Les deux gentilshommes de Vérone

Protée, le cœur déchiré, doit quitter la belle Julia pour courir le monde avec son ami Valentin (la belle excuse, entre nous). En cours de voyage, Valentin tombe amoureux de Silvia, la douce et magnifique fille du Duc de Milan. Mais Protée aussi est séduit par les charmes de Silvia ! Tout est bon alors pour obtenir l’assentiment du père et l’amour de la demoiselle : tromperies, fugues, travestissements, enlèvements,… Autour de nos gaillards, gravitent encore de multiples personnages savoureux: Thurio, le rival imbécile, Lucette, l’impertinente servante, le dévoué Sire Eglamour, tout droit sorti d’un roman de chevalerie. Les deux gentilshommes divinisent leurs belles et exaltent l’amitié virile, mais où se cache le vrai visage de l’amour ? Dans la forêt mystérieuse où toutes les rencontres et les rebondissements sont possibles ?

On va jouer à un jeu.
Au top, vous me citerez 3 comédies de William Shakespeare. 3, 2, 1, c’est parti !
Non, personne ? Pas de suggestions ?
Ne vous en faites pas, comme vous, je cale. Nombreux sont ceux qui, voyant en Shakespeare le maître incontesté de la tragédie ne savent pas que le bougre a également écrit…des comédies. C’est avant tout la curiosité qui m’a poussée à aller voir le nouveau spectacle du Public parce que soyons honnêtes, une comédie de Shakespeare, ce n’est pas mis souvent en scène. Et c’est bien dommage car selon moi, l’auteur maîtrise assez bien l’art de faire rire.
« Les deux gentilshommes de Vérone » est à juste titre considérée comme une œuvre de jeunesse de l’auteur. Fraîche, gaie, pleine d’espoir et de rebondissements, cette pièce est un petit rayon de soleil dans l’œuvre plutôt sombre de ce bon William. Nous voilà bien loin des ténébreux Macbeth, Roi Lear et Hamlet dont je vous parlais il y a peu. Que penser de cette adaptation ? Du bien et même beaucoup de bien !

Premier constat, la mise en scène est dépouillée : un lit, plusieurs ouvertures pour les entrées et sorties des comédiens et un fond illuminé par un habile jeu de lumières…Et voilà ! Pas besoin de plus, cette sobriété a le mérite de laisser la place aux comédiens et c’est tout à leur honneur.
Ces derniers sont à l’image de la pièce qu’ils jouent : joyeux, dynamiques, malins et même coquins ! Protée et Valentin, nos deux gentilshommes, sont si attendrissants dans leurs premiers amours qu’on leur pardonne leurs erreurs…de jeunesse. Je saluerai pour ma part, les deux fous – Speed et Launce – qui pimentent la pièce avec leurs répliques, toujours justes, et leur joyeuse exubérance qui en a fait rire plus d’un dans la salle. Savoureux !

Comme je le disais dans un précédent article, s’attaquer à un auteur classique n’est pas mince affaire puisqu’il faut systématiquement le « dépoussiérer » pour le rendre attractif aux yeux du public contemporain. Pour cette pièce, l’adaptation se veut discrète mais efficace : certains vers ont été remaniés, d’autres ont été ajoutés pour rendre le texte plus actuel, certains éléments sont contemporains mais se limitent à l’accessoire (les photos, l’appareil photo, les chansons, etc.). Bref, quelques touches de modernité qui ne modifient en rien la pièce mais qui aident peut-être à la rendre plus « digeste » et ce n’est pas pour nous déplaire !
Comme si l’on assistait à un récit de vacances d’été, le musicien – guitare à la main et sifflotant – accompagne de long en large les déboires amoureux de nos jeunes héros. Toujours sur le côté et ne parlant pas, on pourrait presque l’oublier…sauf que ses airs vous resteront en tête bien après le spectacle.

En somme, « Les deux gentilshommes de Vérone » est une jolie surprise qui vous attend au théâtre du Public jusqu’au 20 avril. La pièce est pétillante et fraîche à souhait…comme l’est un premier amour non ?

Du 16/03/13 AU 27/04/13 au Théâtre Le Public – Rue Braemt, 64-70 – 1210 Bruxelles 25 € / adulte, 22 € / senior, 13,5 € / tarif dernière minute, 9 € / demandeur d’emploi, 8 € / étudiant -26 ans.Spectacles du mardi au samedi à 20H30.

De : William Shakespeare

Mise en scène: Robert Bouvier

Avec : Baptiste Blampain (Protée), Mirko Dallacasagrande/Gilles Masson(musicien, brigand Beppe), Alexis Julémont (Speed, Églamour, brigand Mario), Jeanne Kacenelenbogen (Silvia), Vincent Sauvagnac (Pantino, Thurio), Shérine Seyad (Julia), Réal Siellez (Launce, brigand Lino), Aurélie Trivillin (Lucette, brigand Moïse, Gina), Julien Vargas (Valentin), Philippe Vuilleumier (Duc, Antonio).

Plus d’informations sur le site du Public.

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Laura, 28 ans, 1m55. Titulaire d'un diplôme loufoque : Sciences des religions et de la laïcité. Ecrit des articles non moins loufoques pour Culture Remains. Nourrit une passion pour M.I.A, le Théâtre de Poche, son chat, Edgar Allan Poe et les plantes carnivores. A toutes fins utiles, sachez qu'elle est très facilement corruptible si on lui offre à boire et à manger.

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