L’homme, ce colon…

L’assourdissant tapage médiatique de ces derniers jours m’a quelque peu laissée sans voix. A la fois agréablement et désagréablement surprise par les diverses réactions du monde entier, je ne savais pas trop si je devais sourire devant tant de solidarité, pleurer devant tant de bêtise(s), hausser les épaules en blasée que je suis ou soupirer devant les innombrables absurdités que le manque de recul et d’esprit critique peuvent générer.

De Charlie Hebdo, je ne parlerai point. D’autres l’ont fait avant moi, à tort et à travers parfois, et il serait bien vain de rajouter une énième couche sur la sanglante attaque que la liberté d’expression a récemment essuyée. Loin de moi l’idée de minimiser l’événement, il me semble simplement nécessaire d’offrir à la victime, n’ayant jamais été tant sollicitée que ces derniers jours, le peu de répit qu’elle mérite amplement.

Par contre, ce qui mériterait, il me semble, d’être abordé et décrypté – et ce au moins comme phénomène social emblématique de notre société actuelle -, c’est l’ampleur des réactions virulentes de toutes parts, la rapidité à laquelle l’information et la déformation se sont propagées et comment l’avis de tout un chacun s’est retrouvé, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, au vu et au su de tous. Les tendances se sont très vite dessinées et avec elles, les tranchées. En quelques heures à peine, les #JeSuisCharlie luttaient avec acharnement contre les #JeNeSuisPasCharlie et inversement…

Alors que certains usent de kalachnikovs contre quelques malheureux crayons, d’autres se battent vraisemblablement à coup de clavier et de clic gauche sur la webosphère. Certes, la violence verbale ne tue pas mais il ne faudrait pas négliger les blessures pernicieuses qu’elle inflige… Je n’ose d’ailleurs imaginer ce que le web a actuellement à nous offrir en la matière, vu les vertes et les pas mûres qui ont croisé mon chemin de simple internaute me baladant sur l’avenue* des réseaux sociaux.

Qu’on se le dise, je n’écris pas là pour juger des propos et de l’avis de chacun. J’éviterai, si possible, l’écueil dans lequel bien d’autres sont tombés. Je constate simplement et m’interroge, naturellement: Pourquoi cet événement fait-il tant bouger les foules alors que d’autres nous laissent clairement indifférents? A quel point ce buzz est-il bienfaisant pour notre société? Comment allons-nous envisager l’avenir et les efforts à fournir en matière de paix et de politique internationale?

Et une crainte de surgir : l’homme occidental ne réagit donc que si on s’attaque à ses droits inaliénables? La solidarité n’existe-t-elle qu’avec nos semblables les plus proches ? La liberté d’expression a-t-elle plus de prix que la liberté tout court? Les millions de morts par an n’auraient pas autant de valeur que les 12 victimes de l’attentat?

Selon certains, il semblerait bien que ce soit le cas. Qu’ils se fassent la guerre chez eux, passe encore mais qu’ils l’exporte chez nous, intolérable ! Après tout, c’est nous, les grands inventeurs de la société moderne, nous, les hommes civilisés, nous, les Big Boss de la mondialisation. Il ne faudrait pas non plus que nos vaches à lait se mettent à penser…

Lorsque j’ai commencé cet article, loin de moi l’idée d’insulter l’homme pressé qu’est « l’occidental » que fondamentalement je représente aussi mais, après réflexion, force est de constater que les siècles ont beau défiler, l’être humain, en grand mégalomane, agit toujours en « trou du cul »** face aux autres civilisations que la sienne.

Et à nous de méditer fortement sur ce cercle vicieux qu’il serait peut-être judicieux de briser… Petit à petit, brique par brique, de quels moyens disposons-nous pour déconstruire ce mur  qui ne cesse de grandir et sépare les citoyens du monde ? Que puis-je faire, moi, petit Européen sans prétention, pour éviter que conflits, haines, peurs et ségrégations ne se propagent ? 

Et qu’on ne me dise pas que tout est la faute de ces barbares qui viennent foutre le bordel chez nous. Après tout, initialement, les barbares***, c’était nous…

* le coeur ouvert à l’inconnu, ou peut-être pas…
** si vous me permettez l’expression et le jeu de mot (cf. titre). Si pas… tant pis, fallait pas lire  !
*** du grec ou du latin, signifiant « étranger à la civilisation grecque ou latine ».

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2 Comments

  • Ultra super d’accord… « Que puis-je faire, moi,petit Européen (…) »
    Chacune de nos pensées qui juge, critique, s’horrifie, se scandalise et condamne, ne fait que nourrir l’égrégore qui génère les actes qui nous horrifient.
    Ca fait du bien de lire ce papier.
    Merci.

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