Les “Pas Potes”, ou un réseau social non virtuel

Ayant grandi dans plusieurs pays africains, Laurianne Theys était habituée à saluer toutes les personnes qu’elle croisait en rue. De retour en Belgique il y a quelques années, elle est heurtée par le contact peu aisé et la froideur des passants; l’absurdité d’un monde où ces personnes qui ont du mal à dire “bonjour”, ont pourtant des centaines “d’amis” sur la toile. C’est ainsi que lui vient l’idée de créer les “Pas potes”.

Au-delà des beaux badges qu’elle crée et les soirées qu’elle organise, Laurianne vit profondément avec l’envie de partager ses valeurs. Un pas vers celui qui deviendra son pote, ou pas… Un pas vers l’autre déjà, pour commencer…

J’ai découvert le projet de Laurianne lors d’une fête des voisins qu’elle avait initiée dans notre clos. Un clos qui avait vu beaucoup de fêtes dans le passé, m’a-t-on dit, et que Laurianne était enthousiaste de faire renaître.

Nous nous rendons donc à la fête des voisins, et je suis forcée de constater que le délire de ma voisine avec son joli logo d’empreinte de pieds me pousse à la réflexion. J’avoue que découvrir ainsi ceux qui vivent tout près de moi me rassure, et vient balayer le reste de timidité qui m’empêchait d’aller à leur rencontre. Mes voisins “sympas” partagent des moments de vie intéressants, des parcours riches, des expériences et des souvenirs, emplis de joie et de difficultés. Ils se racontent avec justesse et simplicité, et voilà que de juste “voisins” qu’ils étaient, ils se transforment en prof de néerlandais au parcours improbable, en personnes drôles, affûtées et riches d’un tas d’anecdotes qui retracent l’histoire du quartier où nous vivons. Autrement dit, mon “voisin” s’humanise, devient une personne !

Inutile de dire que personne n’a jugé opportun de sortir de photo de chatons ou de son resto de la veille… Personne ne s’est mis debout sur une chaise pour clamer une opinion politique, ni n’a grossièrement grimacé quand une opinion différente de la sienne lui déplaisait. Il a fallu être soi, se raconter. Il a fallu être vrai.

Tout ça semble évident pour la génération qui a vécu la plus grande partie de sa vie sans les joies des échanges virtuels. Mais pour toutes les générations qui ont suivi, ce rappel devra devenir constant. Derrière l’ordinateur il va falloir aller chercher l’humain.

Les “pas potes” finalement, c’est une forme de résistance. Puisque tout aujourd’hui tend à nous déshumaniser : nos relations sont de plus en plus basées sur des échanges artificiels sur des réseaux sociaux qui alimentent frustrations, narcissisme et jalousies. Ces mêmes réseaux nous servent à la fois de carte de visite professionnelle, de trip égotique, de voyeurisme malsain. Même les informations sur l’actualité que nous recevons sont modelées par des algorithmes, du “fait sur mesure” nous confortant dans nos idées reçues et nous éloignant un peu plus des vrais débats. Et c’est par choix que nous restons enfermés dans ces salons virtuels où nous gardons les “amis” qui partagent les mêmes idées que nous.

Les initiatives comme celle des “Pas potes” c’est repenser le lien social, celui qui nous humanise à nouveau, et nous pousse à la vraie rencontre de l’autre. Lorsque loin des photos retouchées et des faux-semblants, des pseudos et des avatars, la personne se raconte, se dévoile, et où un réel échange devient possible.

J’arbore donc mon joli petit badge qui, derrière la joliesse de deux empreintes de pas, cache un mouvement auquel je crois, une résistance dont j’espère faire partie.

Ne ratez pas les événements “Pas Potes” qui se profilent à l’horizon. Venez seul ou accompagné, à la rencontre d’autres personnes comme vous, qui cherchent à créer du lien.

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Lectrice inassouvie

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