Les jours d’après

@RTBF

Après les événements qui ont ébranlé la capitale bruxelloise, le gouvernement n’a pas choisi de lockdown cette fois. Ce dernier a préféré renforcer considérablement la sécurité dans les transports en communs et les lieux publics.

Travaillant dans un magasin et parfois dans le centre commercial City2, j’ai dû m’y rendre. Pour être honnête, j’espérais fortement que le centre commercial soit fermé. Mais bizarrement cela n’a pas été le cas.

Et puis après tout, malgré la peur, je me suis dit qu’il fallait continuer à vivre, et ne pas se laisser emprisonner par celle-ci. Cependant je dois avouer que je n’ai pas tenu à dire à ma famille que je devais travailler dans le centre. Car bien que je puisse gérer ma peur, il m’aurait été difficile de gérer celle de mes proches. Et comme ils n’habitent pas Bruxelles, ils ne sont informés que via la télévision ou les réseaux sociaux, je vous laisse donc imaginer leur peur

Le trajet est différent, le tronçon de tram que j’emprunte habituellement ne dessert pas toutes les stations. Les militaires et policiers gardent la seule entrée utilisable dans chaque station. Et bien évidemment, chaque personne qui entre doit montrer l’intérieur de son sac. Ce qui surprend tout de suite lorsque l’on pénètre dans la station de métro, c’est le silence. Ce dernier est pesant. Je me suis demandé pourquoi. Et je me suis rendue compte que la STIB n’avait pas mis de musique, contrairement à d’habitude.

Une semaine après c’est toujours le cas. Pour les fouilles, elles sont à présent aléatoires. Autant vous dire qu’avec ma tête de « presqu' » ange et ma peau (un peu trop) blanche, on ne me fouille jamais.

Sur le tronçon de tram emprunté, certains des arrêts ne sont pas desservis. Le tram traverse donc des stations de métro vides, mais surtout dans le noir presque total. L’ambiance dans le métro est aussi assez étrange: personne ne parle, le silence est à nouveau présent. Et pour ma part, je n’avais pas pris mon ipod comme j’ai l’habitude de le faire. Étrangement, j’avais besoin d’être présente et de pouvoir entendre le moindre bruit autour de moi. Le mercredi peu de monde était présent dans la rame. Par contre, il y avait beaucoup plus de monde le jeudi. Presque un peu trop, on sentait que les gens recommençaient à aller travailler et tentaient de reprendre leur vie en quelque sorte. Même si cela restait et reste difficile dans ces conditions.

Une fois dans le centre commercial, l’ambiance restait pesante. Peu de clients étaient présents, mais je sentais surtout ce que ce qui avait changé, c’était moi-même (et certainement les autres personnes présentes aussi). Après avoir regardé la RTBF pendant toute une soirée, difficile d’avoir les idées claires. Mes idées étaient déjà bien bousculées après les événements, alors voir des images en boucle toute la soirée ne m’a pas aidée.

Et bizarrement j’avais le sentiment de faire preuve de courage, juste en allant travailler…voila ce que font les médias à mon petit cerveau. A force de nous faire peur, on voudrait nous faire croire que vivre normalement relèverait du courage.

Et pourtant, pour être honnête je m’énervais contre moi d’avoir peur, même si ce sentiment est tout à fait humain. J’aurai aimé vivre normalement pour faire un gros F**k à tous ces extrémistes -mais alors ne serait-ce pas nier les événements et surtout les victimes? Beaucoup de questions dans ma petite tête.

Et petit à petit, après déjà une semaine, l’angoisse s’est amenuisée. Sans vraiment m’en rendre compte, je recommençais à vivre « normalement » même si un certain « traumatisme » est toujours présent (notamment lorsqu’une sirène retentit). C’est intéressant de voir comme le cerveau humain peut facilement passer à autre chose. C’est intéressant et aussi un peu effrayant

Tags from the story
,
Written By

Passionnée par l'écriture, j'ai fait des études de journalisme et me voilà maintenant journaliste freelance et rédactrice (c'est un peu comme une vie de saltimbanque avec de la déontologie et un peu de sérieux en plus!). Parfois aussi je prends ma caméra et j'arrive même à en faire des reportages.

2 Comments

  • J’ai toujours pensé que j’étais assez ‘tough’ avec ces trucs, assez détachée. Mais mardi, j’étais au boulot et mes mains tremblaient, impossible de continuer. J’sais pas si c’est le fait d’imaginer que, à un jour près, j’y étais, à l’aéroport ou juste que cette fois, ce sont des lieux connus et proches ? Sais pas :/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *