Lucie-Valentine, chanteuse, fait de ses voyages le carburant pour créer (interview)

Voici venu le temps de la chronique Belgique. Le monde artistique du plat pays mérite d’être exploré, découvert plus en profondeur pour ceux et celles qui ne le connaissent qu’en surface. Parmi ce florilège, il y bien sûr Lucie-Valentine. Nous sommes allés à sa rencontre, pour en savoir plus sur cette globe-trotter qui fait des voyages et de son vécu le réservoir de sa création, en tant qu’auteure-compositrice-interprète. Une chose est certaine : il y a de la matière !

Interview

Lucie-Valentine, si vous deviez vous décrire en quelques mots, tant personnellement qu’artistiquement, que mettriez-vous en avant ?

Amoureuse de la vie et aventureuse, j’ai soif d’émerveillements et faim de découvertes. J’aime écrire et partager mes expériences. Ambitieuse, volontaire et déterminée, j’aime relever les challenges. Perfectionniste et exigeante, quand j’ai décidé quelque chose, je vais jusqu’au bout. Or, j’ai décidé de suivre mes rêves, mon instinct et mes intuitions. J’aime jouer avec les mots, les couleurs, les images, la voix, les sensations, les notes, les autres (au Scrabble ou sur scène, par exemple…).

J’aime aussi me retrouver seule. Complexe dans un monde complexe où la communication est complexe, j’aime aller à l’essentiel et dire les choses simplement. Je n’aime pas les masques, les tabous ou les blablas. Vivre en surface ne m’intéresse pas. Tantôt mélancolique, repliée et révoltée, tantôt généreuse, confiante en la vie et rieuse, si ma sensibilité m’a joué des tours, dans le passé, elle est mon alliée, aujourd’hui.

Lucie-Valentine en concert au Rideau Rouge © Céline Bodart

Comment êtes-vous « tombée » dans la musique ? Etes-vous plutôt chanteuse ou musicienne ?

C’est la chanson « Valentine » de Maurice Chevalier qui m’a donné mon prénom. La chanson française est donc présente dans ma vie depuis mes premières heures. Je suis tombée dans la musique comme on tombe amoureux (euh…). Une rencontre passionnée. Fruit du hasard ? Mon coup de cœur : ce piano pour enfant à 7 notes, aux couleurs de l’arc-en-ciel, sur lequel je jouais en boucle « J’ai du bon tabac », à l’oreille. Le déclic qui m’a poussée à demander à mes parents des cours de piano et de solfège, vers 9 ans, à l’académie.

Même si j’ai boudé mon amoureux-piano parfois, aujourd’hui, il est un des trois claviers de ma vie (avec celui de l’ordi et du téléphone, hélas). Moi et mon piano, on est patriotes (comme dirait Berger – mon étoile -, dans cette fameuse chanson qui marqua mes tout premiers pas en télé, « Pour la Gloire » – RTBF – en 2002). Je me ressens plutôt auteure-compositeure-interprète, pour le moment, mais je travaille ma voix et mon piano, afin de me sentir un peu plus chanteuse et musicienne, chaque jour.

Quel est votre parcours musical ? Y a-t-il eu un « avant la musique » pour vous ?

Petite, je chantais plus que je ne parlais. C’était vital et ça l’est toujours. La musique me guide, m’accompagne, me porte et me supporte. Elle me pousse dans mes retranchements. Surtout, elle me connecte à ce monde et m’extirpe des situations difficiles. J’en ai toujours fait, avec le désir – gardé longtemps secret… ou tabou ? – d’en faire un vrai métier. C’est après m’être brûlée – à force de (dys)fonctionner sur la voie de la conformisation, bien cachée derrière un sourire en demi-teintes, à courir derrière ce que je pensais qu’on attendait de moi (un bon diplôme à l’université, par exemple) – que la musique est devenue une réalité augmentée. Le burn out fut un vrai tournant à 180° qui m’a (r)éveillée. Plus question de jouer un rôle autre que celui de ma vie : le mien (sauf au théâtre ou au cinéma, peut-être ?).

Avez-vous d’autres cordes à votre arc que la musique ?

J’ai de l’endurance, j’aime le sport. Je me souviens avoir remporté un jour la médaille d’or d’une course de fond (on était deux à (con)courir) mais aussi la médaille de bronze en ping pong (sur trois candidats). Je suis drôle, aussi… Non, je blague. 

Quels sont les instants de votre carrière artistique qui vous sont mémorables ?

Le tout premier concert avec mes quelques chansons, à l’Espace Toots de La Hulpe (ma commune). C’était en mai 2016, il faisait très chaud, très lourd, entre ces murs étroitement resserrés sur nous. Tout le monde suait à grosses gouttes quand les gouttes au dehors ont fait plus fort encore. Le climat entre le public et moi était vraiment particulier, ce soir-là.

Vous êtes aussi une voyageuse. Quels sont les endroits que vous avez explorés ? Qu’en avez-vous tiré ?

En famille, durant mon enfance, on a beaucoup voyagé en Europe : en France (le pays de cœur de mon père) et en Italie (le pays d’origine de ma mère), surtout… Puis, le jour où j’ai décidé de partir en solo, sac sur le dos, je me suis rendue en Asie : Thaïlande, Laos, Cambodge, Philippines, Malaisie, Singapour, Indonésie… Guidée par les rencontres plus que par les attractions touristiques. Échanger avec des globe-trotteurs de tous horizons et me rendre compte que nos quêtes de sens respectives étaient les mêmes dans leur essence profonde, m’a permis de relativiser pas mal de choses. Aussi, tomber quatre fois amoureuse sur le même voyage m’a fait réalisé que je confondais peut-être amour et passions volatiles, éphémères.

Fêtes de Wallonie © Fred Volkaerts

Et puis, il y a eu cette connexion d’âme en Afrique. D’abord sur le territoire congolais, puis au Bénin. J’y ressens la terre et le feu. Un continent d’accueil sur lequel je peux être moi. Quel cadeau.

Le voyage est ce que je préfère par dessus tout : mes antennes sont déployées, mes sens exacerbés. J’aime bouger, découvrir d’autres cultures et modes de vie, bousculer mes habitudes et sortir de ma zone de confort. La musique est le guide du routard qui oriente mes choix de destinations (le monde est si vaste…) qui me nourrissent et m’inspirent. J’ai beaucoup appris des francs sourires croisés, malgré les conditions de vie parfois difficiles et précaires. Par dessus tout, j’ai réalisé que je n’avais besoin de rien.

Vous avez dit lors d’une précédente interview, que chacune de vos chansons était une pièce d’un puzzle, que voulez-vous dire par là ?

J’ai eu la chance de pouvoir m’isoler pendant 2-3 ans, pour écrire dans mes carnets et sur un blog, la matière première de nombreuses chansons que je partage petit à petit. J’ai ensuite cherché à assembler ce que je ressentais comme un puzzle-casse-tête d’environ 40 pièces. Et ce, de mille façons différentes, dans tous les sens. Désormais, je commence à bien cerner des ensembles cohérents de chansons, avec un schéma narratif, un fil conducteur, un sens, un message évolutif – dont chaque chanson est un indice – et qui prendront sans doute la forme de trois albums (pour parler en termes anciens). Une trilogie. Un livre, peut-être aussi. Mais pas que… Le projet d’une vie entière. A travers mes chansons, je raconte l’histoire de la femme (que je deviens à chaque instant), avec un petit h. Celui de l’hêtre humain dans toute son humanité, avec ses humeurs du monde. Ce même h que j’enlève du champagne pour me retrouver en campagne (en Champagne ?). Ce h d’une guerre que j’enterre avec moi-même.

Quelles sont vos influences musicales et artistiques ? Certains artistes vous inspirent-ils spécifiquement ?

Chez moi, j’écoute en boucle Mécano, une des premières voix qui m’a marquée pour sa présence et douceur. Mais aussi Mélody Gardot pour sa musicalité qui m’apaise. Ben Howard, aussi, dans toute son énergie vitale.

Petite, mes premiers albums étaient les Spice Girls, Axelle Red, Céline Dion, Britney Spears et Janet Jackson. Mon père nous a biberonnés à la chanson française, mon héritage. Plus récemment, je me suis laissée imprégner d’Ellie Goulding, Stromae, Christine & The Queens. J’aime aussi Clean Bandit, Imagine Dragons, Oscar & The Wolf, The Pirouettes, Aloise Sauvage, Orelsan, Juliette Armanet… Et bien d’autres. En général, je me dirige vers la pop, la chanson française, le jazz chanté et le classique (Mozart et Bach), même si je m’ouvre de plus en plus à la musique du monde.

Vos chansons sont-elles un moyen pour vous de défendre des causes particulières qui vous tiennent à cœur ? Lesquelles ?

Les thèmes s’imposent à moi en fonction de ce que je traverse, vis et ressens. Je m’autoqualifie de « révoltaire » (contraction de révoltée et Voltaire) à la belge, avec des textes écrits à l’encre noire, d’un rire souvent jaune, sur une toile de fond d’amour rouge sang.

Au cœur de mon premier album, on retrouve des sujets comme la course après le temps, la mort, le burn out, la dépression, le manque d’amour, la dépendance affective, aux réseaux, etc. Le chaos, quoi. Des épreuves vécues dont je témoigne aujourd’hui avec optimisme, car elles sont autant d’opportunités de grandir et de voir la vie du bon côté, la lumière au bout du tunnel.

En filigrane, mes chansons abordent dès lors la nécessité d’un éveil de conscience, la quête de sens, le besoin d’un retour aux sources et à l’essentiel. Mais aussi une invitation au changement en soi, à trouver les outils pour évoluer en tant que sujet individué qui fait de véritables choix pour lui-même, et ose briser les barrières, les cuirasses qui le freinent dans son épanouissement personnel.

À cette fin, je relève l’urgence de faire tomber les masques et les tabous, communiquer de façon intègre, entière et non violente et trouver des espaces d’expression de soi, en soi et ensemble, pour un mieux être à l’intérieur comme à l’extérieur, malgré les temps troubles.

En conclusion, je défends la vie à tout prix. Et non la survie avec compensations ou encore la fuite, le déni ou la résignation, perdus que nous sommes dans l’illusion de connexion avec les autres, via les réseaux et les médias. Autant de symptômes d’une société malade dans laquelle l’isolement me révolte, me frappe et me choque. Bref, je prône l’importance de prendre soin de soi, pour mieux contribuer, à son échelle, à la construction d’un monde meilleur, plus sain et plus serein, et dans lequel on peut être soi-même, faire ce qu’on aime, tout en respectant l’autre, à un rythme non contre-nature et dans le respect de notre environnement.

Quels sont vos projets à venir ? Votre agenda pour les mois qui viennent ?

Actuellement, je termine mes titres, en studio, en vue de la sortie de mon premier album au printemps. Je développe ma nouvelle formule live, qui mixera l’organique des vrais instruments aux sons électroniques. Au-delà de tout le côté artistique du projet, je m’occupe aussi du management, de la communication, de la promo, et du booking, des tâches importantes que je commence à déléguer partiellement, depuis peu.

Concert de Diane Tell © Axel Jaumaux

En décembre, je pars au Bénin pour tourner un nouveau clip, jouer au Festival de La Femme Artiste (à Parakou, entourée de musiciennes locales), développer de nouvelles collaborations, mais aussi pour recharger mes batteries et prendre du recul sur le projet, tout en me laissant inspirer par les rythmes et la musicalité de là-bas…

Pour finir, que diriez-vous aux gens qui ne vous connaissent pas encore pour susciter en eux la curiosité de venir vous voir et vous écouter ?

Lors de mes concerts, on brise la glace. La magie opère. De la musique, du texte, de la voix, du mouvement, du rythme, des émotions, une histoire. Tels sont les ingrédients de mon show dans lequel on pourra me découvrir simple et naturelle. J’emballe mes sujets brûlants, sensibles et tabous, de ma voix douce, sur des rythmes et mélodies entêtants. Si j’aborde des thèmes en profondeur, à l’ère du zapping et de l’information de grande surface, on se prend une bonne dose de légèreté, sincérité et spontanéité. Une expérience qui peut faire le plus grand bien, à celui ou celle qui n’aurait pas le moral ou qui voudrait se reconnecter à son âme.

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Ancien étudiant en Sciences Politiques (ULB) Entre 2014 et 2016, gérant de L'étrier asbl. Depuis août 2016, président de Clap Culture, association désirant promouvoir la culture à travers les nouvelles créations, l'esprit citoyen et la conscience des enjeux de société à travers elle. Organisateur d'événements (Festival Mini-Classiques pour donner de la visibilité aux jeunes musiciens des différents Conservatoires ou d'ailleurs), journaliste, Réalisateur d'un projet radio de fiction "Les Pieds de l'Iris", suite d'histoires rocambolesques aux personnages à la trempe décalée sur fond de quartiers bruxellois.

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