Les héritiers de la banlieue deviennent les dépositaires du souvenir universel

Vu au 29ème Festival International du Film Francophone de Namur

Décidément, après la Rançon de la gloire, le cinéma ne parle que des Héritiers, cette semaine. Ainsi après un Xavier Beauvois qui se pose en héritier de Chaplin et d’autres grands cinéastes, voilà Marie-Castille Mention-Schaar qui fait un film (également inspiré de faits réels) sur d’autres héritiers. Ceux que nous sommes tous, les dépositaires des horribilités d’une Seconde Guerre mondiale inhumaine et raciste. Pourtant, au Lycée Léon Blum de Créteil, il n’y a peut-être que le nom qui rappelle vaguement quelque chose à ses étudiants banlieusards en perte totale d’illusions. Ca frappe, ça s’insulte et ça n’aspire pas à s’instruire, à s’en sortir. Au grand dam d’Anne Gueguen (Arianne Ascaride), professeur d’Histoire, qui s’évertue sans relâche à faire régner un brin de calme dans cette multiculturalité. Celle-là qui s’entend sur une unique chose: foutre la merde et donner du fil à retordre à ses professeurs. 

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Pourtant, Anne n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Éternelle optimiste, elle semble même convaincue que l’impossible est réalisable si chacun y met du sien. Ainsi, propose-t-elle à sa classe de seconde 1 que d’aucuns considèrent comme la plus faible (« qualité » que ses membres Malik, Mélanie ou Max semblent bien décidés à perpétuer), de participer au Concours National de la résistance et de la déportation. Appréhendant l’initiative comme une tentative des les humilier, les élèves vont très vite croire à une blague de mauvais goût. Sauf qu’Anne Gueguen persévère et embarque tout le monde dans cette aventure, cette plongée dans des documents et des témoignages attestant d’atrocités sans commune mesure avec ce que les jeunes croient vivre dans leur banlieue.

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Étonnant de retrouver Marie-Castille Mention-Schaar à la tête de ce long métrage sensible et prenant après les très passables Ma première fois et Bowling. D’autant que la réalisatrice réussit à faire un film réunissant les disparités et les désaccords, les amenant à travailler de bon ton, dans les classes des jeunes difficiles en banlieues (mais pas uniquement, car des bougres il y en a partout, mais si on les motive et trouve les bons arguments, ils sont loin d’être des bons à rien) tout en parlant de l’ignominie nazie. Ainsi, la réalisatrice réussit à mettre beaucoup d’émotions dans ce film de mémoire, scolaire et didactique tout en évitant pathos et surtout la démagogie. Et même si au fil du temps, de nombreux films ont voulu traiter avec plus ou moins d’originalité l’Holocauste, c’est peut-être la première fois depuis bien longtemps que le cinéma donne autant de poids à ces voix des martyrs d’outre-tombe, perdues en outre-humanité. Mais aussi celles qui résistent encore malgré le grand âge, celle de Léon Zyguel notamment qui apparaît dans le film lui donnant l’une des scènes les plus intenses du film. Et la salle est absorbée, elle vibre au son de la musique encore parfaite de Ludovico Einaudi (Intouchables), elle se fait le prolongement de cette classe entraînée dans le devoir du souvenir. Les spectateurs, de tous les âges sont les élèves, assidus et happés dans cette exhortation à ne pas reproduire le passé dans des jeux du foulard, dans l’antisémitisme ou autres barbaries. Les applaudissements à la fin du film sont interminables. Peut-être trop mais j’ose croire que certains de ceux qui les ont nourris étaient sincères et réellement émus et conscients. Conscient que ce film, en dépit de ses défauts, n’est pas une claque, mais une baffe, de celles qui laissent une empreinte en faisant de nous des héritiers, de chair… d’âmes surtout! 

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Les héritiers, de Marie-Castille Mention-Schaar, avec Arianne Ascaride, Ahmed Dramé, Noémie Merlant, Geneviève Mnich, Stéphane Bak, 1h45min, distribué par Cinéart. Sortie le 7 janvier en Belgique.

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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