Littérature de l’imaginaire, mais encore?

L’être humain, dans un profond sentiment d’insécurité, s’est toujours évertué à classifier les choses qui l’entourent. Victime d’une volonté frénétique de théorisation, après maintes réflexions ardues, chaque objet trouva son tiroir et chaque tiroir, ses objets. La littérature n’y fit pas exception.
C’est au 19ème siècle, avec Gustave Lanson, que naît l’Histoire de la Littérature. Démarche philologique – pourtant différente de celle de l’historien – qui classa l’abondant corpus littéraire par périodes et par genres, eux-mêmes se divisant à volonté. Le genre d’un livre, supposé point de repère, phare dans le brouillard cervical des êtres humains, convention universelle, c’est le cadre de l’œuvre qui doit indiquer au lecteur la forme précise d’un livre et lui permettre de savoir – a priori – à quoi s’attendre. Il existe d’ailleurs des différences fondamentales entre les genres et, à ce moment précis, celui qu’on appelle communément le professeur de français récite la leçon qui se trouve être la base de toute la matière qu’il tente d’inculquer à ses chers élèves : « Il y a trois grands genres littéraires : le genre poétique, le genre narratif et le genre théâtral. Ceux-ci se distinguent principalement en fonction de la longueur de l’œuvre, de l’emploi de la versification, de son objectivité et de la présence et du rôle du narrateur. ». Epoustouflant – ou non – ses élèves par tant de scientificité, le professeur, quelque peu dépité, se doit malgré tout d’ajouter que toutes les œuvres littéraires n’ont malheureusement pas pu être triées avec autant de clarté et de rigueur.
En outre, l’homme ne se contenta pas de jeter négligemment tous les romans dans le même tiroir . Existant des sous-catégories (non exemptées des difficultés de classement) dont celles classées  dans les tiroirs de la littérature de l’imaginaire, les célèbres « fantastique », « merveilleux » et « étrange ». Toutefois, cette classification nébuleuse et peu aisée fait souvent effet d’Harry Potterisme aux yeux des lecteurs lambdas. N’y sont pas étrangères les étiquettes de sous-catégorisme qu’on appose, à l’heure actuelle, sur beaucoup de livres : Thriller, Fantasy, Science-fiction, (pour les termes anglophones) mais aussi roman policier, Horreur ou même notre très célèbre… « fantastique » en personne. Tiens donc, lui ici ? Pourquoi, alors, ne pas retrouver les étiquettes « merveilleux » et « étrange » dans ce cas-là ? Pourquoi compliquer la classification à souhait en lançant les lecteurs sur des pistes aux culs-de-sac rédhibitoires ?
Et puis d’abord, c’est quoi la différence entre Fantastique, Merveilleux et Etrange ?
 
 
Pour garder, un semblant de scientificité, voici ce que Jean Bellemin-Noël, dans son Histoire littéraire de France formule à propos du fantastique:

« Le fantastique vit d’ambiguïté. […]En lui, le réel et l’imaginaire doivent se rencontrer, voire se contaminer; de plus, contrairement à tant d’autres fictions, il n’exige à ses mystères aucun éclaircissement, même s’il refuse toute solution rationnelle ou technique. ».

Le fantastique appelle donc un monde non réductible à l’ordre normal du monde.
Oui mais, le merveilleux et l’étrange aussi, non ?
Aussi, oui. Ils différent pourtant du fantastique. En effet, le merveilleux reflète la symbiose du monde normal et du monde irrationnel : C’est l’univers des « contes de fée » dont l’exemple actuel le plus connu est Harry Potter. L’étrange, quant à lui, aborde l’intrusion dans un monde sensé, explicable et rassurant d’éléments anormaux et impossibles, se clôturant par la présence d’une explication rationnelle. Résumons, donc…
Merveilleux : monde imaginaire = normal. 
Etrange : faits insolites = pas normaux mais explicables. 
Fantastique : faits insolites = pas nécessairement anormaux, pas nécessairement expliqués.
« Pas nécessairement » ?
Comme on l’a vu et on le voit encore, les frontières sont minces. Mais le fantastique a cette capacité (fantastique, ahahah !) d’être mouvant et pliable, d’après le schéma de Todorov, qui subdivise ces trois sous-genres en Etrange pur, Fantastique étrange, Fantastique merveilleux et Merveilleux pur. Ainsi, selon lui, si explications il y a, elles peuvent soit se justifier par l’existence d’un « monde parallèle », soit trouver leur sens dans une rationalisation des faits.
Moi, je n’pige toujours pas la différence entre fantastique et étrange !
C’est vrai que la frontière est encore plus mince entre ces deux zouaves-là. Pour faire court : les faits insolites, dans l’étrange pur, sont anormaux mais prennent essentiellement vie dans l’imaginaire des personnages. A l’inverse, les faits sont clairement considérés comme surnaturels dans le fantastique, entrant dans la catégorie « fantastique-étrange » s’ils sont expliqués par une explication rationnelle et dans la catégorie « fantastique-merveilleux », s’ils sont expliqués par des l’existence d’un monde parallèle… C’est plus clair ?
Oui mais… dans la réalité littéraire contemporaine, comment ça s’applique ?
Ah ça ! La réalité littéraire contemporaine n’a que faire de ces délimitations aux frontières peu fiables. La réalité littéraire contemporaine, elle écrit, un point c’est tout. Il va de soi que la pratique littéraire n’a rarement comme but premier de correspondre aux canevas de la théorie de la littérature que de grands philologues (comme ceux que nous serons, bien évidemment !) se sont évertués à concevoir.
Et alors, ton article il sert à quoi ?
A vous permettre d’y voir plus clair. Ma tâche, en espérant qu’elle soit accomplie, était de vous donner le mode d’emploi pour construire le château de carte qu’est la classification – relativement mouvante et subjective, comme toute classification – des genres de l’imaginaire. Après, libre à vous de souffler dessus !
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