L’École des ventriloques

« Céleste, héros de cette folle aventure, tombe de nulle part dans une ruelle déserte. Pris de panique, il se sauve et atterrit dans le jardin d’une école peu banale, l’école des ventriloques, dirigée par le Sacro-Saint Directeur. Parachuté dans ce monde parallèle où les marionnettes font la loi, il se démène comme un beau diable pour trouver sa voie. Y parviendra-t-il ? Un texte rythmé et féroce, la verdeur d’un langage qui transgresse toutes les règles par le truchement de la marionnette : tout est permis dans cet univers déjanté et ludique… Ce conte philosophique nous émerveille, nous fait peur, nous fait rire, agissant tel un miroir déformant des nombreuses facettes de notre personnalité. Un spectacle aux frontières du rire, là où la tragédie humaine devient grotesque… Dans cet univers proche de ceux de Kafka et George Orwell, les acteurs manipulent des pantins de taille humaine. A moins que ce ne soient les pantins qui dirigent les acteurs… »Cette pièce laisse sans voix. Les pieds ballants, les mains mortes, la tête vide. La noirceur et la laideur des marionnettes nous assaillent, nous transportent dans un monde sombre, vicié, perverti. Car ici ne vivent que des « rebuts de la société » que le Sacro-Saint Directeur, ce brave homme, a pris sous son aile. Des hommes, des femmes, qui s’effacent pour laisser place à la part la plus dépravée de leur âme à travers des marionnettes. Leur credo? « Moi ce n’est pas Moi » et « la Loi, pour être Loi, doit être dure« .

Ou… Bienvenue en Enfer.

Et quand « l’Enfer c’est les autres », pour accéder au paradis faut-il laisser son âme prendre son indépendance? Prendre son envol? Jeter la vie communautaire et les qu’en dira-t-on aux orties? Tenter de voler le feu aux Dieux pour l’offrir aux hommes et se brûler les ailes à trop se rapprocher du soleil? Céleste n’est pas un anti-héros. Céleste est Prométhée. Céleste est Icare. Céleste est Galilée. Esclave d’Aristote, voué à surfer sur la vague de son destin, il est tous ceux qui se sont retrouvés punis pour leur audace, pour leur protestation… Pour leur différence.

Pièce pleine de crudité (les non-amateurs de salade, au diable!), aussi croquignolesque que grand-guignolesque, derrière ses bouffonneries se dégage une thématique récurrente mais toujours d’actualité. L’école des ventriloques nous offre donc un os de belle taille à ronger mais aussi des acteurs, au professionalisme certain, se débattant avec talent dans leurs rôles multiples sans y perdre la tête, un décor minimaliste mais bien pensé et la fraicheur d’un musicien très polyvalent pour la bande sonore et le bruitage. Et pour tout cela, les quelques problèmes de prononciation et d’acoustique, pouvant ralentir la compréhension instantanée et globale, ne viendront pas gâcher la pièce. Non.

Du 03 au 07/05/2011 au Théâtre de la Balsamine.

d’Alexandre Jodorowsky

Mise en scène: Jean-Michel d’Hoop

Avec Cyril Briant, Sébastien Chollet, Pierre Jacqmin, Emmanuelle Mathieu, Fabrice Rodriguez, Anne Romain, Isabelle Wéry.

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