Le Malade Imaginaire – Théâtre Le Public

Le Malade Imaginaire n’est pas seulement la dernière pièce de Molière, dont la légende est restée dans les mémoires, c’est aussi l’une de ses comédies les plus grinçantes. En cette fin de saison, le Théâtre Le Public s’en empare avec finesse pour vous faire passer une joyeuse soirée.

Dès la première scène, la célèbre tirade d’Argan faisant ses comptes donne le ton. Michel Kacenelenbogen campe un malade imaginaire plus névrosé que jamais, obnubilé par ses ordonnances, ses lavements, ses potions et autres médicaments. Son entêtement égoïste va le pousser à promettre la main de sa fille Angélique à Thomas Diafoirus, sur le seul argument qu’il est médecin. Evidemment, Angélique a déjà jeté son dévolu sur Cléante et refuse d’épouser qui que ce soit d’autre. Entre Toinette, la servante, qui se range du côté de sa fille, sa seconde femme Béline qui rôde en vautour autour de son héritage et ses médecins qui lui prescrivent des montagnes de remèdes, Argan a le tournis et se complaît dans l’hypocondrie.

Ses grimaces sont aussi les nôtres, celles de l’être humain, geignant continuellement, se vautrant dans l’auto-apitoiement. Et en cela, elles sont d’autant plus justes et drôles qu’elles sont exagérées.

Car Molière, en plus de railler les médecins en leur prêtant des diagnostics plus absurdes les uns que les autres dans des scènes où le comique atteint son apogée, s’attaque à toute la médecine. Sous les traits d’Alexandre Von Sivers incarnant Béralde, le frère d’Argan, la pensée de l’auteur transparaît clairement : la médecine tue plus qu’elle ne soigne. N’est-ce pas là une considération des plus actuelles ?

La mise en scène pleine d’espièglerie de Patrice Mincke souligne parfaitement les angoisses du malade imaginaire tout en insufflant à la pièce une atmosphère décalée, notamment via des choix musicaux audacieux qui fonctionnent à merveille.

Dans un décor à cinq portes savamment utilisé, les personnages gravitent autour d’Argan, poursuivant chacun un dessein personnel. Anne Sylvain, très en forme, nous ravit dans son rôle de servante effrontée dont on savoure le double-jeu. Il y a également dans le jeu de Damien De Dobbeleer une fraîcheur qui ravive la tirade amoureuse de Cléante et dans celui de Maroine Amimi une précision qui sublime le ridicule dans lequel s’étale complètement son personnage.

Le Public réussit une fois de plus son pari, emportant ses spectateurs dans des éclats de rire jusqu’à la scène finale, où malade et médecins se confondent, nous rappelant peut-être à quel point l’hypocondrie est un mal de notre temps.


Le Malade Imaginaire

Jusqu’au 25/06/16 au Théâtre Le Public, 64-70 rue Braemt à 1210 Bruxelles.

Du mardi au samedi à 20h30 – Durée 1h40.

De: Molière

Mise en scène : Patrice Mincke

Avec Michel Kacenelenbogen (Argan), Anne Sylvain (Toinette), Maroine Amimi, Bénédicte Chabot, Didier Colfs, Damien De Dobbeleer, David Leclercq, Lise Leclercq, Jean-François Rossion, Camille Voglaire, Alexandre von Sivers.

Une création et coproduction du théâtre Le Public et de Del Diffusion Villers.

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