre car elle part d’un fait divers, d’une histoire vraie :

« Le meurtre d’Elizabeth Short, dont on retrouvera le corps mutilé dans un terrain vague en janvier 1947, et qu’un journaliste inspiré surnommera le « dahlia noir ». Tel est le point de départ de cette histoire âpre et sombre, monument de la littérature américaine, à la fois roman noir, enquête et voyage dans l’histoire d’une ville, Los Angeles ».

Voilà pour le point de départ et l’histoire principale du roman mais, comme dans beaucoup de polars, elle est loin d’être la seule trame et de nombreuses petites intrigues viennent se greffer au fur et à mesure du récit.

C’est cet aspect tentaculaire du roman que Matz et David Fincher ont essayé d’adapter, tant bien que mal, en bande dessinée. Nul doute que la tâche fut ardue et ingrate : adapter un roman en BD est souvent frustrant. La BD est structurée en six chapitres qui se suivent logiquement, la trame du roman semble respectée et le récit se développe peu à peu.

Mais, il y a un mais, je regrette que l’issue de l’histoire se fasse de manière si rapide et subite (elle ne tient qu’en l’espace de quelques pages alors que la BD en fait 170 !).

Dommage car il m’a fallu relire au moins trois fois ces quelques pages pour comprendre ce qui se déroulait sous mes yeux : la fin de l’enquête et le dénouement final d’une histoire qui m’avait pourtant tenue en haleine pendant une centaine de pages. Peut-être est-ce inhérent au roman ? Peut-être aurais-je mieux compris la fin en ayant lu le roman ? Je ne sais, mais cela m’a un peu laissé sur ma faim et m’a empêchée de profiter jusqu’au bout de cette BD qui est pourtant globalement réussie.

Ceci dit, cela ne doit pas vous empêcher de lire « Le Dahlia Noir » que vous soyez fan ou pas, cette BD vaut vraiment le détour, rien que pour la qualité de son dessin et si le scénario vous déçoit…hé bien, vous n’avez qu’à lire le roman!

Miles Hyman/Matz/David Fincher/James Ellroy

Editions Casterman/Rivages/Noir

Prix : 20€

Plus d’infos sur : Editions Casterman

 

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Laura, 28 ans, 1m55. Titulaire d'un diplôme loufoque : Sciences des religions et de la laïcité. Ecrit des articles non moins loufoques pour Culture Remains. Nourrit une passion pour M.I.A, le Théâtre de Poche, son chat, Edgar Allan Poe et les plantes carnivores. A toutes fins utiles, sachez qu'elle est très facilement corruptible si on lui offre à boire et à manger.

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