Marco Polo tient la route mais…

Lorenzo Richelmy (L) and Tom Wu (R) in a scene from Netflix's "Marco Polo." Photo Credit: Phil Bray for Netflix.

Il y a à peine quelques jours, le 12 décembre, Netflix, le service de streaming disponible en Belgique et en France depuis septembre, étoffait son catalogue à l’aide d’une série produite par ses soins, Marco Polo, dont vous aurez sans doute déjà tous entendu parler tant le tapage publicitaire et médiatique fut au rendez-vous. L’attente était grande après que Netflix nous ait gâtés en 2013 avec deux séries particulièrement réussies : House of Cards et Orange is the New Black. À 9 millions de dollars US (un peu plus de 7,2 millions d’euros) en moyenne par épisode, le budget de cette série en dix épisodes (tous rendus disponibles en même temps) bat des records. Si le résultat est plaisant, il est loin des espoirs que ce concurrent affiché de Game of Thrones a pu susciter. Les épisodes durent environ 50 minutes et peuvent être regardés aussi bien en anglais qu’en français (d’autres langues sont disponibles), avec ou sans sous-titres. Créée par John Fusco, la série s’appuie, pour les deux rôles principaux, sur le jeune acteur italien Lorenzo Richelmy alias Marco Polo et Benedict Wong, l’empereur mongol.

Qu’en est-il du scénario ? On y retrouve un cocktail classique entre jeux de pouvoir, violence, secrets, sexe, batailles, le tout parsemé d’arts martiaux. En effet, cette série a le mérite de mettre en scène des événements qui se déroulent en Asie, ce qui change de la plupart des fictions du genre qui prennent place dans l’Europe médiévale et chrétienne ou dans un monde imaginaire s’en inspirant. L’histoire de Marco Polo, qu’on se représente comme un vieil homme de par ses portraits les plus connus, telle qu’elle nous est ici contée, est celle d’un jeune homme en soif d’aventure qui se retrouve, dans une position ambivalente d’invité-prisonnier, témoin des actions de l’empereur mongol Kubilai Khan. Si le héros est jeune et dynamique, mais aussi soucieux de comprendre les us et coutumes du peuple hôte, il reste malgré tout dans une position assez fragile, son destin incertain pouvant chanceler au gré des sautes d’humeur des puissants. À la fois marchand, diplomate et aventurier, le Marco Polo dépeint ici se fait surtout aventureux et guerrier. On découvre par ses yeux les tensions qui prennent place au XIIIe siècle entre l’empire mongol (qui contrôle déjà une partie de la Chine) et la dynastie Song (qui contrôle encore la Chine du Sud), mais aussi au sein de ces deux Cours, le pouvoir n’étant jamais acquis définitivement.

La série voit s’entremêler différentes thématiques : politique (successions contestées, alliances, trahisons), sexe (dans l’intimité ou au sein du plantureux harem de l’empereur), violence (torture, meurtres, batailles), honneur (réputation, bravoure, héritage), émotions (jalousie, amour, haine), mais aussi des mensonges et secrets, de longues cavalcades, des danses colorées, etc. Les arts martiaux occupent également une place importante dans Marco Polo qui, par sa scénographie, rend hommage aux films du genre. Si les combats ont une place importante dans la série, les paroles ne sont pas en reste. De longues discussions (pas toujours très fournies en mots) ont lieu, sur le rôle de l’épouse, le ver à soie, l’ouverture aux étrangers, la filiation, etc. S’y ajoutent des scènes qui font la part belle à l’esprit, par le souci de réflexivité de Marco Polo (qui tient un carnet de voyage) ou par les micro-leçons de philosophie orientale distillées par certains personnages au gré de phrases énigmatiques.

Au final, Marco Polo vaut sans doute le détour, sans être la série de l’année pour autant. On regrettera que tous les personnages, le héros, les Mongols et les Chinois, s’expriment dans la même langue, ce qui fait perdre toute vraisemblance à leurs échanges et induit certaines situations auxquelles il est difficile de croire. Il faut enfin noter qu’il ne s’agit pas d’une série historique, même si elle s’inspire fortement de l’histoire dans la construction de son cadre narratif.

Marco Polo, depuis le 12 décembre 2014 sur Netflix.

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