Life is a Cabaret, old chum !

Pour la toute première fois en Belgique et pour le plus grand plaisir des amateurs des années folles, le plus classique et impertinent des music-halls débarque au Théâtre National. J’ai nommé Cabaret, où l’on brave les interdits et où tout devient possible!

Le temps de quelques semaines, le Théâtre National vous ouvre les portes du sulfureux Kit Kat Club et de son univers unique. À l’intérieur, protégés de la violence et de la répression des temps qui courent, les créatures du cabaret vous invitent à oublier vos craintes et vos souffrances et à vous laisser aller dans la fête joyeuse et pathétique de la liberté. Au menu, un jeune écrivain américain un peu coincé, fraîchement débarqué dans le Berlin des années 30, une danseuse sensuelle rêvant de succès et de reconnaissance, une gérante de pension aigrie par les blessures de la vie, un vendeur de fruits juif qui la courtise, un passeur de contrebande nazi venu ruiner la fête, les boys et les girls du cabaret et un maître des cérémonies déjanté qui observe le tout, métaphore pailletée du pouvoir omniscient.

Une quinzaine de chanteurs-danseurs-acteurs nous emmènent dans ce voyage dans le temps sous la direction magistrale de Michel Kacenelenbogen. Pour cette imposante entreprise, le metteur en scène s’est entouré des meilleurs: la chorégraphie, brillante et provocatrice, est signée par Thierry Smits et la musique est orchestrée par Pascal Charpentier, en direct et surplombant la scène. Le choix des comédiens est plus que réussi ; leur présence scénique est totale, leur énergie devient absolument contagieuse et leurs mouvements sont précis, parfaitement accordés au rythme imposé par l’orchestre. On ne peut tout simplement pas rester indifférent à la puissance vocale de Taïla Onraedt (Sally Bowles) lorsqu’elle pousse les notes du « Bye, bye, mein lieber Herr ! » et des autres membres de la troupe aux timbres de voix profonds. Steve Beirnaert mérite également une mention spéciale pour son rôle inoubliable de maître des cérémonies aux mimiques exacerbées.

Une collaboration historique avec le Théâtre National

Les raisons qui ont conduit Michel Kacenelenbogen à vouloir monter ce spectacle sont multiples. D’une part, il y a la fascination qu’il porte à cette œuvre depuis son adolescence, lorsque le film avec Liza Minelli lui est apparu comme une révélation et lui a confirmé l’envie d’ouvrir un théâtre un jour. Ce rêve est devenu le théâtre Le Public, qu’il a cofondé avec Patricia Ide en 1994 et qu’ils ont codirigé depuis. Du coup, quoi de plus naturel que de fêter les vingt ans du Public en mettant ce spectacle à l’honneur? Par ailleurs, si l’époque de Cabaret n’a rien à voir avec celle que nous vivons aujourd’hui, certaines comparaisons inquiétantes rendent l’œuvre terriblement actuelle. « L’ombre d’un totalitarisme plane, et je me dis qu’il faut entrer en résistance. », explique Kacenelenbogen. Si ce n’est plus tellement la montée du fascisme qui l’inquiète, c’est la « mondialisation » qui nous conduit à « un despotisme économique, et à sa consœur, l’horreur écologique ». Face à l’incertitude de l’avenir et à la peur que cela engendre, « les politiques et les citoyens semblent tétanisés, sanglés par une ceinture mentale dictée par une « crise », nous accoutumant peu à peu à la soumission. « Mon » cabaret voudrait être un spectacle d’incitation à la transgression et à la vigilance. »

Mais ce projet colossal n’aurait pas pu voir le jour sans la collaboration précieuse de Jean-Louis Colinet, directeur du Théâtre National. Bien que leur approche du théâtre semble les opposer – l’un dirige le théâtre National, temple de la subvention, et l’autre, le Public, un théâtre privé à succès – les deux hommes ont compris qu’ils poursuivaient un même but : offrir des œuvres à un public. L’alliance devient symbolique. L’idéologie de Cabaret transperce jusque dans les coulisses, car « monter ce spectacle aujourd’hui au Théâtre National est en quelque sorte une transgression de l’ordre établi », conclut Kacenelenbogen.

Il n’est pas commun de voir des comédies musicales montées sur les planches bruxelloises. On peut s’interroger sur les raisons, alors que cette ville est un véritable carrefour de cultures. Ce genre réunit les communautés, combinant le verbe aux langages universels du corps et de la musique. Pour cette version de Cabaret, d’ailleurs, le texte est surtitré en anglais et en néerlandais et les chansons sont jouées en anglais, français et allemand. Les accents sont les bienvenus, sublimés par une palette de comédiens aux origines mélangées. Bien sûr, ce type de projets est coûteux: un million d’euros auront été nécessaires pour la création et la tournée prévue du Cabaret des vingt ans du théâtre Le Public.

Si Bruxelles n’est pas Broadway, cette version de Cabaret est réjouissante grâce à des artistes talentueux et les chorégraphies pétillantes de Thierry Smits. N’attendez plus, Meine Damen und Herren, Mesdames et Messieurs, Ladies and Gentlemen, Willkommen! Bienvenue! Welcome!

 

Cabaret, du 11/09 au 01/10/2014, Le Public au Théâtre NationalBoulevard Emile Jacqmain 111-115 – 1000 Bruxelles.

Infos et réservations au 0800/944.44 (Le Public) ou au 02/203.53.03 (Théâtre National).

 

Ensuite, la tournée continue…

Maison de la culture d’Arlon, les 19 et 20/11/2014

Théâtre de Liège, du 19 au 31/12/2014

Centre culturel de l’Arrondissement de Huy, le 22/01/2015

Théâtre de Namur, du 27 au 31/01/2015

Théâtre du Passage (Neuchâtel), du 6/02 au 9/02/2015

Nuithonie-Equilibre (Fribourg), les 13 et 14/02/2015

Louvain-la-Neuve – Aula Magna du 3/03 au 8/03/2015

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Le théâtre est ce lieu où les consciences se rencontrent et se questionnent. Ce lieu où on rit, où on pleure, où on exprime sa colère et où on refait le monde tous les soirs.

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