Megadeth (+ Spoil Engine) à l’Ancienne Belgique

Face à la concurrence de salles mieux achalandées pour accueillir les représentants du genre (comme le Biebop de Vosselaar ou le Trix d’Anvers), il est devenu de plus en plus rare de voir un groupe de métal renommé passer par la capitale belge. Ainsi, lorsqu’une pointure telle que Megadeth décide de poser ses valises à l’Ancienne Belgique lors de sa (nouvelle) tournée européenne, il n’a pas fallu longtemps pour nous décider à acquérir le précieux sésame rouge.

Pour beaucoup, le nom de ce combo ne signifiera strictement rien. D’aucuns le trouveront même un peu ridicule. Et pourtant derrière ce patronyme, se cache une icône du trash metal, membre du fameux Big Four (avec Metallica, Slayer et Anthrax) et auteur de pièces célèbres telles que Holy Wars… The Punishment is due, Symphony of Destruction ou encore A Tout le Monde. Aujourd’hui, si cette référence prenait la peine de passer dans notre Plat Pays, c’est à la fois pour fêter le vingtième anniversaire de leur album Countdown to Extinction mais aussi pour promouvoir leur nouvel opus Super Collider qui paraitra dans les bacs le 4 juin.

Devant de telles perspectives, le public ne pouvait que répondre en masse et à moins d’être arrivé très très tôt (ce qui n’était pas notre cas), trouver une place décente dans la salle relevait d’une haute lutte et ce, avant même le début de la première partie ! Cette dernière était d’ailleurs assurée par le groupe belge Spoil Engine dont la prestation surpuissante a eu le mérite de chauffer l’assistance avant l’arrivée du leader Dave Mustaine et de ses acolytes.

À 21 heures précises, l’artiste tant attendu foule la scène sous les premières mesures de Trust et l’ovation d’un public déjà conquis à l’avance. Le groupe ne laisse d’ailleurs pas son auditoire souffler en enchainant coup sur coup quatre chansons dont l’inédit Kingmaker qui, malgré sa diffusion récente, semble recueillir les suffrages de la foule. Un répit de courte durée est ensuite accordé, le temps pour les musiciens de changer d’instruments, avant de repartir de plus belle pour une nouvelle salve dédiée à la double décennie du cinquième album de leur discographie. Globalement, la setlist est avalée à un train d’enfer et si cette démarche a le mérite de ne pas faire retomber l’ambiance (hormis, bien évidemment, quand une ballade fut jouée), c’est souvent au détriment de la communication avec le public.

Les instants de communion avec le public ont pour ainsi dire été inexistants ou alors trop calibrés pour susciter l’engouement nécessaire à leur fonctionnement. L’absence de ce rite qui donne tout son sel à l’exercice de la représentation live a eu pour conséquence d’affadir quelque peu la prestation du quatuor américain. Ce ternissement est d’autant plus regrettable que le groupe paraissait en forme avec notamment un Chris Broderick enchainant les prouesses techniques avec une facilité déconcertante, un Shawn Drover toujours aussi carré dans son jeu et surtout un Dave Mustaine de bonne humeur, attitude qui n’est jamais vraiment acquise lorsqu’on connait l’égo démesuré de l’homme. En revanche, Dave Ellefson nous a semblé très effacé, se contentant de jouer ses lignes de basse sans envie alors qu’il avait été une des pierres angulaires de l’excellente prestation du combo lors de son précédent passage dans nos contrées en 2011. À ce propos, on notera l’effort fourni au niveau de la logistique : en effet, trois écrans diffusant images et paroles remplacent la traditionnelle (et très monotone) bâche de fond de salle. Une innovation dans l’ère du temps qui offre certes un simulacre d’interactivité et des possibilités accrues d’illustration mais sans pour autant remplacer encore une fois ce contact humain que nous aurions espéré ressentir durant une heure et demie.

Parce que finalement, cette impression de n’avoir eu affaire qu’à de simples exécutants sans âme a pris le pas sur le reste, malgré son haut degré qualitatif. Oui, le concert était bon. Oui, le son était bon. Oui, les morceaux ont été choisis de manière pertinente et interprétés sans failles. Mais il a manqué à l’exécution de ces paramètres parfaits, ce petit quelque chose qui permet aux évènements de passer d’une qualité insipide à l’excellence mémorable.

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Rédacteur occasionnel sur plein de choses culturelles.

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