L’étranger

« Qui est Meursault ? Un étranger. Un étranger dans sa propre ville, dans sa propre famille, … Un étranger pour nous, pour lui même. Il n’a pas de prénom. Pas d’affectivité. Sa vie n’est qu’une vie parmi tant d’autres. Pourtant cette vie sera condamnée. Condamnée à mort. Parce qu’être étranger, c’est condamnable.« 

On a tendance à croire que le théâtre est en dehors de nous. Que lorsque l’on se rend à une pièce, on s’installe dans le noir, incognito, on écoute, on ressent, on rit ou on subit, et puis on sort, plein d’ondes positives ou de critiques acerbes. Et c’est fini. On est un point dans le public et rien d’autre ce qui permet de se prélasser, sans aucune responsabilités intellectuelles. On est étranger à la pièce et à ce qu’elle nous a donné.

Si c’est ainsi que vous imaginez le théâtre surtout ne venez pas au petit Varia voir l’adaptation de Camus par Benoît Verhaert. Ici ce n’est pas tellement le jeu, la pièce, qui compte, mais plutôt la discussion, le contexte dans lequel s’inscrit « l’activité ».

Oui, « activité », car on ne peut détacher la pièce du débat qui s’en suit. Le but du « Théâtre de la Chute » est d’amener le public, jeune, à débattre sur l’Etranger. Ceci, sous forme de jeu de plaidoirie.

Dès le début, on est accueilli par les comédiens. Ceux-ci installent les plaideurs à part, préparent le public, discutent avec, quand soudain tout s’arrête pour laisser place à l’histoire. Mais le contexte est posé : nous sommes au tribunal, et à la fin nous devrons voter. On est directement intégré à la scène….

Le jeu de rôle qui suit le spectacle est assuré le plus souvent par des jeunes. Ce spectacle est destiné à des classes, qui ont donc travaillé le sujet et qui sont au courant de la mise en scène. Ainsi, les élèves de différentes écoles défendent leurs opinions sur les questions telles que : Meursault est-il coupable d’étrangeté ? Ou encore : la société peut-elle accepter un individu comme Meursault ? L’accent n’est pas mis sur le sujet de la peine de mort et c’est un choix judicieux. Car souvent, à la lecture de l’Etranger, ce thème prend le dessus et on passe à côté du personnage. Ici, on met en avant Meursault et surtout sa place dans la société.

Ensuite le public échange ses propres idées. Et le tout se clôture avec un vote qui n’a au final aucune importance mais marque juste l’arrêt du débat, puisqu’il n’y a en réalité, rien à juger.

Il est donc ridicule, ou peu avantageux, de se rendre à ce spectacle et de partir avant la fin, puisque quelque part, tout se joue là. La pièce en elle-même est une adaptation très courte du roman, avec une mise en scène sobre et très peu d’accessoires. Les trois comédiens, Stéphane Pirard, Lormelle Merdrignac et Benoît Verhaert se partagent plus ou moins équitablement les rôles, même si le dernier est plus remarquable aux vus des nombreux personnages qu’il endosse durant la soirée. Il passe du promeneur de chien, au chien, mais aussi à l’aimant battant sa femme ou au directeur du home. Bref c’est là une qualité d’adaptation qu’il faut glorifier.

Le reste est assez simple, la scénographie rend bien compte d’une rupture dans le récit. Mais tout cela reste fort, trop fort, simpliste…

Bien que le concept soit original et même merveilleux, il faut souligner que cela s’adresse à des jeunes. De fait, on a l’impression que tout au long de la pièce, les choses ne vont pas en profondeur. Très peu de silence, quelques blagues,… C’est rapide, drôle, sympathique. Mais on passe à côté de l’essentiel. On n’a pas le temps de se poser pour réfléchir.

On ne ressent pas assez (paradoxalement) la simplicité d’esprit de Meursault. L’enterrement de la mère passe très vite, ainsi que toute la première partie. Le manque de temps est sans doute une des causes de cette rapidité, puisque la pièce ne peut pas durer plus d’une heure s’il on veut faire participer le public après. Mais c’est là regrettable. On aurait pu aller plus loin dans la réflexion, si le train de la pièce avait su freiner plus souvent…

Mais doit on vraiment croire que des jeunes, même de 14 ans, ne sont pas capables d’être confrontés à des œuvres véritablement philosophiques? La plupart de ceux qui sont venus avaient lu le livre avant. De fait, ils ont été confronté à cette lecture profonde et non pas été rebuté. Il ne faut donc pas essayer d’adapter à eux le texte, mais bien plutôt de faire en sorte que ce soit eux qui s’adaptent à l’œuvre…

Surtout que Benoît Verhaert, acteur mais aussi metteur en scène et adaptateur de la pièce, a déjà travaillé l’œuvre de Camus. Il connait son sujet sur le bout des doigts, et lors du débat final, il lance les bonnes pistes de réflexions et fait un tri parmi les différents sujets abordés par le livre. C’est ce qui donne tout l’intérêt de cette activité…

Pour le reste, le concept mérite vraiment de l’attention et des applaudissements. On sent que les acteurs y sont impliqués, qu’ils y ont travaillés, et on ressort de là avec le sentiment d’en avoir appris plus.

C’est donc une expérience très bénéfique, à vivre en groupe si possible. Ce n’est pas pour rien que le Théâtre Varia, très vite à court de places, a du faire asseoir des spectateurs sur les marches, ce qui n’a pas semblé les déranger tellement ils se sont sentis intégrés dans la pièce. Le théâtre a aussi ajouté des dates supplémentaires le 11 et 12 février. Si vous voulez vivre cette activité, en tant qu’adulte, professeur, étudiant, sachez que le principe sera « en tournée » à Arlon, Ath Athus, Beauraing, Leuze-en-Hainaut, Tournai, Thuin, Verviers, Welkenraedt. Bref, toute la Belgique sera touchée par l’étranger de Camus…

Du 4 au 12 février 2013 au petit VARIA, 154 rue Gray 1050 Bruxelles, à 20h

Prix : 17€ pour les adultes (+3€ sur place), 12€ (+3€ sur place) pour les séniors et 10€ (+2€ sur place) pour les étudiants. 

Plus d’infos sur le site du Varia

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Hallo! Je suis une Étudiante en Philosophie, une Grande Voyageuse, une Jeune critique et une Rédactrice pour plusieurs blogs/journaux... Je vous conseille en films, pièces, livres et voyages! D'ailleurs, je vis actuellement au pays du sirop d’érable... Tchuss! :)

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