Qui est donc M. Piekielny, cet étrange personnage de Romain Gary?

Un roman qui donne envie de se (re)plonger dans l’œuvre de Gary, une (re)découverte de la vie de ce dernier, mise en parallèle avec celle de l’auteur. François-Henri Désérable nous livre un roman au style vif et personnel. A lire ! 

«« Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny… » Quand il fit la promesse à ce M. Piekielny, son voisin, qui ressemblait à « une souris triste », Roman Kacew était enfant. Devenu adulte, résistant, diplomate, écrivain sous le nom de Romain Gary, il s’en est toujours acquitté : « Des estrades de l’ONU à l’Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l’Élysée, devant Charles de Gaulle et Vichinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n’ai jamais manqué de mentionner l’existence du petit homme », raconte-t-il dans La promesse de l’aube, son autobiographie romancée. Un jour de mai, des hasards m’ont jeté devant le n°16 de la rue Grande-Pohulanka. J’ai décidé, ce jour-là, de partir à la recherche d’un certain M. Piekielny.» Quatrième de couverture

La quête des identités de M. Piekielny et de Gary

Nous accompagnons l’auteur dans sa quête de l’identité et de l’histoire de M. Piekielny, souris triste au nom imprononçable, sujet intrigant de la promesse de Gary.

Nous voilà transportés à Vilnius, sur les traces invisibles de cet homme, dont on ne sait à peu près rien sinon que son nom signifie infernal, et qu’il a habité au n°16 de la rue Grande-Phulankan, dans le même immeuble que Romain Gary. Nous parcourons ces rues, et apprenons l’histoire de cette ville, de ses habitants, Juifs pour la plupart, dont il ne reste à peu près rien sinon l’absence.

Cette recherche nous mène tout naturellement vers l’écrivain aux deux Goncourt, « né d’une mère juive et d’un père russe, élevé en Russie, élève à Nice, aviateur, résistant, écrivain » que nous (re)découvrons au fil du voyage.

A la recherche du Graal piekielnien

Nous suivons François-Henri Désérable lors de ses pérégrinations pikielniennes, se métamorphosant peu à peu en une recherche du Graal, contées en miroir de sa propre histoire. Un va-et-vient Gary/Désérable – Désérable/Gary dont cet étrange et mystérieux M. Piekielny, homme sûrement discrètement élégant, affublé d’une traditionnelle redingote, constitue le fil rouge.

Qui est M. Piekielny ? A-t-il jamais existé réellement, ou a-t-il justement existé puisqu’il a été imaginé ? FHD vous invite à vous poser toutes ces questions et à le suivre tel son acolyte dans son périple. L’envie m’a été donnée plus d’une fois de quitter momentanément Un certain M. Piekielny pour aller moi-même mener l’enquête. Relire La promesse de l’aube, lire tout Gary, à l’affût du moindre indice, afin de venir en aide à mon partenaire.

La découverte de Désérable

Je l’ai cependant laissé explorer seul, et me raconter sa propre histoire en écho à celle de Gary. La relation avec sa mère qui considère que l’on n’est pas sérieux quand on est écrivain, mère qui l’obligerait presque à s’inscrire en droit -« ce qu’on fait, le plus souvent, quand à dix-huit ans, on ignore ce qu’on veut faire de sa vie » – où FDH nous répète avec modestie qu’il est docteur, alors que le lecteur est tout à fait capable de reconnaître à la lecture de locutions latines telles que hic et nunc et fraus omnia corrumpit la trace marquée au fer rouge des années écumées sur les bancs de la fac de droit (ou dans les syllabi juridiques, ce qui revient à peu près au même). Je ne l’ai donc pas vraiment suivi dans tous les passages personnels, certains d’entre eux me semblant constituer un exercice de style alourdissant inutilement le récit.

Heureusement, ces passages restent sporadiques et n’enlèvent en rien le plaisir que cette lecture m’a procuré.

Exceptées ces quelques incartades, j’ai beaucoup apprécié les incises de l’auteur (« Et puis il a filé au Dorchester – où il s’est enfilé trois sandwiches au concombre –, avant de retrouver une amie dans une chambre d’hôtel – où il a défendu l’honneur de la France –, et il a fini par se rendre, à la nuit tombée, au Petit Club français de Saint-James, un sous-sol enfumé, blanchi à la chaux, que j’imagine comme ma taverne à Vilnius – moins la serveuse au chemisier blanc largement échancré –, avec aux murs un drapeau tricolore, un portrait du Général et des photos en noir et blanc de Paris. »), ainsi que son humour (« Et treize ans plus tard, ils (ndlr : Gary et sa femme) passent Noël ensemble au Mexique. Au milieu des cactus donc, où dans mon esprit de gringo tout imprégné de clichés des hommes qui s’appellent indifféremment Carlos ou Pedro portent des santiags assez fines, une moustache épaisse, un sombrero plutôt large, sont assis contre un mur où ils s’enfilent des tequilas déjà tièdes, roupillent et parfois, entre deux roupillons, grattent la guitare, et aïe caramba ! C’est donc au Mexique, où, comme on le voit, je n’ai jamais mis les pieds qu’ils ont fêté Noël, en 1958. ») et la présence de photos illustrant le récit, comme par exemple la reproduction du registre des résidents du n°16 de la rue Grande-Pohulanka.

Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable, Gallimard, 271p., 19,50€

Article initialement paru sur www.cetaitpourlire.be
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Aurore, jeune trentenaire bruxelloise, vous fait partager ses pérégrinations littéraires, qu'il s'agisse de romans, de romans graphiques ou de BDs

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