Luisella

Entre roman et histoire, Luisella retrace la destinée d’une Italienne dont l’auteur voyait l’admirable visage parmi les portraits de sa famille suédoise et celui de l’Europe du sud au nord, dans la clameur des fêtes et les ateliers de peintres. Bertil Galland nous donne un véritable reportage des faits et des événements entre lieux totalement différents, mais dans le cœur d’une femme : Luisella.

À travers ce personnage, l’auteur semble montrer sa ferveur pour l’Italie des arts.

Un jour, dans la maison de ses parents et entre les souvenirs de sa mère, il fait la découverte du sujet de son premier roman:

« Parmi tous les portraits disposés sur le chiffonnier de ma mère se trouvait une parente qui m’intrigua, profil de femme penchée, vue d’en dessous comme pour rendre plus sensible la nudité du dos et de la nuque que dégageaient les cheveux noirs relevés en chignon. La paupière s’abaissait sous l’arc parfait du sourcil. J’étais frappé, entre les poses convenues du reste de la famille, par cette libre beauté. Mais comme j’avais toujours rencontré cette figure sur l’iconostase maternelle, il fallut des années pour que je m’étonne tout à fait. Cette personne portait un nom italien, Luisella. […] Il s’agissait de la photographie d’une huile de Höckert datant de l’époque où il travaillait à Clichy et qui représentait l’un de ses modèles, venu a Rome. L’original, de petite dimension, peint sur panneau de bois, je l’ai trouvé un jour au Musée des beaux-arts de Göteborg ».

L’histoire de Luisella, modèle italienne, se développe à travers les rapports qu’elle instaure entre les peintres du XIXème. Nous suivons le long voyage de cette femme analphabète, belle et intrépide, sa longue migration d’un pays à l’autre, de Velletri à Rome, de Naples à Parigi à la recherche d’un meilleur sort. Ainsi, à travers une écriture simple et évocatrice, riche des détails réels, on semble presque d’entrer dans un salon parisien, un atelier de peintres et la campagne romaine.

Luisella a la chance d’échapper à tous les dangers qui la guettent. Elle passe sa jeunesse parmi les brigands de la route de Naples puis s’enfuit à Rome. Dans ces rues pleines de vie et d’intrigues, encore agitées par la révolution, Garibaldi et le retour du pape, la jeune femme tente d’échapper à la police pontificale et aux bandits. Elle commence à poser pour des artistes en entrant dans le monde de la peinture, dans son esthétique et dans ses passions, d’une époque à l’autre. À l’aube de l’art parisien, dans la fièvre de l’Exposition universelle, Luisella échappe au choléra de Naples et se retrouve à Montmartre dans l’atelier de Höckert, jeune artiste venu de Stockholm qui décrit la beauté de cette singulière Italienne :

« les cils comme deux traces fines, les sourcils nets, le nez et la bouche à peine visibles, blanche sur le blanc du lit avec la rose et les fleurs des champs, tout la scène portée par le pastel bleu-vert de l’alcôve et le jaune clair d’une lunaire […]».

La vie d’une femme, la beauté, l’art, l’amour et la mort, une certaine conception de la vie; entre les lignes du roman nous sommes rassurés du caractère de Luisella : audace, sensible, analytique.

Luisella, de Bertil Galland, publié chez Éditions Slatkine, Genève, 2014, 326 p., 35 €. ISBN : 978-2-05-102710-6.

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