Médor tout poils tout plumes

Dans son 8e numéro, sorti le… 8 septembre, l’équipe de Médor a franchi un nouveau pas dans l’expérimentation, qui a de quoi laisser perplexe de prime abord, tant la démarche est… peu commune.

En effet, depuis quelques temps, un (ou plusieurs) « pilote punk » est chargé de l’apparence graphique de tout un numéro, ce qui est l’occasion d’exercices de recherche graphique, mais aussi d’une cohérence accrue, le tout se faisant sous sa houlette (le n° 7 prenait ainsi des airs de bande dessinée, par exemple).

Ce Médor commence par ces quelques mots qui donnent le ton : « Avertissement : au gré de votre lecture, vous croiserez des autruches, une chèvre des montagnes Rocheuses, des ours bruns, un arum titan et un lamantin. Mais Médor n’a pas mué en revue zoologique, il a simplement invité un artiste à dynamiter ses pages. Et le mec, il l’a fait… ».

Là où la presse illustrerait habituellement l’article d’Olivier Bailly sur le juteux business des médicaments importés « parallèlement » en Belgique, et remballés sous un autre nom, par l’une ou l’autre image potentiellement angoissante, Yves Prévaux, aidé du photographe Axel Korban, a choisi en double page une photographie de deux gros poissons suivis, entre autres, par un serpent et des insectes colorés.

Dans une démarche inspirée des classiques bestiaires, les deux artistes se sont rendus au musée d’histoire naturelle de Milan pour prendre quelques clichés d’animaux empaillés placés dans des décors imitant leur environnement naturel passé. Des images à la rien à voir donc, pour illustrer le trimestriel, à moins que les postures de ces animaux, parfois en train de se combattre, de se concurrencer ou de supporter le poids des ans nous en disent plus que n’importe quelle illustration « réaliste » sur le contenu des articles ? À chacun d’en juger… 😉

Au menu, un court article sur le libertinage et sa – relative – banalisation dans notre plat pays, une enquête de Grégoire Comhaire sur « la guerre des houblons » qui fait rage entre brasseurs artisanaux et « faux » brasseurs (qui jouent pourtant également la carte de l’artisanat, du bio ou du local), dans un milieu où la tradition occupe encore une place importante. D’autres articles traitent aussi, comme d’habitude dans Médor, de scandales et d’affaires, sur terre comme sur mer, ainsi que de la pollution de l’air à Bruxelles, qui semble minimisée par les autorités, tandis que Charleroi ne laisse aucune chance au cycliste.

Un nouveau numéro à compulser sans tarder, à aller acheter si ce n’est pas déjà fait, pour y découvrir un savant mélange de questions de société, de combines obscures, d’infos plus légères mais non moins intéressantes, et, surtout, cette expérience graphique complètement loufoque… qui vous fera peut-être vous étonner de l’absence d’animaux dans vos prochaines lectures.

Médor : les yeux ouverts. Trimestriel belge d’enquêtes et de récits, n° 8, automne 2017, 17 €. ISSN : 2466-6718.

Tags from the story
Written By

Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *