Le Grand Bain, au poil

Avec Le Grand Bain, l’acteur Gilles Lellouche signe son grand retour derrière la caméra. Et quel retour, puisque son nouveau film est un véritable petit bijou qui fait mieux que confirmer les bonnes dispositions de Gilles Lellouche, le réalisateur. C’est bien simple, Le Grand Bain est incontestablement un des meilleurs films français de l’année.

C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie.

Les premiers pas de Gilles Lellouche derrière la caméra (Narco en 2004, Les infidèles en 2012) n’avaient pas laissé un souvenir impérissable, malgré de bien réelles qualités d’auteur. En ajoutant de l’émotion à sa recette cinématographique, le réalisateur Lellouche franchit un cap artistique et propose une comédie dramatique aussi drôle qu’émouvante. Un film plein qui emprunte les codes de la comédie sociale britannique et s’invite avec éclat dans le cercle très fermé des feel-good movies à l’anglo-saxonne.

A cet égard, le film de Gilles Lellouche connaît une drôle de concurrence avec le film Swinning with Men, sorti quelques semaines plus tôt outre-Manche, et qui traite d’un groupe de quadras qui se lancent dans la natation synchronisée pour donner un sens à leur vie… .
Si les deux pitchs se ressemblent tant, c’est tout simplement parce que ces deux films s’inspirent de la même histoire vraie, celle des Stockholm Art Swim Gents, un groupe de natation synchronisée masculin suédois, en plus  d’adopter le même ton humoristique. Une drôle de coïncidence qui ne doit pas faire rire tout le monde. Le film anglais n’ayant pas trouvé de distributeur (téméraire) en France et vice versa, la rivalité devrait rester purement artistique.

Artistiquement parlant, justement, Gilles Lellouche propose une mise en scène dynamique et ingénieuse qui souligne l’émotion ou participe à amener le rire. Il filme ses personnages vieillissants, velus et bedonnants sans fard mais avec infiniment de tendresse. Son affection pour ses personnages est tangible, fait mouche et fait qu’on adhère au principe de ce groupe de loosers magnifiques dont la complicité transpire l’authenticité.
Une des forces du film tient à cette capacité que Gilles Lellouche développe à glisser subtilement de l’individuel au collectif, de l’histoire de Bertrand, interprété par Mathieu Amalric à celle du groupe au sens large. Il raconte ensuite le groupe tel un personnage propre à travers ses individualités et avec cette même aisance.

Côté casting, Gilles Lellouche ne fait pas dans la demi-mesure, puisque sa distribution est assez exceptionnelle : Matthieu Amalric, Virginie Efira, Guillaume Canet, Marina Foïs, Benoit Poelevoerde, Leïla Bekhti, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katherine, Melanie Doutey. Rien de moins.
Si la parité est presque atteinte dans ce film de « mecs qui font un sport de filles », Gilles Lellouche a, de plus, l’élégance de soigner autant les rôles masculins que féminins, de ne pas en faire des rôles secondaires (à ne pas confondre avec des seconds rôles). Les personnages interprétés par Virginie Efira et Leila Bekti n’ont rien à envier à ceux des hommes. Ils sont intenses, profonds et drôles. Souvent plus drôles que les hommes, d’ailleurs. Dans ce registre, Leïla Bekhti mérite une mention spéciale. Elle est tout simplement extraordinaire dans un second rôle qui n’est pas loin de voler la vedette aux premiers.

Par contre, mettre un acteur en avant serait faire mentir cette chronique, mais il faut bien reconnaître que Philippe Katrine est une très bonne surprise, que Benoît Poelvoerde surprend par sa sobriété, que Guillaume Canet séduit dans un rôle à contre-emploi, que Jean-Hugues Anglade émeut en rockeur raté et père maladroit, que Mathieu Amalric est décidément un acteur fascinant et qu’Alban Ivanov est une belle découverte. Le cas Benoît Poelvoorde résume à lui seul la manière avec laquelle les acteurs se sont « effacés » au profit de la crédibilité et de l’authenticité du groupe.

Si on peut reprocher quelque chose à Gilles Lellouche, s’est d’avoir sous-exploité le personnage de Avanish interprété par un parfait inconnu, Thamilchelvan Balasingham, recruté au cours d’un casting sauvage, et d’avoir manqué de finesse dans l’écriture du personnage de Thibault, le bon gros beauf de service, incarné par Jonathan Zaccaï.

Finalement, la grande force de ce Grand Bain tient probablement dans la sincérité de son propos. Les vertus du sport amateur, la virilité en question, la dissemblance comme richesse, Gilles Lellouche ne trompe pas son spectateur. Ça se sent et ça confère au film le supplément d’âme qui fait les grandes œuvres. Le Grand Bain est LE film de cette fin d’année à voir absolument.

Depuis le 24 octobre.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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