Médor, un trimestriel qui a du flair…

…et on ne peut que s’en féliciter et souligner le travail d’enquête scrupuleuse, sérieuse, approfondie, que la rédaction de Médor (le journal, pas le chien… ok, ce n’est plus rigolo, pour peu que ça l’ait jamais été ?) réalise déjà un peu plus d’un an. Ce sont ces informations et révélations, concentrées comme elles le sont rarement ailleurs, qui permettent au trimestriel de cette coopérative journalistique de déjà confirmer son statut de référence tout en persistant dans sa volonté de proposer quelque chose de différent, tant sur le fond que sur la forme.

Chaque numéro est en effet une surprise car, confectionné artisanalement, quelques coquilles côtoient des trouvailles visuelles surprenantes, amusantes, exploratoires, voire parfois simplement de mauvais goût. L’expérimentation est en effet au fondement cette aventure éditoriale rafraîchissante, les auteurs de bandes dessinées, les illustrateurs et autres professionnels de l’image s’en donnent à cœur joie, tandis que le contenu traite de sujets variés relevant surtout de questions sociales et politiques relatives à la Belgique (surtout francophone, mais pas exclusivement, et c’est assez rare que pour le souligner !), mais aussi de questions culturelles, artistiques ou éthiques.

Le sommaire de ce cinquième numéro, paru le 15 décembre 2016, est à nouveau explosif et révèle à nouveau tout le flair de la rédaction. Au menu, une enquête à charge sur Stéphane Moreau, en prélude aux révélations sur Publifin qui ne sortiront dans la presse que plusieurs jours plus tard. On y apprend notamment comment ce mandataire socialiste a cherché à mater une grève en menaçant les travailleurs de l’entreprise privée (mais détenue par les pouvoirs publics) qu’il dirige, ou redécouvre les quelques soucis qu’il a rencontrés après avoir essayé de faire passer un voyage de loisir pour un séjour professionnel, tous frais payés.

Amélie Mouton et Pedro Monaville reviennent sur la figure de Patrice Lumumba, héros de l’indépendance congolaise, qui fut, durant à peine quelques mois, le premier chef du gouvernement de l’État nouvellement constitué, avant d’être assassiné, avec la bienveillance et un coup de pouce des autorités belges. Un nom qui gêne encore aujourd’hui en Belgique et qui semble extrêmement compliqué à évoquer et ne parlons même pas du fait de l’honorer à sa juste valeur.

Le lecteur de ce numéro de Médor découvrira aussi le vide laissé par Jacques Van de Biest, le fameux curé des Marolles, décédé l’année passée à 86 ans, en apprendra plus sur les sirènes des véhicules de secours (mélodie, bruit, utilisation, tout y passe), sur le culte de la performance, les ados et les salles de fitness, mais aussi sur la démultiplication des centres commerciaux au Nord de Bruxelles ou la souffrance psychique des doctorants flamands, soumis à d’importantes pressions sur leur lieu de travail.

Bref, un condensé de bon journalisme. Que demander de plus ?

Médor : les yeux ouverts. Trimestriel belge d’enquêtes et de récits, n° 5, hiver 2016-2017, 17 €. ISSN : 2466-6718.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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