LES 37 SOUS DE MONSIEUR MONTAUDOIN suivi de IMPAYABLE

Une fois n’est pas coutume, le Public nous propose deux pièces sur la même soirée. Du « deux en un » au « un plus un gratuit », il n’y a plus qu’un pas mais qu’importe, nous on aime plutôt bien le concept (surtout celui de la gratuité). L’idée ? Parler d’argent, oui, d’argent. Voilà un sujet bien délicat que Michel Kacenelenbogen aborde là.

Tout commence avec « 37 sous » (très exactement, pas un de plus ni un de moins). Et imaginez-vous qu’ils ont disparu, ces 37 sous ! Alors oui, c’est jour de noces, oui, Fernande épouse Isidore et tout le monde est prêt pour signer le contrat. Mais il n’en n’a que faire, Monsieur Montaudoin, il est à la recherche de ses sous qui disparaissent depuis près de 20 ans. C’est vrai que c’est agaçant, et d’ailleurs tous en paient les frais (encore question d’argent me direz-vous !) : la bonne, l’ami d’enfance, le porteur d’eau, tout le monde est suspecté ! Invitant son ami gendarme Pénuri à la noce, Monsieur Montaudoin espère bien faire toute la lumière sur cette mystérieuse affaire…

Dans une atmosphère survoltée, la troupe du Public est encore une fois en très grande forme (ça se dément rarement, me direz-vous !) pour interpréter ce vaudeville d’Eugène Labiche. Tout est présent dans cette comédie d’intrigue : gags potaches, comique de répétition, multiplication des personnages et des scènes, entrées et sorties incessantes, courses, gesticulations. Il est IMPOSSIBLE de ne pas succomber au rythme exceptionnel des « 37 sous », à la rapidité des évènements et des dialogues. Les apartés, tout comme l’intervention réussie de Pascal Charpentier, qui accompagne musicalement tous les couplets, viennent encore rajouter de la gaieté (comme s’il en fallait), et du comique, en créant la distance entre les personnages et leurs péripéties sur scène, techniques propres au vaudeville. Enfin, le décor simple mais bien pensé avec sa touche d’absurde (qui a besoin de trois cheminées? s’interroge d’ailleurs très pertinemment mon voisin) et le maquillage soigneusement travaillé achève définitivement de nous convaincre: le Public a encore une fois réussi son sou… euh, son coup  !

Pur moment de détente, on rit beaucoup avec la famille Montaudoin, et pour moi qui n’aime pas trop les comédies, c’est peu dire !

Ensuite vient « Impayable » et ça tombe bien que ça le soit puisque c’est le +1 gratuit ! Après s’être fait plaisir dans du Labiche (que celui qui a pensé très fort à la maman de Bambi sorte immédiatement), Michel Kacenelenbogen s’est octroyé un second – mais non des moindres – plaisir avec ce seul en scène au cours duquel il s’évertue à nous parler d’argent, encore et toujours. Un tabou qui d’après lui ne devrait pas être aussi présent dans notre société capitaliste ou l’argent fait tout, sauf le bonheur (dixit les statistiques mises en exergue durant la pièce).

« Impayable » nous invite à nous pencher sur la valeur des choses, et d’éviter de devenir de véritables cyniques, qui, comme le disait Oscar Wilde, sont ceux qui « connaissent le prix de tout et la valeur de rien ». Dans un monde où tout s’achète, où tout se monnaie, que faisons-nous de la culture ? Que vaut un acteur ? Comment donner une valeur à ce qui nous entoure, alors que notre monde tourne autour du prix ?

Un seul en scène ma foi plutôt agréable si ce n’est qu’au lieu de nous offrir un débat sur les potentielles solutions qui s’offrent à nous, Michel dénonce. La famine, l’exploitation, le luxe et la luxure. Tout cet usage outrageant de l’argent tout simplement. Cynique et comique, on passe certes un bon moment, mais il est vrai qu’au lieu de portes ouvertes enfoncées, quelques propositions concrètes et abouties auraient été agréablement appréciées.

En effet, que faire face à ces injustices pécuniaires ? Prendre – ou pendre, c’est au choix – le taureau par les cornes ? Faire une énième grève inutile (Là Marion dit qu’elle n’est pas d’accord – c’est normal elle est Française) ? Rédiger une pétition pour que Messieurs les sportifs et Mesdames les starlettes reversent 10% de leur richesse à la collectivité ? Offrir à chaque pipi 2 euros à une association quelconque contre le … (à compléter avec la cause qui vous inspire) ? Arrêter de pisser dans les urinoirs et envoyer les vieilles bouteilles de Spa remplies d’eau des chiottes à tous les assoiffés du monde ?

Eh bien oui, aider le monde à aller mieux, je ne demande pas mieux mais la question que je me pose dans le fond, avec tout ça, c’est « et qui m’aidera à aller mieux, moi ? » Car, ça, Michel, il ne le dit pas…

Pour commencer votre traitement, vous pouvez déjà aller voir ces deux pièces bonne humeur garantie !

Pour plus d’information  sur le Public

Du 07/11/2013 au 31/12/12013 au Théâtre Le Public (http://www.theatrelepublic.be/)

LES 37 SOUS DE MONSIEUR MONTAUDOIN

Texte de : Eugène Labiche

Mise en scène : Michel Kacenelenbogen

Avec : Jean-Marc Delhausse, Janine Godinas, Quentin Milo, Michel Kacenelenbogen, Réal Siellez, Sherine Seyad et Anne Sylvain

Tarif : de 1,25€ (Article 27) à 25€ (Adulte)

Durée du spectacle : 1h00

IMPAYABLE

Texte, Mise en scène et Interprétation : Michel Kacenelenbogen

Tarif : Gratuit, on vous dit !

Durée du spectacle : 1h00

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