Le Test

« Telle est la question… Les Coré sont une famille bien sous tous rapports, jusqu’au jour où Pierre met en doute sa paternité et recourt à un test génétique. Le résultat est dévastateur. Pour lui et pour le reste de la famille dont les liens se délient aussi rapidement qu’ils étaient prétendument solides. Lâcheté des uns, égoïsme des autres. Une famille de chair et de sang en proie à la plus contagieuse des maladies : le doute. »

Pour ma première critique pour Culture et Compagnie, j’ai décidé de ne pas vous en faire une. Enfin pas tout à fait. Je ne vous dévoilerai pas l’intrigue, ni si j’ai aimé Pierre, Agnès ou Hélène. Je ne vous dirai pas si le texte m’a plu ou si les lumières étaient à mon goût. Chacun se fera sa propre idée car Le Test mérite d’être vu rien que pour l’état fébrile dans lequel il vous met quand vous en sortez.

Ne tournons pas autour du pot : Le Test est une bonne pièce de théâtre, sans concessions, sans fioritures.  Le texte est cru, la scène sobre et lumineuse, les personnages sont pathétiques (mais pas dans le mauvais sens du terme), au point que nous souffrons avec eux et que si un rire s’échappe de notre gorge, il sonne bien triste. Il n’empêche. Le Test est très efficace quand il s’agit de nous plonger au cœur d’un drame qui n’est pas le nôtre… Quoique ?

« Mon Dieu mais quelle horrible histoire ». Ce furent mes premières pensées à la sortie du spectacle. Et en écoutant les commentaires de mes voisins, j’ai su que je n’étais pas la seule à le penser… Après quelques jours de réflexion, je reviens sur ma première impression et je me demande : l’histoire est-elle horrible car elle nous dévoile, sous nos yeux écarquillés, l’implosion d’une famille « bien comme il faut » ? Et si c’était les personnages, tous plus perdus les uns que les autres, qui nous faisaient pitié ? Et si c’était le destin de cet enfant, que nous ne verrons jamais, qui nous inquiète ? Et si c’était tout cela à la fois ?

Et si? Et si? Et si…

Je n’ai toujours pas la réponse à cette question et me voilà contrainte, tels les personnages de cette cruelle tragédie, à parler au conditionnel. Avez-vous déjà douté dans votre vie ? Je suppose. En découvrant la vérité, avez-vous senti une terrible amertume vous envahir ? C’est très probable. « Si tu ne voulais pas savoir tu n’avais pas qu’à demander ! » nous exclame-t-on. Certes. Mais qu’en est-il lorsque l’on vous fait douter alors que vous n’avez rien demandé ? Lorsque l’on vous injecte ce petit poison d’incertitude qui peu à peu vous ronge de l’intérieur et vous pousse à l’irréparable : connaître la vérité.

C’est pourtant ce qui arrive à Pierre, protagoniste de notre histoire, qui voit son monde vaciller face aux résultats du Test. Et, puisqu’il s’enfonce, autant que le monde entier s’enfonce avec lui ! Commençons par son père, absent et égoïste, centré sur sa réélection et rien d’autre, continuons avec sa mère, aimante mais malheureuse, puis avec l’assistant en manque de reconnaissance, d’amour et… en manque d’à peu près tout au final, poursuivons avec sa femme, perdue et désolée (dans tous les sens du terme) et terminons par le public qui assiste, impuissant, à cette tragédie qui vous prend aux tripes et ne vous lâche à aucun moment.

Vous vouliez connaître la vérité ? Affrontez-la ! Encore mieux, observez-la détruire une famille qui pourrait être la vôtre.

Mais si le doute est bien à l’origine du chaos familial, c’est une autre chose qui mène les personnages à la déchéance : le manque d’amour. Et pas n’importe quel amour, non, il s’agit ici d’amour familial. Vous savez, cet amour que l’on croit tous inconditionnel et illimité ? Que se passe-t-il lorsque nous en sommes privés ou, pire, lorsque nous sommes incapables d’en donner ?

Une terrible question à laquelle vous répondrez par vous-même car « Le Test » envahit le théâtre de Poche (ou serait-ce le doute ? Je ne sais plus…) jusqu’au 02 juin ! Et une chose est sûre: vous n’en ressortirez pas indemne.

Du 09/05 au 02/06/ 2012 (Relâche les dimanches et lundis), au Théâtre de Poche, 1a Chemin du gymnase à 1000 Bruxelles, de 8 à 16 € (durée: 1h35).

De: Lukas Bärfuss

Mise en scène: René Georges

Avec: Fabrice Adde, Didier de Neck,Jo Deseure,Bruno Mullenaerts, Sophie Sergio

Plus d’infos sur le site du Poche.
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Laura, 28 ans, 1m55. Titulaire d'un diplôme loufoque : Sciences des religions et de la laïcité. Ecrit des articles non moins loufoques pour Culture Remains. Nourrit une passion pour M.I.A, le Théâtre de Poche, son chat, Edgar Allan Poe et les plantes carnivores. A toutes fins utiles, sachez qu'elle est très facilement corruptible si on lui offre à boire et à manger.

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