Les monstrueuses actualités de Christophe Alévêque

L’humoriste français venait, le temps d’une soirée, éprouver son spectacle en Belgique avant quelques dates au Bataclan parisien. Je m’y suis donc rendu ce 18 octobre,  la bonhomie en alerte, et toujours aussi excité de voir en vrai une personne que j’avais l’habitude de voir à la télévision. Car oui, c’est par l’émission de Laurent Ruquier On a tout essayé que j’avais découvert Mr Alévêque. Bon, la suite par contre, à part quelques bribes d’apparitions remarquées avec son personnage de Super Rebelle, je serais bien incapable de retracer son parcours. Ma seule certitude était l’efficacité de l’humour du personnage ; et il était temps d’en juger en live.

Je pénètre donc dans la salle du Théâtre 140, pleine. Bien.  Les lumières s’estompent. Normal. Un guitariste et un accordéoniste entrent en scène et commencent à jouer. Étrange. Pas le temps de se questionner davantage, le maître de jeu arrive, acclamé comme il se doit. Première surprise, Christophe Alévêque pousse la chansonnette, enfin juste de quoi chauffer un peu le public (et se faire plaisir). Ensuite, il entre dans le vif du sujet avec une revue de presse où il lit des titres de faits  divers particulièrement glauques et déconcertants ; ce qui lui vaut les premiers rires, généreux, du public. La machine est lancée.

Assez rapidement le fil rouge du spectacle se dessine : l’actualité ; source inépuisable pour l’amuseur public qu’est Mr Alévêque. Et il le prouvera pendant près de 150 minutes. Avec, notamment, une large partie consacrée à la Belgique et à ce qu’il appelle la « guerre civile entre Wallons et Flamands » ; s’appuyant sur divers articles du Soir. On rit beaucoup… Mais on réfléchit aussi ; les piques de l’artiste faisant souvent mouche.

Le côté particulièrement savoureux de ce spectacle est que tout le monde en prend pour son grade. Notamment la jeune Léonarda, star malgré elle, dont le physique disgracieux  a semblé inspirer quelques blagues à l’humoriste. Ou encore Zinedine Zidane envers qui Alévêque avait tenu des propos jugés insultants. Propos qui lui avaient valu une condamnation. Tout ça ne l’empêche pas de  s’emparer de son expérience avec la justice pour nous la délivrer, avec dérision. Ne résistant pas à pousser la réflexion plus loin en exprimant  le rôle que doit tenir l’humour face à ce que certains considèrent comme sacré (la religion étant également un de ses thèmes de prédilection). C’est précisément à ce moment-là qu’il nous a gratifiés d’une de ses plus belles répliques, toute en finesse :

« L’humour n’est-il pas au sacré ce que le beurre est à la sodomie ? »

On n’a pas le temps de  s’ennuyer ; le rythme est soutenu et Christophe Alévêque occupe et dynamise l’espace. Bon, c’est vrai qu’on peut trouver que la fin tire un peu en longueur. Notamment lors de l’avant-dernier sketch, traitant des différentes grandes religions. L’humoriste y apparaît nettement moins incisif et percutant – je me suis même surpris à regarder ma montre trois fois en 15 minutes. Idem durant le rappel où l’artiste troque sa casquette d’amuseur pour celui de chanteur le temps de trois chansons. On sent bien qu’il se fait plaisir, mais après deux heures de spectacle, cela peut sembler de trop. Et ce malgré l’entrain des deux musiciens qui l’accompagnent (Maxime Perrin à l’accordéon et Francky Mermillod à la guitare), membres de son groupe Groupo. Jamais entendu parler ? Voici de quoi satisfaire votre curiosité ici.

Bref, Christophe Alévêque c’est beaucoup de rire, mais pas  que… Il appartient à cette catégorie d’humoristes qu’on aime regarder et écouter en sachant qu’il va flirter généreusement avec le politiquement incorrect. Alévêque dénonce. Après on adhère ou pas aux idées, mais la démarche est sans compromis. A l’instar des Dieudonné, Stéphane Guillon ou Gaspard Proust (entre autres), l’humour de Christophe Alévêque pique là où ça fait mal, ou plutôt là où ça fait réfléchir. Et c’est bien cela qui fait de ce spectacle une franche réussite : avec un cynisme maîtrisé, Il se plaît à montrer à quel point notre monde peut être absurde en nous proposant une réelle réflexion par la dérision.

Vous pouvez retrouver Christophe Alévêque dans son one man show et dans la pièce Ciao Amore en tournée dans toute la France. Plus d’infos cliquez ici.

Et pour plus d’informations sur la programmation du Théâtre 140, c’est par ici.

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