Le Temps des aveux, décevant retour en Indochine

Avant d’être un groupe de rock français, Indochine désigne avant tout la péninsule du continent asiatique située à l’est de l’Inde et au sud la Chine, et par extension l’ancienne colonie française d’Indochine. Mais Indochine, c’est aussi LE film de Régis Wargnier, sorti en 1992. Une fresque historique retraçant, au travers d’une famille exploitant des plantations d’hévéas, l’histoire de l’Indochine française des années 20 aux années 50. Avec Le Temps des aveux, Régis Wargnier retrouve une troisième fois la péninsule asiatique (après Une femme française en 1995) pour une plongée dans l’horreur du Cambodge post-colonial sous l’emprise des Khmers rouges.

Cambodge 1971, François Bizot est un jeune ethnologue français qui travaille à la restauration des temples d’Angkor. Alors qu’il s’aventure en territoire rebelle, il est arrêté et enlevé par les Khmers rouges, avant d’être envoyé dans un camp de prisonniers perdu dans la jungle. Accusé d’être un espion à la solde de la CIA, la seule chance de survie de François Bizot est de convaincre de son innocence, le jeune chef de camp, Kang Kek leu, alias « Douch », futur chef du terrible camp d’extermination de Tuol Sleng. Tandis que le français découvre la réalité de l’embrigadement des Khmers rouges, se tisse entre lui et son geôlier un lien indéfinissable.

Inspiré du livre autobiographique de François Bizot intitulé Le Portail, qui évoque son emprisonnement par les Khmers rouges, ainsi que sa libération et la chute de Phnom Penh à l’approche de la rébellion khmère, le nouveau film de Régis Wargnier repose sur une équation paradoxale : devoir la vie à l’un des plus plus grands criminels de la fin du vingtième siècle et assumer le lien trouble, entre amitié et dette, qui en découle.

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Cette formule corrosive, malheureusement, souffre à la fois d’un récit qui ne couvre pas la dictature khmère et d’une approche suggérée de leur cruauté. Contrairement à La Déchirure (The Killing Fields) de Roland Joffé, sorti en 1984, soit cinq ans après la chute du régime khmère, Le Temps des aveux sonde la naissance du mal et dépeint, non pas le Douch sanguinaire, mais le jeune intellectuel idéaliste et affable que rien ne semble destiner à la barbarie. Difficile dès lors de saisir la force émotionnelle de cette « amitié » singulière.

Le Temps des aveux souffre d’ailleurs aussi de la comparaison avec son aîné, dans la mesure où les deux histoires se recoupent. En effet, François Bizot et Sydney Schanberg partagent la même expérience de la chute de Phnom Penh depuis les locaux de l’Ambassade de France. La fin de l’aventure du français correspond au début de celle de l’américain. Ce « déjà-vu » cinématographique dessert Le Temps des aveux, tant Roland Joffé a réussi, là où Wargnier loupe un peu le coche, à insuffler à cette séquence l’intensité dramatique d’une tragédie en gestation. De plus, Régis Wargnier s’attarde sur des détails qui ont dû marquer l’auteur, mais qui n’apportent rien à un récit déjà fortement délayé par le traitement cinématographique.

A la lumière du rôle de François Bizot lors du procès de Douch en 2009, il apparaît que le film aurait gagné en intérêt à opposer deux procès, deux époques, la même volonté de défendre l’homme derrière l’ennemi que fut Bizot et qu’est Douch, plutôt que de s’attarder sur la chute de Phnom Penh. D’autant qu’avec Raphaël Personnaz et Kompheak Phoeung (Douch) Régis Wargnier a composé un duo extrêmement convaincant qu’il n’exploite pas à sa juste mesure.

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Le Portail n’était peut-être pas le meilleur roman à adapter, tant le récit incroyable de cet ethnologue français nécessite un traitement que le cinéma ne permet pas : épaisseur et profondeur dramatique.

Si Le Temps des aveux déçoit, c’est aussi et surtout en raison de la grande qualité à laquelle Régis Wargnier nous avait habitués. Son dernier film n’est donc pas à bouder, mais pourrait frustrer les habitués du cinéaste.

A voir dès le 14 janvier 2014

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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