L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes – Karine Lambert

Aha! Voilà un titre de livre qui m’intéresse ! Voilà une promesse d’exutoire que je vais pouvoir savourer tard dans mon lit le soir, en tenant le manuscrit bien en évidence lorsque mon homme entrera dans la pièce, tout en prenant un air songeur qui en dit long. Comme ça, juste pour l’énerver ! Je vais pouvoir me délecter d’histoires de femmes qui se sont révoltées parce qu’elles en ont eu assez ! Assez de ramasser ses chaussettes qui traînent au pied du lit. Marre qu’il n’ait jamais envie d’avoir, pendant le dîner, cette longue conversation qui nous tenait pourtant tant à coeur. Ras-le-bol qu’il oublie toujours de prévenir qu’il rentre tard. Plein le dos qu’il ne se mette pas UN PEU à notre place de temps en temps. Bref, un résumé de vos échanges téléphoniques plus ou moins quotidiens avec vos meilleures amies… Mais en livre !

Chouette ! Qu’on me l’envoie SVP ! C’est pour moi, merci ! “Allô, Marie, tu ne devineras jamais le titre du livre que je vais bientôt lire…”.

Sauf que non, évidemment… Rien d’aussi simpliste et d’aussi peu subtil de la part de l’auteure.

Le roman s’ouvre sur quatre amies qui sont réunies à l’aéroport. L’une d’elles part faire un long voyage en Inde, les trois autres l’entourent de leurs bras, de leurs conseils, de leurs petits soins. Les quatre amies sont proches, on l’aura bien compris. L’histoire commence à peine et je me méfie : l’auteure sort déjà les violons.

Mais lorsque je pénètre l’immeuble où ces femmes ont décidé de vivre seules, ensemble, et où les hommes sont interdits, que je monte les escaliers pour découvrir une à une ces femmes, chacune à son étage, tout cynisme me quitte. Les personnes qui habitent cet immeuble sont belles, attachantes. Leurs parcours sont poignants et surtout crédibles. Au dernier étage, trône “la Reine” de cette ruche d’abeilles : la propriétaire des lieux, une ancienne danseuse étoile qui décide de vivre sa vieillesse loin du regard des hommes. Ces hommes qui l’avaient tant admirée lorsqu’elle brillait sur scène.

L’arrivée de Juliette, venue remplacer la voyageuse dans l’immeuble pendant quelques mois, vient perturber l’équilibre trouvé par ces femmes. Si la nouvelle venue s’attache rapidement à ces femmes hors du commun, elle ne partagera jamais leur envie de renoncer aux hommes. Bien au contraire. À 32 ans, Juliette attend l’amour plus que jamais et elle le leur fait savoir.

Dans ce roman bien ficelé, amour et renoncement se font la guerre au travers des protagonistes, de leurs vécus et de leurs réflexions, pour nous confronter à notre débat intérieur : sommes-nous plutôt “pour” ou “contre” l’amour? Avec tout ce qu’il nous coûte et tout ce qu’il fait vibrer en nous. Et de se rendre compte, pour finir, que nous sommes aussi sensibles aux arguments dénonçant la passion qu’à ceux qui la défendent. Puisque c’est tout ça, l’amour. C’est beau et c’est moche. L’auteure ne tente pas de convaincre. Elle livre des vécus, nous laisse décider, et il en ressort une approche libre de toute prise de position. Ce n’est pas un procès qui est fait à l’amour, c’est l’amour dépeint tel qu’il est, dans toute sa contradiction.

Karine Lambert signe un très joli premier roman où il est question d’amour romantique, mais pas seulement. On y parle aussi beaucoup d’espoir. De celui que l’amour nous donne ou qu’il nous retire. Il est aussi une ode aux femmes et à l’amitié. À celles qui espèrent, à celles qui ont déchanté, à celles qui vieillissent et qui confondent amour et jeunesse. À la complicité bien particulière qui peut naître entre des femmes qui ont décidé de se serrer les coudes, de prendre soin l’une de l’autre, qui aspirent à profiter des petits plaisirs de la vie, et qui parviennent à trouver le bonheur ensemble, autrement.

L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes par Karine Lambert, 251 p., publié chez Michel Lafon.

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Lectrice inassouvie

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