Ma vie d’ovni alimentaire

De nos jours, les régimes alimentaires se démultiplient et on ne sait plus à quel saint se vouer… Si l’overdose de choix et de produits alimentaires – dont l’intérêt nutritif est probablement modéré – ainsi la culture d’une image filiforme de la beauté y sont certainement pour quelque chose, d’autres facteurs – parfois moins souvent évoqués – n’en sont pas moins importants. Allergies, intolérances, maladies, convictions mais aussi préférences, sensibilités et j’en passe… Et quelle qu’en soit la raison, lorsque votre régime alimentaire s’écarte de la norme, la pression sociale vous le fait, tôt ou tard, remarquer… voire payer. Découvrez donc les péripéties de ma vie d’ovni alimentaire !

 

Emmerdeuse dès la naissance

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une alimentation compliquée. C’est d’ailleurs très simple: j’étais, dès la naissance, allergique à tous les laits. Oui, vous m’avez bien lue, tous. Après avoir accusé le coup, ma mère et son ego ont bien dû se rendre à l’évidence que non, je ne les rejetais pas, mais que j’avais tout simplement un système digestif pour le moins délicat.

 

Après ma prime jeunesse faite de biberons de soupes1, je me suis retrouvée confrontée à la dure réalité de l’école : pas de beurre sur mes tartines, pas de biscuits à la récré, des crêpes, oui mais à l’eau et puis surtout pour les anniversaires, pas de gâteaux à la crème pour moi (mais pour les autres, oui, évidement)2.

 

Bref, beaucoup de boulot pour mes parents et des chicons à 10h pour bibi (oui, c’est pas glamour pour un sou mais quand on a 5 ans on ne s’en rend pas tellement compte à vrai dire).

 

Au moins un qui comprend ce qui est bon dans la vie !

Le calme avant la bataille

Avec le temps, mes allergies se résorbèrent. Lait, yaourt, fromage et autres produits dérivés ou contenant du lait m’étaient maintenant accessibles. La transition fut un peu complexe : découvrir le goût d’un snickers et manquer de mourir d’hyperglycémie, découvrir cette infamie qu’est la fêta et pleurer intérieurement à chaque fois qu’il y en a dans la salade… Faut dire qu’après presque une dizaine d’années sans produits laitiers, mon palais n’était pas du tout prêt à découvrir ces saveurs ignorées.

 

Certaines études disent qu’on forge nos goûts durant nos premières années. Mon expérience appuie très fortement ces théories. Si avec le temps j’ai réussi à tolérer voire à apprécier certains produits (quelques fromages très légers en goût, certains yaourts, le chocolat au lait, et d’autres sucreries contenant des produits laitiers), force est de constater qu’ils n’ont jamais été des produits « phares » de mon alimentation, des produits sans lesquels je n’aurais pu survivre ou pour lesquels j’aurais donné ma vie. La société, toutefois, et les carcans dans lesquels elle nous enferme, a fait de moi une adolescente somme toute normale, alimentairement parlant.

 

oui, enfin peut-être pas à ce point-là, non plus…

On the road again

Jusqu’à ce qu’un jour mon système digestif en ait à nouveau décidé autrement. Était-ce parce qu’il était dès le départ incommodant ? Parce que certains nutriments avaient manqué à ma croissance ? Parce que j’étais de nature angoissée ? Que j’avais vécu des traumatismes qui avaient décidé de prendre leurs loges dans mon estomac ? Ou que les inflammations précédentes avaient eu raison de mon système immunitaire? Qui sait ?

 

Après quelques examens médicaux, le verdict est tombé : “vous avez développé une sensibilité personnelle à tout ce qui est trop gras et trop acide”. Le remède ? Éviter ces deux facteurs de douleur, autant que faire se peut. En découle dès lors une élimination drastique de tout ce qui torturait ma digestion. C’était ça ou vivre chaque digestion comme une torture invisible qu’en société il faut bien s’efforcer de cacher.

 

A force d’éliminer les potentielles menaces, mon régime se réduit à rien ou presque, j’en perds l’appétit et les kilos qui vont avec. Le vrai combat devient alors de faire comprendre à mon entourage que non je ne fais pas régime pour maigrir mais juste pour éviter des douleurs quotidiennes qui à la longue étaient devenues ma hantise.

 

Une myriade de réactions…

Malheureusement, peu manger n’aide pas lorsqu’on veut avoir une vie normale. Tout d’abord parce qu’on manque vite d’énergie et qu’on doit manger très – très ! – souvent. Ensuite parce qu’il n’y a pas une seule personne qui ne nous juge pas. Effrontément ou intérieurement.

 

Les moins désagréables sont ceux qui vous envient. De fait, en évitant les graisses ajoutées (huile, beurre, plats en sauce, produits laitiers) et les aliments acides (tomates cuites, vinaigrette, cornichons…) de nombreux plats caloriques passent à la trappe : pizza, spaghettis bolognaise, raclette, frites, hamburger, chips, gâteaux… Bref, tout ce que ceux qui font attention à leur ligne ou à leur alimentation voudraient arrêter. Ils voient donc mon régime comme un cadeau béni des Dieux. C’est vrai que vu comme ça, ça en deviendrait presque positif.

 

Malheureusement, certains sont (faussement ou non) inquiets pour ma santé et/ou hautement ennuyés de me voir manger différemment. Certains culpabilisent en me voyant manger, d’autres sont convaincus que mon régime est une coquetterie ou une volonté de garder la ligne. Certains pensent aussi que si je prenais un médicament, le problème s’envolerait par magie et que je n’ai pas consulté les bons médecins, volontairement ou non.
Junk food vs healthy food

Curieuzeneuzemosterdpot

Bref, tout le monde a une opinion sur le sujet. Evidemment, les questions sur le pourquoi du comment se répètent dès qu’une nouvelle personne surgit dans mon monde (Ô joie).

 

Questions auxquelles je réponds évidemment toujours poliment et le plus précisément possible puisqu’après tout, je n’ai rien à cacher (et puis c’est ça ou arrêter de rencontrer des gens et… à part en allant habiter sur une île déserte, je vois mal comment faire). Quand cela reste bienveillant, au final, je ne m’en formalise pas. Malheureusement, le Abnormalshaming n’a aucune frontière.

 

Labelling people is not the answer

Peu importe les raisons de vos choix – qu’ils soient alimentaires, personnels, professionnels, confessionnels ou autre – il y aura toujours quelqu’un dans votre entourage pour vous juger, douter de la rationalité de vos décisions et tenter de vous faire changer d’avis. C’est la nature humaine, paraît-il, et pour cette raison, toutes les personnes différentes devraient apprendre à vivre avec leurs spécificités et à se battre pour elles.

 

Ce concept me dépasse, pourtant. Qui est normal, en fait ? Et puis c’est quoi la norme ? Il suffit de jeter un oeil à la grammaire française pour comprendre que la « norme », c’est du bullshit en barre. On a essayé de « normer » la langue. Résultat : y’a des exceptions partout et ça a foutu un boxon incommensurable. C’est vrai, comparaison n’est pas raison mais le fait est que si toutes les personnes qui dévient un tantinet de ce qu’on considère être « adéquat » rentrent de facto dans le tiroir »anormales », il doit y en avoir (permettez-moi l’expression) une chiée.

 

Et, du coup, pourquoi devraient-elles continuellement s’excuser, s’expliquer et lutter pour qu’on cesse de les importuner avec des « tu es sûr que… », « tu ne sais pas ce que tu rates… », « tu ne penses pas que tu te trompes… », « c’est quand même bizarre de faire ça mais pas ça » ? Pourquoi devraient-elles êtres mises à l’écart parce qu’elles mangent différemment, n’ont pas d’enfants, sont toujours célibataires, sont gay ou qu’elles ont fait un choix non conforme à la vie toute tracée qu’elles auraient prétendument dû suivre ?

 

Certes, mettre les gens et les choses dans des boîtes a quelque chose de rassurant mais… On a tous nos différences, notre vécu. On fait tous des choix,>on a tous des préférences.
 
Sortir de son petit confort, apprendre à connaître et à comprendre l’autre, le respecter et le soutenir quand il en a besoin, c’est ça qui fait la richesse, la bonté et la beauté de l’être humain. A méditer, la prochaine fois que vous rencontrez quelqu’un de « bizarre »… alimentairement, ou non !

1 Si vous aussi, vous avez vécu ça, dites-le moi qu’on se capte pour un high five, baby  !
2 j’ai toujours été d’un altruisme effarant comme vous pouvez le remarquer !
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