Le Grand Meaulnes : on ne soupçonnait pas cette mise en scène…

Le Grand Meaulnes.  La plupart d’entre nous a déjà entendu parler de ce roman emblématique de la littérature française du début du vingtième siècle, roman au style et à l’ambiance à mi-chemin entre George Sand et Marcel Proust… Non ? Eh bien, c’est l’occasion d’y remédier sans plus attendre ! Cette histoire champêtre écrite par Alain Fournier et publiée pour la première fois en 1913, vous est présentée sous forme théâtrale à la Comédie Claude Volter jusqu’au 30 septembre prochain. Qu’on se le dise : ce plongeon de cent ans en arrière dans une atmosphère campagnarde où gisent l’amour et l’amitié ne nous laisse pas indifférents ! Et, sachez-le : cette adaptation, drôle et émouvante, du Grand Meaulnes au théâtre est une première mondiale et historique!

Le théâtre, c’est l’occasion de pointer le doigt sur des scènes de vie, des phénomènes de société mais c’est aussi, parfois, l’occasion de regarder derrière nous, et de raconter des histoires qui se sont passées jadis, au pied du monde, au fin fond de la campagne, par exemple. Et parmi ces histoires, on compte Le Grand Meaulnes. Nous nous trouvons dans un décor d’arbres, de prés et de ruisseaux, planqués dans le Berry, dans l’ombre entre Bourges et Vierzon. En l’an 1897.

De gauche à droite : Augustin Meaulnes, Frantz de Galais le mari déchu, et François Seurel © D.R.

Sur la scène de la Comédie Claude Volter, un décor simple est installé.: des bancs d’écoles, point de départ de la pièce. Un conteur, assis au coin de l’estrade tient un livre entre les mains. Il pose l’ambiance en citant quelques phrases-clés du roman. La mise en scène surprend de prime abord, par les performances de gymnastique et de danse (un acteur marche sur les mains, fait la roue, rendant la pièce « multiperformante »). Et puis, ça joue, on décolle avec cette équipe de saltimbanques-comédiens, on arrive dans la salle de classe, et on est témoin de l’arrivée d’Augustin Meaulnes dans le village (interprété par Laurent Renard), cet élève de 17 ans, impénétrable de caractère, indécrottable rebelle, au tempérament de leader, et charismatique pour ses copains. Notamment celui qui deviendra son meilleur ami, François Seurel, le fils du prof, interprété ici par Jonas Claessens.

 

Affiche de la pièce de théâtre Le Grand Meaulnes à la Comédie Claude Volter

Le Grand Meaulnes, c’est un personnage haut en couleur, qui ne tient pas en place. À peine est-il en classe qu’il souhaite s’en aller à travers champs. C’est un aventurier. Et dans ce petit village du centre de la France, il vivra, par un pur hasard, alors qu’il avait prévu de se rendre chez une connaissance mais se perdit en chemin et découvrit un paradis perdu (à se demander si Proust ne s’en inspira pas pour son oeuvre), avec une jeune femme sur le point d’être mariée : Yvonne de Galais… Le temps d’une fête gâchée, ils se découvriront. Et quand il reviendra, trois jours après, Meaulnes ne sera plus le même… Il ne pensera plus qu’à retrouver celle qu’il a aimée, un soir durant. Y parviendra-t-il?

Ce qu’on peut apprécier dans cette représentation, c’est la diversité des genres. « L’atmosphère musicale et la création des éclairages ont une grande importance dans le spectacle« , explique Danielle Fire, metteure en scène, « car la perception sensorielle de la nature par Alain-Fournier, entre brume et lumière, est une véritable transfiguration du réel« .

L’auteur, le livre, les adaptations

Revenons aux fondamentaux: le livre et l’auteur. Quand il a commence à écrire ce roman, Alain-Fournier (le jeune Alain-Fournier !), n’a que 23 ans. Nous sommes en 1910. Trois ans plus tard, de juillet à octobre 1913 exactement, le livre est publié sous forme de feuilleton dans les pages de la Nouvelle Revue Française (NRF), avant d’être assemblé en un seul livre en octobre de cette même année également, et publié par les éditions Émile-Paul Frères.

Mais hélas ! Alain-Fournier meurt au début de la guerre, le 22 septembre 1914, à Saint-Remy-la-Calonne, suite à une offensive allemande, non loin de Verdun. Il n’aura pour ainsi dire pas connu le succès de son livre, ou seulement les balbutiements, lui qui était déjà en train de peaufiner son second Colombe Blanchet« , qui ne sera jamais terminé.

Le lieutenant Alain Fournier aux manœuvres de Caylus, en 1913 © D.R.

Outre le livre en lui-même, il faut savoir que Le Grand Meaulnes a été adapté de nombreuses fois. Au cinéma, il est porté pour la première fois en 1967 par le réalisateur Jean-Gabriel Albicocco. Le film oriente son point de vue sur l’aspect romantique de la trame et le vécu d’Augustin Meaulnes et de sa recherche du « domaine sans nom« . Le deuxième film consacré à ce roman est sorti en 2006, avec Nicolas Duvauchelle dans le rôle de Meaulnes.

« Au théâtre, c’est plus complexe. Le roman n’avait jamais été réellement adapté jusqu’à nous« , explique l’équipe à l’origine de cette mise en scène. Ce qui fait que cette pièce, jouée jusqu’au 30 septembre 2018 à la Comédie Volter, est une première !

De bout en bout, le public se laisse surprendre, entre rire et émotions plus tristes, par une mise en scène multigenre, entre musique, art du spectacle et comédie traditionnelle, comme on en voit trop peu ! Une découverte à ne pas manquer pour tout amateur de parfum d’historiette drôle et émouvante dans un décor simple où l’on sent l’âme de la campagne !

Du 12 au 30 septembre 2018, du mardi au samedi à 20h15, dimanche à 16h à la Comédie Claude Volter (Av des Frères Legrain 98 – 1150 Bruxelles).

Durée du spectacle : 2 heures, entracte compris.

Avec Catherine CONET, Margaux LABORDE, Isabelle ROELANDT, Jonas CLAESSENS, Franck DACQUIN, Laurent RENARD, Abel TESCH, Serge ZANFORLIN & Maximilien DELMELLE
Adaptation et mise en scène : Danielle FIRE

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Ancien étudiant en Sciences Politiques (ULB) Entre 2014 et 2016, gérant de L'étrier asbl. Depuis août 2016, président de Clap Culture, association désirant promouvoir la culture à travers les nouvelles créations, l'esprit citoyen et la conscience des enjeux de société à travers elle. Organisateur d'événements (Festival Mini-Classiques pour donner de la visibilité aux jeunes musiciens des différents Conservatoires ou d'ailleurs), journaliste, Réalisateur d'un projet radio de fiction "Les Pieds de l'Iris", suite d'histoires rocambolesques aux personnages à la trempe décalée sur fond de quartiers bruxellois.

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