Les lunettes de John Lennon – Armel Job

Armel Job, je l’ai découvert il y a quelques années déjà, grâce à une prof de français fabuleuse. Après avoir dévoré Les fausses innocences (coup de cœur) et La femme manquée, après avoir galéré sur le début du Conseiller de roi que j’avais finalement abandonné, Armel Job nous avait fait le bonheur de venir discuter de son œuvre en classe avec nous.

Le temps a passé, j’ai acheté Baigneuse nue sur un rocher, La reine des Spagnes et Helena Vaneck, que je n’ai bien sûr pas encore lus (état d’esprit n°1/état d’esprit n°2 x état d’esprit n°3 + PAL à  284 = multitude de livres endormis qui ne me font pas toujours envie). Et puis il y a peu, cette couverture colorée me tape dans l’œil – et en plus c’est Armel Job  – j’embarque !

J’ai mis trois siècles pour lire ce roman, coupée à tout bout de champ dans mon élan, et c’est bien dommage, ça ne lui a pas donné bonne mine. Le roman s’ouvre sur Julius qui, en ajoutant de plus grosses bêtises à celles de Jean-François, se fait renvoyer à sa place de Saint-Boniface. Dans ce collège de jésuites, Jean-François, l’insolent par excellence, est une grande gueule de morale douteuse qui classe ses camarades par catégories : les poireaux et les autres. Le physique ingrat, la sensibilité exacerbée, la rêverie qui suscite les moqueries… Julius est bien sûr le poireau parfait.

Quelques années plus tard, Armel Job nous trimballe de Liège à Saint-Sauveur, en campagne belge. Jean-François vend du vin, Julius est pompiste dans une station Elf où il partage les horaires avec Kémal. S’entremêlent les aventures de la famille de Julius, censées pimenter le tout.

Les personnages, assez uniques pour certains, se croisent, font des mystères, des cachoteries, ce qui crée un enchevêtrement de malentendus. Pour les accentuer, certaines situations sont offertes sous plusieurs points de vue. Quant à la structure de l’histoire, elle devient parfois originale du fait de quelques transitions intéressantes. Les différents chapitres sont amenés comme les scènes d’une pièce de théâtre : on ne suit pas les personnages, on les retrouve grâce à d’autres.

Mais.

Il manque quelque chose de palpitant dans ce roman. Et l’apparition des lunettes de John Lennon dans la vie de Julius aurait pu (aurait dû ?) être ce quelque chose. Rien n’est fini, rien n’est abouti, même les personnages ne vont pas jusqu’au bout de ce qu’ils sont. Si les jolies comparaisons affluent pendant une centaine de pages, il n’en reste rien par après. Plusieurs débuts d’intrigues jalonnent les chapitres, emmêlés dans les allées et venues des personnages. Débuts d’intrigues systématiquement bâclés là où l’on était en droit d’attendre des chutes dignes de ce nom. Même la chute finale ne réussit pas à relever la barre. Passons sur le classement jeunesse qui m’a laissée perplexe et les lunettes de John qui paraissent déjà si loin. J’ai beaucoup aimé le début mais j’aurais préféré aimer la fin, ce qui m’aurait évité cette impression de platitude qui reste désormais suspendue à cette belle couverture.

Quelques extraits

Quelques instants après, soulevée par les jambes et par les bras, la victime apparut. Inerte, le cou en extension, la tête disloquée, bouche béante, pupilles révulsées. Mort. Le 306 sortit à l’horizontale devant les yeux horrifiés de l’assemblée à genoux. [P. 7]

— Mais je n’ai pas voulu… Je t’assure.

— Bien sûr, tu n’as pas voulu. Personne n’a jamais voulu. Mais, en attendant, le résultat est le même. Vous me pompez ! Voilà ce qu’il y a : vous me pompez !

— Enfin, papa…

— Arrête de m’appeler « papa ». Qu’est-ce que je t’ai fait, hein ? Tu me poursuis. Tu ne cherches qu’à m’humilier. D’abord, tu viens assister à ce procès ridicule. Pourquoi ? Pour te payer ma gueule ? Et ce n’était pas assez, bien sûr : tu as vu comment tu étais habillé ? En clown, Julius. Regarde-toi donc : un épouvantail. Le juge aurait pu t’expulser. Après ça, tu m’attends, tu laisses sortir tout le monde goutte à goutte, pour que personne n’ignore que le type fagoté comme l’as de pique planté au fond de la salle, c’est évidemment le fils de l’autre, l’ahuri qui demande un droit de visite pour son chien. Son chien ! Venons-en à son chien ! Il ne manquait que lui, naturellement ! Tu m’amènes ce chien qui ne m’aime pas, qui ne m’a jamais aimé, qui s’en tape de moi, comme ta mère, comme ta sœur, comme vous tous. Tu me le fourres dans les jambes. Tu m’obliges à le promener. Y a que me pisser dessus qu’il n’a pas fait. Et pour finir, le pompon : tu puises dans la caisse de ton patron, histoire de sucrer un avocat marron qui pouvait attendre, et tu viens me relancer alors que tu sais parfaitement que je suis incapable de te rembourser. Non, Julius, tu dépasses les bornes ! Est-ce que vous allez me lâcher un peu à la fin ? [P. 75-76]

La cruauté de son mal passé le faisait sourire, comme on sourit de la méchanceté d’une vieille parente disparue, sans plus lui en vouloir vraiment, content d’avoir fait ce qu’on a pu quand on la fréquentait, autant que soulagé d’en être à jamais débarrassé. [P. 104]

JOB, Armel. Les lunettes de John Lennon. Namur : Mijade, 2010. 285 p. ISBN 978-2-87423-056-1.

Plus d’infos sur le site des éditions Mijade.

Tags from the story
Written By

Dévoreuse de livres

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *