Le Fusil de chasse – Qui part à la chasse… prend sa place aux riches claires

« Un poète japonais publie dans un magazine de chasse un texte inspiré d’un chasseur qu’il a un jour croisé au détour d’un sentier dans la région de l’Izu. Quelle n’est pas sa surprise de recevoir quelques mois plus tard une lettre du chasseur en question, Josuke Misugi, touché par la grâce de son poème et désirant partager avec lui la cause de cette mélancolie qui frappa l’écrivain. Aussi joint-il à sa propre lettre trois autres missives de femmes convergeant vers son histoire d’adultère. »

Au départ, donc, un poème. Un poème récité par Nicolas Swysen dans la pénombre esthétisante d’une scène presque vide, à part l’acteur assis et récitant, la chanteuse envoûtante Noriko Yakushiji et la prodigieuse violoniste Akiko Okawa. L’acteur se fait tour à tour poète et chasseur. Les artistes japonaises se plantent dans le sol avec une souplesse et une élégance toute asiatique. Coup de tonnerre. L’actrice apparaît. Laetitia Chambon incarnera, elle, les trois lettres reçues par Josuke, c’est-à-dire leurs destinatrices : Shoko, Midori et Saïko.

Passant de l’une à l’autre par une métamorphose vestimentaire et vocale bien marquée, Laetitia Chambon tient la pièce de bout en bout, avec un peu trop d’emphase humide dans les yeux, certes, mais avec une abnégation impressionnante. Elle est petite fille, elle est femme trompée, elle est femme trompeuse, toujours belle, toujours avec une diction parfaite. Et on la suit, au gré de ses monologues douloureux, dans les méandres des relations amoureuses d’un Japon des années 40 encore perclus de tradition.

Omniprésente, la tradition japonaise se retrouve à tous les niveaux de cette adaptation du Fusil de chasse de Yasushi Inoué, dans la calligraphie, dans les costumes, dans la chorégraphie lente des mouvements, dans les chants entonnés gracieusement par Noriko Yakushiji. Ces derniers, inspirés de chansons traditionnelles japonaises ou composées pour l’occasion, enveloppent la pièce d’une aura plaintive pénétrante. C’est la belle idée de la metteuse en scène, Céline Schmitz : mêler la culture soleil levant à une représentation occidentale dans un respect passionné de l’une et de l’autre. Sa mise en scène rigoureusement épurée laisse parler les corps menus des artistes japonaises intervenant çà et là, entre ou pendant les monologues. Influence revendiquée par Céline Schmitz, le théâtre nô trouve ici une jolie dérive, baignée par un travail sur la lumière magique.

Par cette première mise en scène, imaginée à l’origine pour le Festival Courant d’air en 2012, Céline Schmitz (23 ans !) a « avant tout cherché à exprimer toute la poésie et la violence » qu’elle retrouve dans la littérature japonaise, particulièrement dans ce roman de Yasushi Inoué. Une jeune artiste talentueuse à suivre, notamment à l’Espace Senghor avec Chamaeleonidae ou l’homme invisible, spectacle gestuel en cours d’élaboration. On pourra la voir aussi faire l’actrice dans Le Malade imaginaire à la Comédie Claude Volter en mars, accompagnée de Nicolas Swysen (avec qui elle a fondé la compagnie Gambalo). Quant à Laetitia Chambon, elle entamera la Tournée des Châteaux avec Les Sœurs, et sera à l’affiche du film français Le Grimoire d’Arkandias en octobre 2014.

En attendant, Le Fusil de chasse se joue jusqu’au 8 mars aux Riches-Claires.

Jusqu’au 8 mars aux Riches-Claires.

Adaptation et mise en scène : Céline Schmitz

Avec : Laetitia Chambon, Noriko Yakushiji, Akiko Okawa et Nicolas Swysen

Plus d’informations sur le site des Riches Claires

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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