Longueur d’ondes : 30 ans d’activisme musical

Longueur d’ondes, trimestriel gratuit mettant à l’honneur la chanson indépendante et libre, fête à Paris ses 30 ans de prises de risques et de paris sur des artistes émergents ou inconnus.

Quel plaisir de pouvoir participer à cet évènement aussi intéressant que réjouissant. Je dis bien participer et non assister, car Longueur d’ondes nous a réservé, pour son anniversaire, un show unique et interactif, un évènement complet aux activités nombreuses et diverses.

19h30, nous arrivons au Pan Piper, nouveau lieu polyvalent dans Paris, qui n’a rien à envier à ses compatriotes déjà existants. L’endroit se décline sur trois étages, permettant d’envisager de nombreux emplois aux différentes salles. Dans le sous-sol, une salle de concert permanente a été construite. Les fresques murales de la petite cour sur laquelle donne une terrasse sont grandioses. Elles représentent une nature luxuriante et fantastique. Branché et cosy, le Pan Piper est le lieu idéal pour accueillir ce genre d’évènement.

Le spectacle commence une heure après notre arrivée, mais nous n’avons pas vu le temps passer tant nous étions absorbés par le fourmillement de la foule. Au premier étage, dans une salle qui, à priori, n’a pas l’habitude de voir des groupes jouer, les quatre premiers sets vont commencer. La soirée est présentée par Serge Beyer, rédacteur en chef de Longueur d’ondes, et Eric Nahon, rédacteur pour le magasine depuis dix ans. Ils seront nos guides tout au long de la soirée. Les concerts sont courts. Les différents groupes qui passent sont peu connus (Thierry Chazelle et Lili Cros, Askehoug, Le Larron et Cabadzi) et sont obligés de s’auto-produire pour exister. Thierry Chazelle dira que cela lui permet d’être « fier comme un producteur et heureux comme un artiste ». Ces interprètes nous offrent à tour de rôle trois chansons de leur choix, souvent des nouvelles compositions. C’est alors que s’enchaînent des découvertes musicales surprenantes de la scène francophone. Des musiciens bourrés d’humour nous font voyager dans leurs univers en incarnant de véritables personnages de composition sur scène. Plus d’une fois nous nous laissons prendre au jeu et nous rions aux éclats. Quels showmen, mention spéciale à Askehoug! Mais nos oreilles ne sont pas en reste. La majorité de ces artistes propose des titres bien plus intéressants que ceux que la scène francophone a l’habitude de nous donner sur les ondes radios. Nous avons eu de véritables coups de cœur pour deux de ces artistes en particulier : Thierry Chazelle et Lili Cros et Cabadzi.

Thierry Chazelle et Lili Cros partenaires à la scène comme à la vie, nous font découvrir leur monde plein de légèreté et de douceur à travers des textes drôles et insouciants : « Tout va bien, tu me tiens par la main ». Ce duo étrange, lui à la guitare et au ukulélé, elle à la basse et au chant, habillée de façon décalée – chemise à têtes de mort rouges, corset lacé de la même couleur et longue jupe noire – communique une vraie joie de la scène au public.

Cabadzi… Grande découverte musicale de la soirée! Ce groupe s’installe sur scène avec l’allure des Ogres de Barback. La musique démarre avec des cuivres, une guitare et un violoncelle puis… Surprise, un homme se met à faire du beat box! Il rythme tous les morceaux avec une facilité déconcertante. Ensuite, le chanteur entame – mi-rap mi-slam – un texte d’une puissance lyrique inouïe. Profond et intense, il nous captive tous. C’est beau, c’est fort, c’est puissant, c’est extrêmement intelligent. Tous les genres se rencontrent pour créer ce que le groupe aime appeler « un joyeux bordel qui se fout des cadres et des codes ». Le summum est atteint lorsqu’ils nous demandent de nous asseoir et viennent nous proposer un morceau acoustique en s’incorporant au cœur des spectateurs. Un véritable moment d’émotion. Rien que pour la découverte de ce groupe, la soirée valait la peine d’être vécue.

Une pause est organisée entre les deux shows, car, oui, la fête continue au sous-sol. Cela nous laisse le temps d’observer l’exposition inédite de photographies qui remplit les murs du premier étage. Les images ont, pour la plupart, fait la couverture du magazine. Mais, non contents de nous exposer là des images splendides, les photographes de Longueur d’ondes se mettent à notre disposition pour répondre à la moindre de nos questions. Comment faire rire Alain Chamfort? Comment faire en sorte que Stupefilp ait l’air propre sur lui? Les secrets des stars n’ont plus de mystère pour nous.

Avant de descendre, nous profitons encore de quelques instants pour découvrir le bar qui, s’il ne paye pas de mine, vend de la bière mielleuse et des hot dogs à un prix plus qu’honorable en plein cœur de Paris.

Nous avons aussi le temps de participer à un petit atelier ludique. C’est devant les photographes officiels du magasine et leur matériel professionnel que nous posons pour s’inventer rock star le temps de quelques clics. Les photographies nous sont ensuite envoyées via mail… Quand je disais que Longueur d’ondes avait décidé de nous en mettre plein la vue pour cette soirée d’anniversaire.

Longueur d'onde2

La pause terminée, nous descendons au sous-sol pour assister à la suite du spectacle. Des artistes plus connus se partagent la scène, proposant chacun deux ou trois chansons. Et c’est là que nous découvrons qu’en réalité, Longueur d’ondes est une grande famille. Le guitariste de l’un vient jouer pour le morceau de l’autre, des duos inédits se forment et se déforment, tout se mélange. Plus personne n’appartient à un groupe fixe, mais telles ou telles personnes viennent accompagner tel ou tel artiste. Retenons François de Pigalle qui a mis le feu et Karimouche qui a une voix si particulière. A la fin, Le bal pop’ se propose de reprendre les plus grands tubes de la chanson française jusqu’au bout de la nuit.

Petit bémol tout de même à cette soirée haute en couleur, les présentations entre chaque groupe réalisées par Serge Beyer et Eric Nahon étaient souvent plus longues que les prestations des artistes. De plus, malgré l’intervention de certaines personnes, telles que le propriétaire du Pan Piper ou une responsable de l’association Mila – qui se demandaient très certainement ce qu’ils faisaient là – les interviews étaient extrêmement répétitives et montraient presque ouvertement qu’il s’agissait de gagner du temps pendant le changement de matériel qui se déroulait derrière eux. Et c’est vrai que changer de groupe toutes les trois chansons est un exercice périlleux. Cependant ces présentations auraient pu être plus diversifiées… Mais comme le répétaient régulièrement nos deux maîtres de cérémonie, leur domaine est la presse écrite et pas l’orale, donc, un peu d’indulgence.

Lors de nos brefs retours dans la salle du rez-de-chaussée où se trouve l’entrée, nous découvrons un groupe de musique tzigane en acoustique en train de mettre l’ambiance. Et nous nous laissons entraîner par ces faiseurs d’histoires.

Ce tour d’horizon nous permet également de rencontrer quelques personnalités françaises venues là comme spectateur, à savoir Jean-Robert Lombard – le père Blaise de Kaamelott – et Olivier Baes, actuellement jury à la Nouvelle Star. Ce dernier s’est d’ailleurs fait une joie de discuter avec nous et de nous révéler les secrets des coulisses de l’émission.

En résumé, une soirée magique qui valait le détour. Des découvertes, des rencontres, tout ça dans une ambiance familiale et professionnelle. Un ralentissement du rythme tous les trois morceaux à cause des présentations, mais tant d’autre possibilités d’activités qu’il était facile de passer outre. Pour ceux qui aiment les découvertes et la musique francophone au sens large, et qui ont raté cette soirée, je vous conseille de bien guetter les prochains évènements de Longueur d’ondes et de ne pas hésiter une seconde à vous procurer des places!

Written By

Sophie Doyen est une passionnée de théâtre et d’enseignement. Après des études de Langues et Littératures Françaises et Romanes à l’ULB, elle étudie aux Cours Florent à Paris. Elle y monte « Le Suicidé » de Nicolaï Herdman (mise en scène et rôle de Macha) et joue dans plusieurs opérettes. De retour à Bruxelles, elle participe à plusieurs courts et moyens métrages, se forme pour devenir coach d’improvisation et s’intéresse à la pédagogie autour des arts de la scène. Actuellement, elle est professeur d’art dramatique, joue dans la création « Le Cirque des femmes » et se forme en chant, guitare et expression corporelle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *