LE VIEUX JUIF BLONDE

« Elle s’appelle Sophie, elle a vingt ans, de longs cheveux blonds, un Julien dans la tête, et pourtant, où sont les rêves d’une jeune fille quand son intérieur appartient pour la moitié du temps à un vieux juif qui en attendant la mort, étale, plein de sarcasmes, une vie chargée d’horreurs ? Et pourquoi ce violon dans la tête, qui grince sans cesse ?

Cette jeune femme, tiraillée entre les deux êtres qui se partagent son corps, se raconte en naviguant brutalement d’une personnalité à l’autre. Entre schizophrénie et accès de lucidité, elle dépeint sa vie, ses souffrances, celles du vieillard lucide, cynique et désabusé, à l’humour grinçant et celles de la jeune fille perdue dans un monde trop grand pour elle. Coincée entre ses pulsions de jeunesse et ses tics de vieillards, entre des ardeurs séniles et une féminité naissante, elle oscille et nous transporte avec elle entre les rires et les larmes. Dans sa chair, c’est tout un choc des générations, des cultures et des genres, la symbiose maladroite d’un passé abominable et d’un futur terrifiant. »

Par sa mise en scène sobre, Antoine Motte donne la part belle au texte poignant d’Amanda Sthers ainsi qu’à la juste interprétation livrée par Chloé Burlet, Laura Dussard et Valéry Stasser du « Vieux Juif Blonde ».

Afin de rendre vivantes les réflexions de Sophie, et de mieux donner corps aux personnages qui peuplent son cerveau, le metteur en scène fait ici appel à deux acteurs pour interpréter ce qui est à l’origine un monologue, et mieux traduire la dualité de sa personnalité : à la fois jeune fille de vingt ans, et vieux juif réchappé d’Auschwitz plein de cynisme et d’amertume. Ce découpage naturel et pourtant judicieux du texte permet de donner une certaine dynamique à la pièce, et lui insuffle un véritable rythme : il s’agit dès lors d’un dialogue, engagé entre deux personnes formant un tout, en opposition et pourtant condamnées à vivre ensemble.

Sophie et Joseph vont ainsi nous faire partager leur vie, leurs pensées, et leurs manières de voir les évènements, la famille, les relations. L’interprétation des comédiens, pleine d’intensité et d’émotion, transmet toute la détresse, la souffrance et la colère de Sophie, face à sa schizophrénie et à ses tabous familiaux.

Placé en cercle autour des interprètes, le public clôt l’espace du théâtre, et de la réflexion de Sophie : les spectateurs sont aux premières loges et observent – grâce aux comédiens qui nous éclairent, au sens propre comme figuré, sur la situation – la confrontation qui a lieu dans le cerveau de la jeune fille. La proximité invite à une implication accrue du spectateur : les comédiens s’adressent directement au public et parcourent les rangées de fauteuils, accompagnés par le violon, dont les élans tristes, les plaintes et crissements, disent toute la souffrance et la perte de repère de la jeune fille.

Co-production de la Compagnie Artaban et du Centre Bruegel, cette interprétation modeste mais réussie et efficace du « Vieux Juif blonde » mérite votre attention. N’hésitez pas à aller voir cette création, jusqu’au 14 décembre au Centre Bruegel. 

Du 28 novembre au 14 décembre au Centre Culturel Bruegel

Texte de : Amanda Sthers

Mise en scène : Antoine Motte dit Falisse

Avec : Chloé Burlet, Laura Dussard et Valéry Stasser

Tarifs : 12€ / 8€ / Art27 / Arsène 50 / Riv. 6€

Durée du spectacle : 1h

Plus d’infos sur le Centre Bruegel.

Written By

Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *