L’Enquête, connaissez-vous Clearstream?

Sobrement titré, ce thriller politico-financier est l’adaptation de la bande-dessinée L’Affaire des affaires de Denis Robert et Laurent Astier. De cette œuvre vaste – plus de 700 pages – et complexe, Vincent Garenq tire la substantifique moelle pour raconter comment le journaliste Denis Robert est devenu bien malgré lui l’un des personnages-clés d’une affaire impliquant des juges, des hommes politiques de premier plan, des membres des services secrets, des dirigeants d’entreprises publiques : l’affaire Clearsream.

En 2001, le journaliste Denis Robert met le feu aux poudres dans le monde de la finance en dénonçant le fonctionnement opaque de la société Clearstream. Sa quête de la vérité va rejoindre celle du juge Renaud Van Ruymbeke, très engagé contre la fraude financière. Leur collaboration va les conduire au cœur d’une machination politico-financière baptisée « l’affaire Clearstream » qui va secouer la Vème République.

enqête les arênes

Si la bande dessinée est si vaste et complexe, c’est que « l’affaire Clearstream » est un des éléments d’une affaire beaucoup plus vertigineuse qui débute véritablement en 1995, lorsque Denis Robert quitte la rédaction du journal Libération pour se consacrer à l’écriture d’essais sur la délinquance financière. Mû par une volonté farouche de dénoncer ce qu’il élève, par écœurement, au rang de crime contre l’humanité, Denis Robert, en répondant « non » à la question d’Ernest Backes s’il connaissait Clearstream, ne s’imaginait pas provoquer un tel remous dans le monde de la finance. Un remous qui lui vaudra d’être harcelé quotidiennement par des huissiers, surveillé par les services généraux, attaqué par des banques et une multinationale, en plus de le plonger au cœur d’une guerre fratricide entre deux candidats à la présidentielle et les deux principaux marchands d’armes français. Les 63 procédures judiciaires auxquelles Denis Robert a dû faire face expriment assez clairement la démesure de la réalité dépassant la fiction.

Vincent Garenq, à qui l’ont doit l’excellent Présumé coupable sur l’affaire d’Outreau en 2011, fait avec L’Enquête œuvre de transmission et de vulgarisation, faisant mentir Louis Dumur lorsqu’il soutient que les plus belles choses ne résistent pas à leur vulgarisation. La rage et la révolte qui animent la bande dessinée se retrouvent totalement dans le film que propose Vincent Garenq. Il est parvenu à retranscrire avec les outils qui sont ceux du cinéma, les sentiments soulevés par les saisissantes métaphores graphiques qui électrisent les planches de Laurent Astier. Plus qu’une introduction à la bande dessinée ou aux essais de Denis Robert (Révélation$, La boite noire), l’Enquête tient du thriller de divertissement efficace autant que du brûlot implacable qui s’appuie sur son média pour faire rayonner au maximum le message de ses auteurs. Message qui résonne singulièrement au vu des récents Luxleaks et Swissleaks.

enquete lellouche

Dans la peau de Denis Robert, Gilles Lellouche apparaît comme une évidence, tant il semble habité par son personnage. Il se dégage de son interprétation la robustesse que lui confère sa carrure et la vulnérabilité qu’il parvient à exprimer. Il est secondé par le trop rare Charles Berling dans le rôle du juge Renaud Van Ruymbeke et c’est Laurent Capelluto, énigmatique et ambigu à souhait, qui complète le triangle dramatique sur lequel est bâtie l’intrigue.

Précis, cinglant et militant, l’Enquête et un « must-see », pour tout amateur de thriller et/ou d’engagement citoyen.

Connaissez-vous Clearstream? A cette question, le courage de répondre non pourrait vous manquer et la fierté vous empêcher des prendre vos jambes à votre cou. Alors avoir vu le film pourrait s’avérer être une ressource intéressante. Pensez-y.

A voir dès le 18 février 2014

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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