Le ventre de la hyène, et les enfants soldats

Parue il y a déjà un moment (le 20 juin 2014), Le ventre de la hyène est une bande dessinée qui mérite malgré tout amplement de vous être présentée tant elle est marquante et pourra attirer des lecteurs au-delà des seuls aficionados du genre. En effet, elle touche à quelque chose d’universel et arrive à questionner l’humanité, mine de rien. Clément Baloup (le scénariste) et Christophe Alliel (le dessinateur) sont deux jeunes auteurs talentueux qui collaborent au sein du Zarmatelier à Marseille et qui proposent ici une magnifique histoire en un seul tome, destinée à un public adulte compte tenu de la violence qui en émane et de sa force évocatrice. Ils ont le mérite de traiter, courageusement et avec succès, d’un sujet difficile, sombre et auquel on est peu familier dans le neuvième art. Sur plus d’une centaine de pages, on découvre un récit qui porte sur deux frères ayant grandi ensemble dans le même village, quelque part en Afrique subsaharienne, jusqu’à ce qu’ils soient temporairement séparés suite au départ forcé de l’aîné, Anouar. Si cette histoire met en avant les liens ambivalents qui peuvent unir deux frères, c’est surtout sur les trajectoires de ces deux enfants soldats qu’elle s’attarde, de leur initiation à leur reconversion difficile, en passant par les hauts et bas d’une « carrière » imprégnée par une violence de tous les instants.

Extrait de "Le ventre de la hyène"

L’intrigue est centrée sur Talino, le plus jeune frère, qui cherche à chasser les fantômes qui le hantent ; ce soir ou jamais, comme le montrent les deux planches affichées sur cette page. Au gré de flashbacks, on en apprend plus sur le parcours de ces jeunes hommes, sur ce qu’ils sont devenus, sur les rencontres plus ou moins heureuses qu’ils ont faites, etc. Le moment est-il venu de faire le point, et la paix avec soi-même ? Leur aventure est aussi l’occasion d’un voyage qui débute dans un petit village, et nous emmène en différents lieux de désolation où leur puissance de feu les conduit au gré des opportunités financières et nous amènera jusque dans une banlieue sensible de Marseille. Si on croit reconnaître, du fait d’étranges ressemblances, des épisodes de l’histoire et de l’actualité récentes du continent africain, aucun n’est pour autant nommé, ce qui n’est pas indispensable pour tracer les contours du cadre vraisemblable dans lequel se passent ces évènements.

Extrait de "Le ventre de la hyène"

Le lecteur se voit rapidement immergé dans les pensées et les pas du personnage principal, aidé pour ce faire par un dessin qui reflète de façon très convaincante la douleur, la brutalité ou la rage. Les couleurs participent à la création d’une ambiance visuelle adéquate. Les dessins sont globalement soignés et le mouvement joliment mis en forme. Au final, ce roman graphique réussit de façon remarquable à nous en apprendre plus sur cette colère qui peut animer l’humain et le ronger de l’intérieur. Et ce tout en prenant le temps de construire une intrigue prenante et riche en détails, le tout agrémenté d’une pincée de conte africain.

Alliel et Baloup, Le ventre de la hyène, Le Lombard, 128 p., 19,99 €

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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