Le joueur d’échecs: le petit bijou visuel de Casterman

Le joueur d’échecs de David Sala est l’adaptation du chef-d’œuvre de Stefan Zweig en BD. J’ai enfin pu découvrir cette merveille parue chez Casterman en octobre dernier, et le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu! Avec un scénario puissant et une histoire qui a chamboulé des générations, il suffisait d’assurer le passage à la bd afin de faire un carton plein. C’est chose faite grâce au talent indéniable de David Sala.

Le résumé de l’éditeur

David Sala adapte le chef d’œuvre de Stefan Zweig en BD.

Les premiers pas furent un fiasco, je n’arrêtais pas de m’embrouiller, cinq, dix, vingt fois, je dus reprendre le début de la partie.
Mais j’avais tout mon temps… Moi, l’esclave du néant…

1941. Dans les salons feutrés d’un paquebot en route pour l’Argentine, le champion du monde d’échecs affronte lors d’une ultime partie un aristocrate viennois, dont l’incroyable maîtrise du jeu est née dans l’antre de la tyrannie.
Cette dénonciation poignante et désespérée de la barbarie nazie est le dernier texte écrit par Stefan Zweig avant son suicide.

« Né en 1881 dans un grand et puissant empire […], il m’a fallu le quitter comme un criminel. Mon œuvre littéraire, dans sa langue originale, a été réduite en cendres. Étranger partout, l’Europe est perdue pour moi… J’ai été le témoin de la plus effroyable défaite de la raison […]. Cette pestilence des pestilences, le nationalisme, a empoisonné la fleur de notre culture européenne ».

— Stefan Zweig, Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen.

Qui sont Stefan Zweig et David Sala?

Le premier, Stefan Zweig, est écrivain, romancier et journaliste autrichien. Il s’est suicidé au Brésil en 1942. Ami de Freud, cet intellectuel qui fait partie de l’intelligentsia juive viennoise fuit son pays en 1932 suite à la montée du nazisme. Pendant la Première Guerre mondiale, Zweig se rend compte à quel point la guerre est dévastatrice et c’est là qu’il perd fois dans l’humanité. Son mentor écrira les propos suivant: « Je suis accablé. Je voudrais être mort. Il est horrible de vivre au milieu de cette humanité démente et d’assister, impuissant, à la faillite de la civilisation. »

S’ensuit la période du succès de 1916 à 1933 où ce dernier parcourt l’EuropE pour donner des conférences en défendant ses idéaux pacifistes. Il prêche pour une Europe unie et il gardera ses convictions jusqu’à la fin de ses jours. Avec l’arrivée du nazisme, il se réfugie d’abord à Londres et ensuite au Brésil.

Avec l’entrée en guerre des États-Unis en décembre 1941, Zweig perd de plus en plus espoir. Il n’en continue pas moins son œuvre, dont Le Joueur d’échecs, bref roman publié à titre posthume qui met précisément en scène un exilé autrichien que les méthodes d’enfermement et d’interrogation pratiquées par les nazis avaient poussé au bord de la folie. Ref: Wikipedia

David Sala est né le 18 juillet 1973, à Décines. Après des études à l’école Emile Cohl, il illustre ses premières couvertures de romans, alternant polars, science-fiction, et heroic fantasy. Il travaille également pour l’édition jeunesse. Le Prix de la Ville de Sérignan lui est attribué en 2000 pour Le Début et la fin. Il publie ensuite, chez Casterman, Le Tatoueur du ciel, Les Mille ruses du renard volant, ou encore La Prisonnière du brouillard. Il s’essaye aussi à la BD, publiant les trois tomes de Replay (Casterman) entre 2000 et 2002, puis narre le parcours de Nicolas Eymerich, inquisiteur (Delcourt). En 2013, il adapte Cauchemar dans la rue, de Robin Cook, pour la collection Rivages/Casterman/Noir. Ref: Casterman

Notre avis sur Le joueur d’échecs

Avec des dessins somptueux et une saveur d’aquarelle dans une bd imprimée, ce petit chef-d’oeuvre touche autant par son histoire que par ses couleurs. Les personnages sont attachants et les émotions sont bien retranscrites, et ce du début à la fin. Je pense que, même sans avoir lu le roman, le message initial est bien retransmis. Il n’est donc pas indispensable d’être familiarisé avec Zweig pour profiter pleinement de l’intrigue et du message. L’histoire ne se termine pas en 25 minutes. Le texte est fourni et bien traduit. Les détails dans les dessins ne manquent pas, même si c’est plus l’aspect générale qui plaira… ou pas: leur style un peu singulier ne plaira pas à tout le monde. Pour ma part, je les trouve sublimes! Et n’ayez pas peur de l’offrir en cadeau, pas besoin d’attendre la suite pendant deux ans ou d’investir 140 euros pour avoir l’histoire complète vu qu’il s’agit d’une intégrale! En résumé, Le joueur d’échecs est vraiment une belle surprise de cette fin d’année à acheter ou offrir pour les fêtes. S’attaquer à un monument du genre n’était pas chose aisée et David Sala ne s’est pas loupé. Cette adaptation réussie propose au lecteur de l’émotion, du suspense ainsi qu’un peu d’histoire. Un certain recul et de la maturité sont néanmoins nécessaires pour profiter pleinement de l’histoire. Et comme les nombreux fans de ce livre le savent déjà, il ne s’agit pas d’un conte de fée… Cet ouvrage est donc destiné essentiellement aux adolescents et adultes.

Pour en savoir plus sur la BD Le joueur d’échecs de David Sala

Le page Facebook de Casterman

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