Le soleil a bien fait de poser ses baisers sur Marlène Jobert !

Mine de rien, pour ma génération, on aurait presque oublié quelle magnifique actrice Marlène Jobert a été. À force de destin, celle qui ne se trouvait pas spécialement mignonne a su imposer au Septième art français son énergie, son charme et ses taches de rousseur. Celles qu’un charmant amant de l’époque appréciera comme des « Baisers du soleil ». Une expression qui a suivi Marlène Jobert pour trouver 50 ans plus tard sa place comme titre de l’autobiographie qui vient de sortir chez Plon.

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L’occasion d’apercevoir quelques-uns des recoins et facettes d’une fabuleuse actrice pour qui le cinéma ne coulait pas de source et n’était même pas envisagé. Fille d’un militaire, ayant suivi « l’itinéraire d’un enfant gâché », alors en mission en Algérie, Marlène Jobert n’a pas eu une enfance rêvée, une enfance que des coups de martinet ponctuaient parfois, en manque d’amour de Moum’ et Poup’. Pourtant Marlène n’était pas une enfant difficile, un cancre peut-être malgré tout et malgré elle qui faisait tout son possible. Mais qui tirera une sérieuse revanche bien des (dizaines d’) années plus tard en voyant quatre écoles maternelles porter son nom et en tirant d’une plume enchanteresse quelques-uns des plus beaux contes modernes.

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Mais ce serait oublier qu’avant cette vie plus littéraire et loin derrière les caméras, Marlène Jobert a été l’une des plus éclatantes et lumineuses héroïnes du cinéma français auprès de quelques gloires devenues des monstres sacrés: Charles Bronson évidemment mais aussi Lino Ventura, Bernard Blier, un tout jeune Gérard Depardieu, les mini-fesses de Kirk Douglas (anecdote croustillante!), un inattendu Peter O’Toole ou encore Sergio Leone (même si elle ne joua jamais dans un de ses films, il lui confia, dans une scène parmi les plus comiques du livre, ce qui ferait son prochain film. Film qui deviendra le chef-d’oeuvre absolu Il était une fois en Amérique). Mais comme pour beaucoup, la carrière de Marlène Jobert a commencé sur les planches un peu au hasard mais avec le talent (celui, notamment de remporter le concours du Conservatoire national d’art dramatique de Paris) et en compagnie d’un certain… Yves Montand. Montand dans sa forme des grands jours, à la fois Don Quichotte de la perfection mais aussi… Don Juan à l’égard de la jeune Marlène, deux fois plus jeune, et qui ne savait pas alors que repousser les avances de ce tyran de talent la ferait passer à côté d’un rôle en or, qui aurait marqué un peu plus sa filmographie prestigieuse. Montand, sans doute sa plus grande déception dans le métier, mais une déception humaine tant la dimension d’acteur d’Yves Montand est intouchable.

Ainsi, au cœur de ce livre de confidences, Marlène Jobert jongle entre passé et présent normand, entre cinéma et vie privée avec beaucoup de douceur et de tendresse, trimbalant le lecteur dans quelques-uns des décors cinématographiques les plus courus des cinquante dernières années. Mais bien plus que de contenter les cinéphiles, Marlène régale par sa simplicité et se raconte sans fard avec une profonde conscience de la vie, réflexions à l’appui. Et si on manque parfois de repères chronologiques, Les baisers du soleil est un très beau récit de vie d’une femme qui n’a pas hésité à se laisser guider par l’envie, y compris au moment de mettre « Fin » à sa carrière pour mettre un début à celle de jeune maman de deux jumelles, Eva et Joy. Un modèle de vie sous les projecteurs mais pas à côté des choses de la vie!

Marlène Jobert, Les Baisers du soleil, Plon, 240 p. (et deux cahiers photographiques), 19,90 €.

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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