Matthieu Thonon, caméléon bruxellois des beaux lendemains

Les 27 et 28 février prochains, plusieurs artistes de notre terroir défendront leurs chances aux demi-finales du concours Du F. dans le texte, le concours des artistes qui chantent en français, organisé par le Conseil de la Musique. C’est l’occasion de vous présenter un de ces talentueux prétendants en la personne de Matthieu Thonon. 

Il s’est bien joué de nous, Matthieu Thonon. Oui, il nous a bernés avec son premier clip, un titre à la Chedid (Louis, hein!) et quelques accords à la Knopfler sur l’entêtant Pas de chance, très bon au demeurant. Cela nous avait suffi à le cataloguer comme chanteur émergeant pas méchant mais faisant comme celui-ci, ou celui-là… Erreur monumentale! Les aprioris, c’est pas bien! Je devrais le savoir. Et Matthieu Thonon, au fil de ses Beaux Lendemains, son premier effort discographique, se révèle d’une personnalité attachante et terriblement talentueuse.

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Car oui, Matthieu Thonon a de la personnalité. Mieux que ça, il a un univers, tantôt barré et loufoque, tantôt corrosif, souvent émotionnel. Avec une voix parfois posée, mais s’évadant parfois en effet très spéciaux (dès le premier titre Dans ma bulle déstructuré avec des envolées lyrico-hispanique). Parce que Matthieu Thonon, c’est un peu un jukebox, un caméléon diversifiant aisément les influences, les sonorités à chaque chanson mais gardant une cohérence intacte, ne donnant pas l’impression de se perdre: il y a du tzigane tendance Camping Sauvach’ sur C’est ça le monde; un Pas de chance chedidien (nous l’avons dit); un rétro-organique Elle est ronde, un -encore plus- rétro et jazzy swing Wetteren hot potatoes, un jazz feutré Péripatéticienne avec cette voix des vieux feuilletons radio, un rock façon Axel Bauer Public privé, un Dyonysosien Rose Bonbon, un rock aussi crépusculaire qu’hilarant Marie, un fort en choeurs Oh les beaux jours, une berceuse musée et, en bonus, un plus électro et totalement crescendo Accidents.
Et non content d’aligner toutes ses inspirations avec brio, Matthieu Thonon passe tour à tour derrière les synthétiseurs, le piano, le glockenspiel, l’orgue, le xylophone,… et surtout la guimbarde! Quelle bonne idée l’artiste a-t-il eue de remettre au goût du jour ce petit instrument qui – introduit dans la bouche servant de caisse de résonance – une fois la lamelle actionnée par les doigts, émet ce son si particulier et reconnaissable, une sorte de bourdonnement. Cette touche apportée à ses musiques est vraiment un excellent choix, festif mais apportant aussi de la profondeur et du rythme.

Puis, il y a des textes, Matthieu Thonon en a incontestablement le sens. Ils sont empreints de second-degré (les lieux où se suicider à Bruxelles sur un ton très joyeux avec Pas de chance), de surréalisme mais d’engagement aussi comme avec Wetteren Hot Potatoes contre les OGM, Péripatéticienne véritable banderille contre les politiciens et banquiers (pas sans rappeler les envolées d’un Mokaiesh) tandis que Public privé dresse le portrait d’un PDG que la privatisation arrange bien quand elle concerne ses petites affaires personnelles mais pas en cas de dette, de faillite ou de banqueroute. Puis, il y a ce merveilleux Marie écrit par Emmanuelle Bonmariage et chantée avec Barbara Malter Terrada, savoureuse discussion téléphonique (aux arrangements menaçants) entre Marie qui a pris la fuite et Joseph, et puis Luc aussi. Le mari de Marie a en effet débarqué chez Joseph qui veut la faire revenir parce qu’il… l’aime aussi. Rocambolesque et au fur et à mesure de plus en plus ubuesque. Enfin, Accidents, tendu et mortuaire (« Quand les feuilles en auront fini de tomber, qui te regardera? Quand les hommes en auront fini de jouer, Qui te regardera?« ), conclut cet album remarquable et puissant.

Matthieu Thonon est une révélation, d’un style, d’un talent de musicien et d’interprète, mais aussi de raconteur d’histoire hors-pair. Un inventif aussi, se renouvelant à chaque chanson. Thonon est un artiste de ceux qu’on se doit d’encourager au détriment des bouses servies parfois en radio. Une illumination dans le ciel gris de Belgique. On est content qu’il soit sorti de sa bulle, celui-là!

Matthieu Thonon, Les Beaux Lendemains, auto-produit. Disponible sur Itunes, Deezer, Amazon ou Emusic

En concert: le 21 février à la Fnac City 2 de Bruxelles, le 25 février aux Riches Claires à Bruxelles, le 27 février à 19h30 à la Maison des musiques de bruxelles (dans le cadre du concours du F. dans le texte), le 13 mars à L’esprit Frappeur de Lutry (Suisse), le 20 mars à L’escale du Nord à Anderlecht, le 29 mai au Cabaret Chez Émilie à Anderlecht, les 2 et 3 octobre à la Samaritaine de Bruxelles.

Pour plus d’infos: Page Facebook et www.matthieuthonon.tk

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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