Médor 6, une identité graphique renouvelée

Le n° 6 de Médor, trimestriel belge d’enquêtes et de récits (dont vous pouvez tenter de gagner un exemplaire jusqu’au 25 avril !), a salué l’arrivée du printemps avec une couverture assez étonnante : une photographie d’un épais gâteau, représentant une carte satellite de la Belgique, découpé de sorte à rappeler un pays « victime de ses chamailleries » et de la prépondérance des intérêts privés. Cette identité graphique surprenante, nous la devons au duo composé par la plasticienne Roberta Miss et le photographe Mathieu Lecouturier qui furent les premiers à remplir cette nouvelle fonction de « pilote visuel punk » d’un numéro, dont le rôle est d’accroître plus encore l’originalité graphique de Médor, sa cohérence, mais aussi sa force de proposition et d’expérimentation.

Par-delà cette couverture moelleuse, Médor continue son travail de décryptage de la Belgique, de ses forces mais aussi, surtout, de ses faiblesses, s’interrogeant sur toutes sortes de questions sociales, d’actualité et de fond, mais dévoilant aussi des problèmes rampants et sous-estimés de notre société.

Dans son article « Les derniers éléphants », la journaliste Chloé Andries, née dans une petite ville française à 15 km de la frontière belge et au nom tout ce qu’il y a de plus flamand, s’intéresse à ces Flamands qui, de l’autre côté de la frontière, revendiquent leur identité particulière, la défendent et la promeuvent, notamment par l’enseignement d’une langue qui était encore parlée par les anciennes générations, le « vlamsch » (du flamand occidental, en somme), dont ils aimeraient qu’elle soit reconnue par l’Éducation nationale comme une langue régionale. Si certains, en quête d’une place dans une société où leurs repères semblent bouger trop vite, se replient sur cette identité et s’en servent pour rejeter tout ce qui n’est pas flamand, et au premier rang les étrangers, on découvre surtout des hommes et des femmes qui, avec passion, défendent et font vivre un patrimoine immatériel menacé, dans un esprit de partage.

Que saviez-vous du fonctionnement du contrôle aérien en Belgique ? Sans doute pas grand-chose. Une fois que vous aurez lu l’article du journaliste Cédric Vallet, au doux titre « Le crash-test », vous aurez préféré rester dans l’ignorance. On découvre ainsi comme les bugs techniques et informatiques à répétition rendent de temps à autres les contrôleurs aériens quasiment aveugles, comment le personnel est en nombre insuffisant de façon chronique, enchaînant les heures supplémentaires… jusqu’à en perdre leur capacité de concentration. Plongée dans le monde terrifiant de la « sécurité » aérienne belge, de ses problèmes de concertation, de régime linguistique et de niveaux de pouvoir, où des hommes et des femmes font de leur mieux pour rester attentifs derrière leurs écrans.

Au menu de ce numéro, se trouvent aussi du sexisme ordinaire, de la recherche médicale de pointe, de la musique pointue, des polluants dans l’eau du robinet, une station scientifique belge à Antarctique dont les activités sont gelées, des arnaques, de la politique et de la communication… politique, mais aussi des bonnes nouvelles (cela fait toujours plaisir!), des caméras de surveillance ou des photos de carnavals, pour faire le plein de paillettes. Bonne nouvelle, il ne reste déjà plus que deux mois à attendre pour le Médor suivant !

Médor : les yeux ouverts. Trimestriel belge d’enquêtes et de récits, n° 6, printemps 2017, 17 €. ISSN : 2466-6718.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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