Médée au Théâtre des Martyrs

La tragique histoire de Médée est bien connue : folle de rage et de jalousie suite à la trahison de son mari Jason pour lequel elle avait sacrifié famille et patrie, elle décide de se venger en le privant des siens.

Médée représente le monstre, la sorcière, qui, déchaînée par la passion et la colère, préfèrera accomplir un acte odieux plutôt que de se résigner à son sort et accepter sa défaite. Mais Médée incarne également la dignité féminine: petite fille du soleil, princesse de sang royal, elle s’élève seule contre le pouvoir des hommes, qu’elle ose remettre en cause en perpétrant un acte qui questionne son humanité et la leur. L’infanticide qu’elle commet, considéré de partout et de tout temps comme l’interdit total et absolu, est à mettre en balance avec la trahison qu’elle subit. Elle représente enfin l’étrangère, l’exilée, bientôt l’apatride, forcément suspecte, dont la force symbolique rencontre aujourd’hui encore une forte résonance.

Le Théâtre en Liberté aspire dans sa note d’intention à ce que « le spectateur […] soit aussi inquiet, aussi envoûté, aussi fixé sur l’événement qu’on lui propose que s’il assistait à un sacrifice. » Hélas, si ce spectacle commence dans l’angoisse des cris déchirants de Médée et dans l’attente fébrile du chœur des Corinthiens quant au sort réservé à leur maîtresse, la proposition peine à maintenir la tension sur la durée. Malgré une interprétation remarquable de Hélène Theunissen, qui assure son rôle de femme bafouée et colérique avec panache, la rage, la noirceur et la soif de vengeance s’étiolent au fil de la pièce.

Médée 1

Le chœur des Corinthiens, s’il donne vie à la pièce en animant la scène et en donnant du relief grâce aux effets de mouvements et aux chants qui viennent renforcer la puissance de l’histoire, ne parvient pourtant pas à ancrer la tragédie. Daniel Scahaise, dans sa mise en scène et sa scénographie, a pris le pari du naturalisme et du XXIe siècle : Il éloigne ainsi Médée de la Grèce antique pour nous la rendre plus contemporaine, au travers des costumes, du décor, et des activités des Corinthiennes, et, si la démarche peut être justifiée tant la pièce propose de problématiques modernes (féminisme, morale du couple, statut de l’étranger, etc.), elle finit par trop dédramatiser l’intrigue.

En évitant les éléments grecs traditionnels sans les substituer à d’autres tout aussi tragiquement symboliques, et malgré le jeu d’acteur globalement bon, cette Médée ne parvient pas à partager pleinement la noirceur et la complexité de ses sentiments.

Du 17/09/2014 au 25/10/2014 au Théâtre des Martyrs

Texte de : Euripide

Avec : Daniela Bisconti (la nourrice), Bernard Marbaix (Le pédagogue), Mathieu Alexande et Loïc Dombret (les enfants), Hélène Theunissen (Médée), Laurent Tisseyre (Créon), Stéphane Ledune (Jason), Robert Guilmard (Egée), Jaoued Deggouj (Serviteur de Jason), Julie Lenain (Créuse), Sylvie Perederejew (Le coryphée), Daniel Dejean (L’aède), Renata Kambarova (La flutiste), ainsi que les élèves du Conservatoire royal de Bruxelles (chœur des corinthiens)

Mise en scène et scénographie : Daniel Scahaise

Tarifs : de 16,50€ à 7,50€

Durée du spectacle : 1h50

Plus d’informations sur le site du Théâtre des Martyrs

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