L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer

Cela fait longtemps que le public qui est présent ce soir ne s’est, pour la plupart, plus rendu à l’U.L.B. C’est l’occasion de voir quelques rénovations qui égayent un peu ce campus. A l’entrée de la salle Delvaux, le metteur en scène, Andrés Cifuentes accueille les futurs spectateurs qui ne peuvent être que 75 dans cette salle de l’U.L.B. C’est donc vite complet. Le bar est ouvert et permet quelques discussions. La cour de 20 mètres carré accueille les fumeurs sur quelques palettes en bois qui font office d’espace de foulée.

Peu après 20h30, le public peut entrer dans cette salle plutôt conviviale comme l’esprit étudiant, sans doute. La scène est composée, de gauche à droite, d’un W.C., d’une salle à manger agrémentée d’un piano et d’une chambre. Ces différents espaces sont décorés avec des objets dont des tableaux qu’on retrouverait en brocante, qui ornent les murs de cette maison qui semble loin d’un camp du Goulag. Les petits crachats de fumée font même jouer un spectateur qui se met à tousser.

Le vrai théâtre commence à l’arrivée des acteurs qui, entrainés par une musique entraînante, se dandinent autour de la table.

Les déguisements font vite comprendre que la pièce osera les abus et les danses sont presque suggestives. Les premières phrases semblent introduire un texte politique. Les acteurs déclament des textes sur le Goulag et ses dégâts bien pires que le public pourrait imaginer ; au top du classement du « catalogue des atrocités du 20ème siècle ».

Les acteurs ne sont que cinq mais le public a du mal à cerner le rôle ou le sexe de chacun car, dans L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer, les hommes jouent des femmes, le contraire aussi, et on en voit tellement que l’on finit par ne plus attacher d’importance aux liens qui rejoignent ces personnes plutôt hystériques pour la majorité ou l’ensemble d’entre eux. Le climat sibérien semble loin. Irina parle à ‘sa mère’ qui pourrait également être l’Oncle Pierre dont il est souvent question. Cette madre, dont le sexe masculin lui a été greffé en guise de punition, est suivie de près par Diego, la femme à journée, avec qui elle entretient une relation aussi complice que conflictuelle.

Ce camp qui regroupe des transsexuelles paraît plutôt ouvert malgré certaines barrières dont les limites sont peu perceptibles. Irvina a une vie sexuelle, pas vraiment épanouie mais plus qu’active. Une ‘femme’ objet qui se transformera en poupée gonflable après un accident. La professeure de piano d’Irvina débarque afin de connaître les raisons qui justifient ses absences aux leçons. Sans avoir de réponse précise, il est vite compris qu’il s’agit de sexe. Le mari de la professeure, le Général Garbenko, est, lui également, une folle qui change brusquement ses intonations de voix.

Le WC, après avoir récupéré l’enfant d’Irvina, avalera le petit livre rouge de Mao ainsi qu’un crucifix. Beaucoup de paradoxes pour une pièce qui ne laisse pas insensible. On entre en pensant voir une pièce qui défendrait l’égalité entre gays ou hétéros mais le public fait face à des scènes improbables dans lesquelles tous les abus sont possibles. Cette interprétation remixée de la pièce de Copi n’est pas acceptable pour quelques spectateurs qui préfèrent quitter la salle comme si le théâtre était une réalité trop difficile à accepter.

Le jeu de chaque acteur ou actrice mais, ce soir, le sexe n’avait, finalement, que peu d’importance, est réellement bon et tout l’espace de la scène comme de la salle est exploité subtilement. En entendant l’actrice qui joue Diego, Marie-Gaëlle Janssens, expliquer que la Compagnie effectue des workshops étonnants qui alimentent la cohérence du groupe, on comprend que ces acteurs sont loin de jouer les fonctionnaires.

La fin de la pièce est marquée car, ce n’est pas Diego qui revient malgré une mort récente mais bien Marie-Gaëlle qui interpelle ses acolytes pour annoncer la fin de la récréation. Quelques minutes après les applaudissements, le public est invité à rejoindre le metteur en scène, accompagné d’une partie de son équipe, à poser des questions, débattre ou tout simplement partager ses sentiments. Andrés Cifuentes explique, d’emblée, qu’il désirait renommer la pièce ‘Contradictions’ mais la demande a été refusée, droits d’auteur obligent. Pour ce jeune metteur en scène, la pièce pose des questions sur la maturité de la société, sa capacité à accepter les différences, même dans des pays soi-disant, les plus développés.

Du 31/05 au 15/06 2013, début du spectacle à 20h30 à la salle Delvaux à l’U.L.B.

De : Copi

Mise en scène : Andrés Cifuentes

Avec : Jérôme Dubois, Linda Jousset, Lionel Thibout, Marie-Gaëlle Janssens Casteels, Andrés Cifuentes

Coordinatrice du projet : Linda Jousset

Dramaturgie : Bernadette Baudoux

Plus d’informations sur Théâtre Andrés Cifuentes

Tags from the story
Written By

Peintre, écrivain en bâtiments.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *