Les misérables

Notre envie d’aller voir Les Misérables au Théâtre Royal du Parc a principalement été motivée par la curiosité : lecteur subjugué par la puissance du texte original, nous nous demandions s’il était réellement possible de transposer en répliques et en didascalies un récit dont le volume est presqu’aussi proverbial que celui de La Recherche du Temps Perdu d’un certain Marcel P. C’est qu’à l’instar de la traduction, l’adaptation d’une œuvre romanesque à un autre genre peut également relever de la trahison : dès lors, nous craignions que cette pièce croule davantage sous les baisers de Judas que sous les applaudissements du public.

Deux heures vingt et quatre rappels plus tard, nos peurs étaient balayées et un adjectif revenait sans cesse dans notre tête pour qualifier la performance (le mot n’est pas trop fort) à laquelle nous venions d’assister : magistrale.

Magistrale de par son ingénieuse scène dont la structure alvéolaire se prêtait adéquatement à la représentation de lieux divers et variés (taverne, atelier, bordel, tribunal ou encore hôpital). Étonnante et authentique par sa machinerie énorme qui fait tomber la neige sur les planches pour symboliser l’hiver ou patauger dans l’eau Jean Valjean lorsqu’il traverse les égouts de Paris. Surprenante la présence d’un écran situé au-dessus des acteurs qui suscite paysage, atmosphère ou renforce les émotions ressenties par un protagoniste au gré des images projetées.

Magistrale car portée par des acteurs excellents, au sein desquels brillaient particulièrement Olivier Massart (Jean Valjean) qui a donné une consistance humaine au mémorable personnage de papier d’Hugo, Stéphane Fenocchi dont le burlesque Thénadier fera rire la salle aux éclats grâce à son langage aussi ridicule que ses entreprises et Benoît Verhaert qui a doté Javert d’une rigidité et d’un charisme naturel qui confèrent à l’inspecteur aux gants verts la terreur nécessaire pour impressionner durablement l’assistance.

Magistrale dans le travail de réécriture opéré par le metteur en scène Thierry Debroux : la trame est limpide, le rythme soutenu et aucune scène essentielle du texte originel n’est omise. Le tout est magnifié par l’esthétique audacieuse de la pièce qui multiplie les anachronismes sans que ceux-ci paraissent anormaux au spectateur: cela donne à la pièce un aspect moderne qui l’empêche de tomber dans l’écueil du classicisme et aide le public à mieux apprécier l’histoire grâce à la présence de référents qu’il connaît.

Au final, si l’habit ne fait pas le moine, il est certain dans ce cas-ci que le titre ne fait pas la pièce. Portée par une mise en scène originale et des acteurs inoubliables, celle-ci condense au sein de sa trame tous les ingrédients qui ont permis au texte de passer à la postérité et de devenir un classique du genre. En outre, elle constitue, grâce à son esthétique moderne, une porte d’entrée intéressante vers le texte et un moyen concret de lutter contre cette tendance qui veut que tout le monde sache ce que sont Les Misérables, sans jamais l’avoir lu, à l’instar … des œuvres d’un certain Marcel.

De: Victor Hugo

Mise en scène : Thierry Debroux

Avec : Olivier Massart, Benoît Verhaert, Stéphane Fenocchi, Perrine Delers, Tessa Dujardin, Sarah Delforge, Violette Pallaro, AntojO, Fabien Magry …

Du 20/09 au 20/10 au Théâtre Royal du Parc –  rue de la Loi, 3 1000 Bruxelles.

Plus d’infos sur le site de la compagnie.

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Rédacteur occasionnel sur plein de choses culturelles.

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