Master Class : Coppola, le visionnaire

En ce jour de janvier, Paris avait rendez-vous avec une légende du cinéma à l’occasion de la master class de Francis Ford Coppola, l’événement incontournable de la cinémathèque française dans le cadre de son tout nouveau festival Toute la mémoire du monde.

Venu soutenir la restauration de plusieurs chefs-d’œuvre du 7eme art (dont celle du Napoléon d’Abel Gance dont il possède les droits) mais aussi évoquer son œuvre (dont certains films mineurs, rares et quasi oubliés) Francis Ford Coppola, l’homme aux cinq Oscars et deux palmes d’Or a fait honneur en tant que parrain de ce festival initié en 2012 et consacré au film restauré (l’équivalent parisien du festival Lumière à Lyon).

Cette master class a été l’occasion de nous plonger au cœur des années 80 et du rêve fou de celui qui reste l’un des cinéastes les plus visionnaires de toute l’Histoire du cinéma.

A cette période, Coppola va créer son propre studio, Zoetrope, dans le but de retrouver son indépendance et s’affranchir de la mainmise du système hollywoodien et l’uniformisation des films. Rappelons-le, à l’orée des années 80, Coppola (qui vient de réaliser Apocalypse Now et a obtenu une Palme d’Or) est le dieu du Cinema loin devant Scorsese ou Cimino. Malgré tout, sa carrière reste parsemée de combats permanents contre les studios: il devra ainsi imposer Marlon Brando et Al Pacino malgré l’avis de la Paramount pour le Parrain.

Il souhaite avec Zoetrope pouvoir garder sa liberté de création et d’auteur comme une alternative à la puissance des Majors. Comment? Grâce à de petites caméras vidéos, il va parvenir à révolutionner les méthodes de tournage et ainsi maîtriser toute la chaîne de production.

Malheureusement, Zoetrope, trop avant-gardiste, est encore une utopie et restera une tentative prématurée de gagner son indépendance. Malgré son échec, Zoetrope témoigne du projet d’un cinéaste visionnaire finalement en avance sur son temps. Il faudra attendre la fin des années 90 pour que les tournages en numérique se démocratisent.

La master class se poursuit avec la diffusion du 1er film réalisé par Zoetrope  Coup de Coeur . Ce n’est pas le plus populaire des films du cinéaste, il demeure pourtant un film clé de sa filmographie. Jamais repris en salles, ni diffusé à la télévision, rare en DVD, Coup de Coeur est « le grand petit film » mal aimé de Coppola qui en sortira ruiné, contraint de fermer son studio et retourner travailler pour les autres.

Ce film hors normes (non pas seulement en raison de son budget colossal) reste aujourd’hui encore emblématique du combat de son auteur contre la politique des studios. Coup de coeur est une œuvre de magicien , une fresque musicale et une symphonie visuelle. Sa prouesse technique reste aujourd’hui encore indéniable grâce aux dernières technologies qu’il utilise (le fond vert, les effets spéciaux digitaux, le montage virtuel sur ordinateur) devenues les bases du cinéma numérique d’aujourd’hui.

Coup de cœur

L’histoire est celle d’un couple qui, suite à une scène de ménage, part se perdre séparément dans les rues nocturnes de Las Vegas où on fête le 4 juillet. Parmi la foule, chacun trouvera le partenaire extraconjugal idéal, le temps d’une nuit.

Coppola mettra tout en œuvre pour évoquer les rêves et les désillusions de ses personnages. Entièrement tourné en studio (avec entre autres la reconstitution d’une rue de Las Vegas afin de rendre au mieux le côté artificiel et irréel de la ville) avec des effets spéciaux digitaux encore balbutiants, Coup de Coeur est un foisonnement visuel qui oscille sans cesse entre la comédie musicale et le conte.
Mais Coppola finira par se perdre face à ce pari fou et à cette impressionnante machinerie. Boudé par le public, le film est un échec et sonne le glas des rêves de grandeur de Coppola qui doit se résoudre à faire des films de commandes (comme Peggy Sue s’est mariée en 1986) pour rembourser les pertes.
Coup de coeur est pourtant l’un des plus rares , des plus étranges et des plus beaux films de Francis Ford Coppola.

En 1988, son film Tucker, l’histoire d’un inventeur visionnaire confronté au puissant système industriel évoque cette période de sa vie. Son indépendance, il la retrouvera en 2007 avec L’Homme sans âge.

Invité du Festival Toute La Mémoire du monde, consacré aux films restaurés et aux nouvelles technologies numériques, Coppola est revenu sur la 3D, « un accessoire sympathique » pour lui mais qui n’est pas l’avenir du Cinéma même s’il reconnaît que le Cinema entre aujourd’hui dans « une ère très excitante de changements et d’expérimentations ».

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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