Les rayures du zèbre

« José a un gros nez. Ce roc, ce pic, cette péninsule, lui permet de flairer la bonne marchandise comme personne. Avec ce nez, il entend bien ramener en Belgique une future star du football, d’autant que sa carrière de recruteur bat de l’aile. Chance, il tombe sur Yaya, un jeune Ivoirien, prêt à tout, comme tous ses compatriotes, pour s’échapper de la misère africaine. Il suit donc José à Charleroi et n’aura même pas le temps de regretter son choix… »

Chaque nouvelle collaboration des Benoît est un petit événement en soi. Depuis le génial Les Convoyeurs attendent, tout le monde les attend au tournant. C’était le cas avec Cowboy en 2007, qui déçut, s’il ne passa pas inaperçu. Le sort des Rayures risque bien d’être le même, si pas pire, tant Benoît Mariage exacerbe le côté beauf de Benoît Poelvoorde, patrimoine mondial de la comédie lourdingue, lui refourguant au passage des répliques de baraki fini. Le personnage campé par Poelvoorde mange en effet de ce pain-là, celui des blagues potaches qui tachent et de l’horripilante bouffonnerie à la belge; un rôle taillé sur mesure pour son acteur qui n’a plus rien à démontrer dans cette veine-là.

Et ils sont peu nombreux les scénaristes qui ont pu lui offrir ces rôles qui a priori ne payent pas de mine, mais se révèlent des trésors de complexité et d’empathie. Et il est là, le talent de Mariage, de parvenir à lui confectionner ces costumes qui gênent aux entournures mais contiennent des pochettes cachées pas si accessoires que cela. Certes, José est plutôt le genre de type à qui on a envie de refiler des claques tellement il parle fort et fade. Ses propos frisent le racisme et l’irrespect à tout instant. Et pourtant. Et pourtant, son bon sens fait écho. Il s’avère pas si con que ça. Il devient difficile à mépriser. Ce nœud de sentiments provoqué par un seul homme, cela relève du talent, oui, aussi énervant soit le personnage.

Reste que Les Rayures n’est pas un grand film, et loin d’être le meilleur de Benoît Mariage. A sa caméra cahotante à l’épaule, on préférera peut-être les longs plans fixes de ses précédents films. Le sujet, pour superficiel qu’il paraît, a toutefois le mérite de plonger le spectateur dans une certaine réalité footballistique sordide, solide et documentée. On retrouve dans cette perspective quasi documentaire un peu du réalisateur journalistique qui donna la mesure au rôle-titre de Cowboy. C’est un autre cowboy que nous avons ici, moins fin, plus à droite, plus exotique aussi, mais tout aussi empoté lorsqu’il s’agit de nouer des vraies relations, de celles qui comptent et ne se voient pas…

Un petit Mariage, donc, au pays où l’union fêle à force. Mais pas dénué d’intérêt pour bien des raisons, en ce compris l’amour que la caméra de Mariage porte à Poelvoorde. Aussi chaotique, soit-elle. Petit conseil, ne vous fiez pas à la bande-annonce. A l’instar de celle de Cowboy, la bande annonce des Rayures du Zèbre ne rend absolument pas justice au film. Que c’en est même une honte.

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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