Maman, les petits bateaux?

Sachez-le: utiliser le mot latin « camera » pour expliquer la palatalisation en français n’est pas forcément la meilleure idée qui soit.

Bien sûr, pour vous, latiniste averti, « camera » réfère de loin et sans équivoque à la pièce douillette où vous retrouvez votre lit bien moelleux à la fin de la journée, fourbu par le travail abattu, mais pour les jeunes (voire les moins jeunes) qui n’ont pas – encore (ou qui n’auront jamais, en fait) – leurs entrées dans le monde huppé des Mortes Langues, ce terme « plus courant tu meurs » désigne simplement l’objet qui leur sert à faire des films (qui finiront immanquablement sur Youtube, Facebook ou chez Video Gag pour les plus âgés).

Alors, de fait, expliquer que le son « k » + la voyelle « a » a donné « cha » dans l’évolution linguistique de notre belle langue les rend perplexes: « Mais on dit pas « chamera… », « Quel rapport entre chambre et camera? », « … » (trad.: « t’es pas en train de me raconter des « carabistouilles* », là? »).

Ah ouais, m… zut! Maintenant je dois expliquer l’existence, dans notre belle langue, de deux types de mots: ceux qui ont subi une évolution linguistique en étant machouillés au fil des siècles par les locuteurs et ceux d’origine « scientifique », pêchés directement dans le lexique et replacés dans le vocabulaire français sans passer par la case je perds mon « m » et mon « a » devient un « e ».

… Deuxième fausse bonne idée:

Terminant fièrement votre explication – rapide parce que le but n’est pas de faire un cours d’étymologie, non plus – par: « Et c’est pourquoi « camera » a donné « chambre » et « caméra » comme « scala » a donné « échelle » et « escalier »! », vous remarquez que le regard perplexe de votre locuteur est loin d’avoir disparu. Si le lien entre les deux objets que sont une échelle et un escalier peut être retrouvé par… à peu près n’importe qui, l’adjonction préfixale d’un « e » devant les mots commençant par une sifflante suivie d’une occlusive sourde ou d’une nasale n’a jamais forcément frappé le commun des mortels qui ne se soucie aucunement de savoir d’où viennent les mots qu’il enchaine à la queue-leu-leu, wagons sans prétentions, parfois même à l’aspect miteux, qui recèlent des trésors dont il n’a pas idée. Ainsi, outre le fait qu’il doit insérer dans son crâne non pas un mais deux phénomènes phonétiques, le pauvre ne voit toujours pas le rapport entre la chambre et la caméra et pourquoi on a été foutre un « b » dans ce p… satané mot !

Si vous ne faites ni une ni deux (après tout, on dit « Jamais deux sans trois », non?) en expliquant un troisième phénomène phonétique avec l’affaissement de la voyelle interconsonantique « e » et l’ajout d’une labiale pour faciliter la prononciation (camre ou chamre n’est pas, en effet, une partie de plaisir prononcial) en ajoutant en guise d’excuse: « Oui la langue fait des choses bizarres quand elle est mastiquée par des millions de gens » (sans s’appesantir, bien sûr, sur le côté non hygiénique de la chose), la raison de l’appellation d’un engin servant à capturer des images vivantes par un terme signifiant « chambre », ce n’est plus une question de langue mais des sciences (et vas-y qu’on s’enfonce un peu plus dans les digressions) et vous qui vouliez simplement offrir une anecdote à votre charmant interlocuteur, vous avez l’air con.

La solution?

Couper court aux questionnements incessants parce que vous n’avez pas envie d’y rester trois heures et que votre cerveau fatigué est impatient de profiter du repos bien mérité qui vous attend de pied ferme (ben ouais, c’est pas par hasard que vous aviez choisi le mot « chambre, comme exemple, n’est-ce pas!): Ouais, donc le mot latin « camera, ae » a été repris par des scientifiques pour désigner l’objet connu sous le nom « camera » àcausedelachambrenoire et donc voilà.
BREF! OU EN ETIONS-NOUS, DONC?

Seulement, parfois, on a quelques récalcitrants : Non mais la chambre noire c’est pas l’endroit où on développe les photos? Un film on le développe pas, hein, on le met sur l’ordinateur ou sur un DVD »

Et là, on hésite quand même un peu…

Mais juste un peu, hein.

Ecoute coco, Google est ton ami! Et Wikipédia aussi, pour l’occasion:

Ben ouais, qui a dit qu’on devait aussi expliquer des principes physiques en linguistique, non mais!

* puisque ce blog est censé être ouvert au public, évitons les termes grossiers même s’il va de soi que cette formulation ne correspond probablement pas à celle qui leur vien(drai)t à l’esprit.

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