Les Mains Sales- Théâtre des Martyrs

En 1943, Hugo Barine est un jeune intellectuel bourgeois, militant communiste en Illyrie, pays qui présente certaines ressemblances avec la Hongrie de l’époque. Frustré « d’écrire pendant que les copains se font tuer », il souhaite passer à l’action, prouver sa valeur, donner une consistance à son existence… Justement, un leader dissident du parti, représentant de l’aile droite et militant de la négociation avec la Dictature fasciste du Régent et les Conservateurs du Pentagone, doit disparaître. Hugo, sur ordre de l’aile gauche, se fait donc embaucher comme secrétaire particulier de Hoederer avec comme consigne de l’éliminer, et emménage dans le domaine de ce dernier avec sa femme Jessica. Malgré la pression des camarades, son désir fou d’entrer en action, et l’urgence de la situation, Hugo ne parvient pas à se débarrasser du « social-traitre », jusqu’à ce que…

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Deux ans plus tard, Hugo sort de prison, et plus personne ne veut entendre parler de son acte : c’est qu’entre-temps, le Parti a changé de ligne politique, et s’est rallié aux positions d’Hoederer. Comment Hugo prendra-t-il cette nouvelle, lui l’idéaliste ? Comment faire cohabiter ses convictions et son allégeance au Parti ?

« Nul ne gouverne innocemment », disait Saint Just. C’est de ce postulat que Sartre se serait inspiré pour sa pièce qui prend le prétexte de la politique pour aborder des questions universelles : celle du compromis entre l’idéal et le réel, celle de la primauté de la fin sur les moyens, celle de la liberté de l’individu.

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De cette pièce que l’on peut tout à la fois lire comme un véritable thriller au premier degré, comme une mise en abime du théâtre et du jeu, et, au fond, un questionnement de la réalité au second degré, ou encore comme une réflexion sur la morale et la politique, Philippe Sireuil nous en livre une lecture brillante. La mise en scène est fine, ciselée, raffinée. En proposant un juste équilibre de dérision et de tensions, Sireuil donne à voir une pièce à la fois drôle et pleine de sens. Fourmillant de bonnes idées (la scène des négociations avec Klarsky est truculente, tout comme les apparitions des deux molosses de Hoederer), le metteur en scène est habile à donner du rythme à la pièce, en multipliant les entrées, irruptions, interruptions, ou encore en intégrant la vidéo à son projet.

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Le décor est élégant et épuré, largement mis en valeur par une très belle lumière, et laisse toute la place aux acteurs. La prestation de Berdine Nusselder, en fausse ingénue mouche du coche, est remarquable. Seule à évoluer dans cette affaire, Jessica la candide cessera de jouer la comédie pour embrasser la réalité de Hoederer. Roland Vouilloz campe ce personnage avec conviction : solide, pragmatique, puissant, le comédien incarne tout en nuances un chef de parti entier et pourtant faillible.

Faussement perçue comme un pamphlet anti-communiste, conspuée par les membres du Parti et acclamée par la droite bourgeoise, la pièce de Sartre continue de faire parler d’elle : la lecture proposée par la Compagnie la Servante est des plus réussie !

Les Mains Sales

Du 04/11/2014 au 28/11/2014 au Théâtre des Martyrs

Texte de : Jean-Paul Sartre

Avec : France Bastoen, Itsik Elbaz, Thierry Hellin, Joan Mompart, Philippe Morand, Berdine Nusselder, Roland Vouilloz, Simon Wauters

Mise en scène et lumières : Philippe Sireuil

Décor : Didier Payen

Costumes : Anna Van Bree

Tarifs : de 16,50€ à 7,50€

Durée du spectacle : 2h45

Plus d’information sur la programmation du Théâtre des Martyrs

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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