Le Lombard, pour réinventer les mythologies – Les mille et autres nuits et Clan

Après Les prométhéens sorti en janvier et dont nous vous parlerons très vite, interview à l’appui, Le Lombard enchaîne avec deux nouvelles incursions entre mythologies contemporaines et mythologie ancestrale mais revisitée. Entre les Yakusas du Clan et les héros des Mille et autres nuits, vaste programme servi par des auteurs d’exception.

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Avec, en premier, une plongée dans le monde des contes de fées cuisinés à l’orientale. D’ailleurs, en y réfléchissant, les fées n’en sont pas vraiment, ou alors se sont des Djinns, ou des génies. Comme cette fantastique créature qui sort de la lampe magique du magicien Jaisalmer. Un nom mystérieux qui cacherait Aladdin? Trop tôt pour le savoir. Toujours est-il que le temps a passé et tout le sable du Sahara semble avoir filé dans le sablier: Sheherazade a (mal) passé sa 1001ème nuit et cache désormais son visage, défiguré. Ali Baba a épuisé tous ses trésors et est condamné à de vulgaires rapines. Le prince Ahmed (peut-être le moins connu, mais néanmoins mythique car héros du plus ancien long métrage d’animation conservé), quant à lui, est revenu des bras de la sublime fée Pari-Banou, rejeté. Des héros-chagrins que le destin va rassembler en la personne d’Arkabas, le plus riche des marchands de la ville. Avide, l’homme souhaite conquérir un mystérieux collier orné d’un bijou qui rendrait toute femme qui le porte la plus belle au monde. Problème? C’est sans compter la convoitise de la mystérieuse Shagall et de sa horde de griffons.

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De l‘oriental-fantasy en pays connu, voilà ce que nous propose l’un des plus indésoudable couple que la bande dessinée ait compté, à savoir Stephen Desberg et Henri Reculé. Et ce premier tome recèle bien des promesses. Ne fût-ce que par la couverture, sublime entre ombre et clarté nuageuse reluisante. Puis par son ambition de relecture d’une oeuvre fondamentale de la littérature. Et quelle cure de jouvence pour le lecteur de s’y replonger, de s’amuser des références connues et de celles inventées autour de personnages nouveaux. Le trait de Reculé est admirable dans la contemporanéité qu’il a su donner à ces Aladdin et Shéhérazade déchus.

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Et si on regrette peut-être un vocabulaire qui aurait pu mieux coller à l’époque de ces Expendables des temps « orien-tiques », on reste happé par cette histoire qui tient bien ses premières promesses et donne plus qu’envie de continuer cette excursion au royaume de tous les possibles. Sésame ouvre-toi, Desberg et Reculé ont sacrément bien fait de rouvrir le livre des 1001 nuits.

Les mille et autres nuits, Tome: 1 – Jaisalmer, Stephen Desberg et Henri Reculé, Le Lombard,  56p., 13,99 €


L’autre sortie, c’est Clan, d’Amazing Améziane. Oui, ce n’est pas facile à prononcer, mais le (grand) bonhomme avait déjà signé, il y a quelques mois, Légal, splendide thriller futuriste dans une France qui aurait légalisé la drogue. On vous en parlait ici. Cette fois, seul au scénario et au dessin, c’est dans le monde des yakusas qu’Amazing nous entraîne. 

Clan Amazing Améziane Le Lombard Saburo

20 mars 2016, Tokyo, Quartier Shinjuku. Cela fait longtemps que la pègre japonaise, les Yakusas de tous horizons et clans, ne vit plus des activités « traditionnelles » mafieuses. Non, désormais, les Yakusas ont revêtu les costumes de constructeurs, de boursiers, en prêtant de l’argent, en distribuant des cartes d’accès à des clubs de golf très selects. De vrais hommes d’affaires. Pourtant, les sabres ne sont pas rangés pour autant. Jamais loin, les fines lames peuvent surgir à tout moment pour déchaîner des torrents de sang. Et, justement, Saburo, jeune Yakuza déterminé et ambitieux, sent bien que le vent tourne et que le moment est venu de régler un vieux différent avec Kodama, le vieil Obayun, le patron du clan Yamaguchi-Gumi, surpuissant. Et à l’heure où l’étau se resserre dans la nuit tokyoïte, l’issue reste imprévisible. D’autant que Shi, errant aveugle devenu sabreur légendaire, vient de sortir de prison, après 30 ans de détention à l’isolement et en haute sécurité. Un allié de poids pour Kodama?

Clan Amazing Améziane Le Lombard Shi

Un vrai Yakusa, voilà ce qu’est Amazing Améziane, avec un trait prodigieux, aussi précis qu’une lame jaillissante et aussi délicate que tranchante. Il faut dire que ce récit de règlement de compte dans les coins sombres du Japon n’est pas né de la dernière pluie. C’est même l’origine, le récit de jeunesse mûri, le plus abouti aussi. C’est le tout premier scénario écrit par Amazing Améziane et laissé dans le tiroir jusqu’à ce que Le Lombard lui donne le feu vert et lui accorde confiance. Enfin quoique, en 2003, Améziane avait publié Golgoth Aqua Tek chez Nucleus, qui de son propre aveu est Clan 2040, soit la suite du présent ouvrage. Un ouvrage qui surfe sur la variation du mythe cinématographique de Zatoichi, mais ne se perd pas dans sa filiation, son hommage et se donne plus dans la vision personnelle d’Améziane (qui lui-même avait débarqué au pays des estampes, un beau jour de 1995, 24h après l’attentat au gaz sarin dans le métro de la capitale) d’un Japon fantasmé mais aussi dangereux. Si on ressent l’influence japonaise, ce n’est pas en manga que l’auteur a souhaité décliner son histoire. Mais bien en roman graphique à tendance comics (double-pages, découpage très particulier profitant dans l’entièreté des pages et envoyant valdinguer les cases). Avec l’ombre d’un grand monsieur du format américain, Franck Miller (Daredevil, Batman: The Dark Knight, Sin City, 300) et ça s’en ressent dans les planches ténébreuses, inspirées et terriblement bien séquencées et rythmées.

Clan Amazing Améziane Le Lombard rue

Et si on regrettera un récit qui nous perd peu à peu par trop de personnages, on retiendra ce récit fascinant, tant qu’il est bien impossible de décrocher de la lecture. Un récit qui sait aussi se faire mystérieux en ne disant pas tout de ses personnages, en les prenant en mars 2016 et en ne cherchant pas à expliquer leur vie avant cette date fatidique. Un choix important tant il appuie ce plaisir de lecture saisi à un moment sans besoin de tout expliquer des pourquoi et comment. Bonheur tout de même de retrouver un making of retraçant les 13 ans nécessaires à la réalisation de cette BD et donnant des pistes de compréhension et de… suites? Pourquoi pas, tant Améziane sait rendre riches et passionnants les univers qu’il s’approprie.


Clan
, Amazing Améziane, Le Lombard, 96p.,17,95 €

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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