Luz se fait Lux, ressuscite en pleine Catharsis

Charlie, ce n’est pas fini! Même si les « Je suis  » se sont portés vers d’autres causes, si les chefs d’Etat de la grande marche sont repartis fouetter d’autres chats et que le cours des anciens numéros a baissé sur Ebay, certains luttent toujours pour retrouver la lumière nuancée d’idées noires.

Catharsis Luz Futuropolis - Rien vu

Et encore plus Luz, victime collatérale et directe, qui n’en a sans doute pas fini avec ses démons mais en est ressorti vivant et avec la ferme volonté de continuer à dessiner ce qui l’entoure, le monde et ses failles. C’est tout son travail de reconstruction et de résurrection qu’il aborde dans son journal de l’après-7 janvier, Catharsis chez Futuropolis. Et ne vous attendez pas à un ouvrage de caricaturiste, c’est mille fois plus fort, au cœur de l’intime.

Catharsis Luz Futuropolis - on fait ce qu'on peut

Bienvenue dans l’intérieur de Luz. Un intérieur fait plus de broc que de briques, de doutes que de certitudes, avec un plancher qui se dérobe à chaque pas en avant. Bienvenue dans le quotidien d’un être meurtri qui, le jour de son anniversaire, a vu des radicalistes souffler non pas ses bougies, mais la vie de ses amis et collègues qui, du bout de leurs crayons, pensaient ne rien faire de mal. Une brutale incompréhension, un cauchemar qui pose ses tentacules dans la réalité, rien ne sera plus comme avant. Une horreur que Luz résume simplement mais tellement bien, d’une écriture tremblante: « Un jour, le dessin m’a quitté. Le même jour qu’une poignée d’amis chers. À la seule différence qu’il est revenu, lui.«

Catharsis Luz Futuropolis - Danseurs

Et si Luz n’en est pas totalement revenu (revient-on vraiment de ce genre de choses?), il ne livre rien de moins qu’un témoignage poignant de ces semaines d’après-drame avec Catharsis. Catharsis comme cet état qui, par la représentation, permet d’exprimer et de libérer les émotions. Ainsi, Luz a, peu à peu, retrouvé l’énergie et la volonté de griffonner. Pour s’en sortir surtout. Car oui, l’homme a peur. Il a pris peur des nuages qui autrefois l’inspiraient et prennent la forme de terroristes qui le poursuivent partout dans sa maison.

Catharsis Luz Futuropolis - pigeons

Mais, le dessinateur de talent n’a rien perdu de son sens de la formule pour provoquer des images et des métaphores. Comme un magicien transforme des foulards en colombes, Luz transforme des terroristes en magnifiques et sublimes danseurs. Il mélange quotidien sous surveillance policière et imagination sans barrière. Dans sa face la plus noire, Luz se met à nu, sans pudeur, exprime aussi ses coups de mous, ses dialogues d’outre-tombe avec Charb, ses envies d’en finir.

Catharsis Luz Futuropolis - Protection

Et puis l’amour qui le reprend à chaque fois, réconfort charnel dans un monde qui tourne un peu plus mal depuis que certains dessinateurs ne sont plus là pour le scruter et le dessiner. Catharsis, c’est une réelle bouffée d’oxygène, entre ombre et lumière, une fuite en avant qui attire encore plus la sympathie sur ce survivant qui, si Charlie n’est plus qu’un mauvais souvenir pour le commun des mortels, reste bel et bien dedans et doit vivre avec. Luz devient Lux, la lumière, la main tendue pour s’en sortir.

Catharsis, Luz, Futuropolis, 128p., 14,50€

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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