L’enfant sauvage, constat de l’indifférence ordinaire

© ALICE PIEMME

L’enfant sauvage est une histoire de tous les jours : tellement banale que personne n’en parle plus, tellement courante qu’elle n’émeut plus grand monde. C’est pour rappeler que le placement en famille d’accueil des « enfants du juge », l’accompagnement et l’encadrement sont une urgence sociétale majeure que Céline Delbecq donne la parole à ces minorités oubliées dans sa dernière production solidaire et collective rassemblant 13 institutions culturelles, et reconnue d’utilité publique par la Commission Communautaire Française (COCOF).

Questionnant la place de l’individu face au collectif, le texte de L’enfant sauvage s’attache à répondre à une question essentielle au théâtre : « qu’est-il important de dire aujourd’hui ? ». Avec poigne et finesse, elle livre un monologue éloquent retraçant le parcours d’un homme ordinaire qui devient père d’accueil d’une petite fille, « petit tas mis là » sur la place du jeu de balles, rendue à l’état de bête sauvage mutique par le manque de soin et d’attention.

© ALICE PIEMME

L’interprétation de Thierry Hellin est habitée. Il incarne l’homme anonyme, celui dont la bonté ne comprend pas… le renoncement de ses semblables, leur insensibilité, leur désinvolture. Il se dresse tel un bloc, rempart humain solide face aux flots dévastateurs de la bureaucratie et de la petite vie quotidienne qui piétinent le lien social. Sur scène, il passe de la narration à l’incarnation des souvenirs, semblant tracer une limite qui bientôt se dissoudra pour ramener le témoignage au temps présent. Son émotion est palpable, et ses mots simples, ceux d’un homme du quotidien, percent et marquent au plus profond. L’espoir, l’attachement, l’incompréhension, puis le désarroi et la colère sont palpables. Avec douceur et présence, dans un décor sommaire, il esquisse ici l’hôpital, là le petit lit de l’enfant, et l’on voit alors l’amour surgir et enrober Alice, avec beaucoup de poésie. Et c’est peut-être ici le principal : rendre une identité, une âme à ces anonymes, trop souvent sont considérés comme des numéros de dossiers, des noms sur des listes d’attente.

Histoire de solitudes ignorées dans un océan d’indifférence, L’enfant sauvage questionne le vivre-ensemble, interpelle vivement chacun sur son rapport aux autres et appelle à s’interroger sur ses valeurs et ses actions. Enfin, le spectacle n’est pas sans faire écho à une chanson d’Alain Souchon intitulée « Petit tas tombé ». Attention piétons, une âme est sous ces cartons !

L’enfant sauvage jusqu’au 18/03/2017 à l’Atelier 210, un spectacle du Rideau de Bruxelles
Texte et mise en scène:Céline Delbecq
Interprétation: Thierry Hellin

Tags from the story
,
Written By

Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *